Opinions
Une chronique d'Eric de Beukelaer. 


La première religion dans notre pays est le catholicisme… non pratiqué. Nous avons une pierre dans notre jardin.


Il y a peu, une session de ressourcement rassembla des milliers de personnes au cœur de Bruxelles. Elle aborda la méditation, l’altruisme, la quête du bonheur et la solidarité. Avec cette interrogation centrale : "Comment prendre soin de la vie dans toutes ses dimensions ?" Voilà une démarche qui souligne que le besoin de spiritualité reste bien vivant parmi nos contemporains. Un des participants m’interpella : pourquoi aucun représentant du catholicisme - principale confession du pays - n’était-il invité à prendre la parole à cette occasion ? La réponse est que la première religion dans notre pays est le catholicisme… non pratiqué. Beaucoup de nos concitoyens ont, en effet, une appartenance sociologique à la religion de leur enfance, mais sans contact profond avec le Christ ou Son Église. N’ayant de l’Évangile que de vagues réminiscences, matinées de clichés, quand ces personnes ressentent une soif spirituelle, elles voient rarement en quoi leur propre tradition religieuse pourrait les accompagner sur un chemin d’éveil intérieur. Voilà qui constitue une fameuse pierre dans notre jardin. Car cet apparent divorce entre catholicisme et spiritualité ne date pas de hier. Si nos grands-mères connaissaient toutes leurs prières, peu d’entre elles avaient appris… à prier.

Illustrons cela par l’incompréhension de beaucoup, face à un thème central dans la prédication de Jésus : celui du Royaume. "Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu" (Matthieu 19, 24). Une lecture au premier degré, conclurait que Jésus condamne l’aisance matérielle. "Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu." (Luc 9, 62) Une même lecture fait passer le Christ pour un fanatique, rejetant la moindre hésitation. Mais non. Le Christ n’exclut personne, mais invite à le suivre sans être esclave de la richesse ou de ses peurs. Son Royaume n’est pas d’abord un au-delà (un paradis) à mériter, qu’un ici-bas à ne pas rater. Le Royaume, c’est la vie dès maintenant, selon le cœur de Dieu. Le Royaume, c’est l’Évangile qui renverse nos logiques mondaines : "Heureux les pauvres de cœur…. Heureux les doux… Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice… Heureux les cœurs purs…" (Matthieu 5, 1-12). La conversion au Royaume est l’équivalent spirituel à l’éveil bouddhiste. À cette différence près, que le bouddhisme invite à démasquer les illusions mentales pour voir le monde tel qu’il est, là où le christianisme enjoint de se convertir à la logique de l’Esprit, pour bâtir un monde tel que Dieu le rêve. "Cherchez le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît" (Matthieu 6,33).

Il est donc essentiel que les disciples du Christ annoncent à temps et à contretemps "le trésor qu’ils portent dans un vase d’argile" (2 Co 4,7). Quand je m’adresse à un public de jeunes, je les invite à prendre tous les jours un temps de silence et d’intériorité. J’explique que nous trouvons tous bien quotidiennement du temps pour nous doucher et nous nourrir. Et que celui qui est amoureux dégage naturellement du temps pour l’être aimé. Alors, pourquoi ne deviendrait-il pas une priorité de trouver un moment pour s’arrêter et écouter ce que l’Esprit murmure à notre âme ? Si tant de baptisés en recherche de spiritualité frappent à la porte des sagesses orientales et des techniques de wellness, c’est qu’ils sont persuadés que leur propre patrimoine religieux n’a rien à leur offrir. Vivons donc la logique du Royaume pour la faire découvrir autour de nous. Cela nous rendra plus joyeux et plus vivants. "Le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherche de belles perles. Il a trouvé une perle de grand prix ; et il est allé vendre tout ce qu’il avait, et l’a achetée" (Matthieu 13, 45-46).

(1) Blog : http://minisite.catho.be/ericdebeukelaer/