Opinions
Une opinion de Solange T'Kint, administratrice de l'ASBL Suppression des expériences sur l'animal. 

Il est temps que des méthodes modernes de recherche ne recourant pas à l’animal soient mises en place.

L’histoire a montré que les progrès et les innovations dans le domaine des sciences ou des idées ont toujours suscité des résistances. Les expérimentateurs sur animaux qui se sont exprimés ce 22 novembre, en présentant l’expérimentation animale comme nécessaire font partie de cette résistance au progrès ( "L’expérimentation animale reste indispensable", opinion signée par 219 chercheurs dans "La Libre").

Les statistiques relatives au nombre d’animaux utilisés dans les laboratoires en Wallonie en 2016 révèlent que 197 779 animaux ont été mis à mort au terme d’expériences classées comme étant d’un niveau de gravité légère, modérée ou sévère (entraînant de grandes souffrances pour les animaux). La perception et les classifications de la douleur ressentie par les animaux dépendent largement des commissions d’éthique dont les membres (principalement des expérimentateurs) sont désignés par les laboratoires eux-mêmes ! Ces mêmes commissions d’éthique seraient chargées également d’analyser de façon impartiale les dossiers déposés par les expérimentateurs. Les contrôles externes effectués dans les laboratoires ne semblent guère efficaces non plus. Encore récemment, l’infiltration de protecteurs des animaux au sein d’un laboratoire a mis en lumière des faits d’une cruauté particulièrement choquante : souris décapitées avec des ciseaux ou disloquées à l’aide de stylos à bille.

Les expérimentateurs sur animaux vantent la fiabilité du modèle animal. Or, le taux de prédiction du modèle animal par rapport à l’homme se situe, en moyenne, entre 30 % et 50 %, ce qui représente le même résultat (ou pire) que de jouer à pile ou face. En région bruxelloise, en 2016, il n’y a pas eu d’expériences sur des singes. Toutes les autres espèces animales étant plus éloignées de nous en termes d’évolution, il faut conclure qu’elles seraient d’encore moins bons "modèles" et donc sans intérêt par rapport à notre santé.

Quant à la recherche fondamentale qui a utilisé environ 30 % des animaux repris dans les statistiques de 2016, son taux d’application est dérisoire puisqu’il n’est que de 0,004 %. Par respect pour le contribuable (qui finance la recherche sur les animaux), il serait souhaitable de tenir compte de ce coût-bénéfice. En ce domaine, on devrait remplacer la question : "Existe-il, oui ou non, des alternatives ?" par la question : "Est-ce que votre modèle animal est pertinent pour l’homme ? Si oui, fournissez-nous des preuves scientifiques rigoureuses ?".

Contrairement à ce qu’affirment les expérimentateurs sur animaux, les méthodes alternatives sont peu pratiquées dans les laboratoires. La répartition déséquilibrée des fonds entre la recherche animale et le développement des méthodes alternatives est un obstacle important pour faire évoluer les nouvelles méthodes prometteuses, comme les organes sur puces, par exemple. Le plus grand défi pour remplacer les tests sur animaux n’est pas non plus un manque d’innovation technologique mais plutôt une inertie scientifique.

Les animaux souffrent dans les laboratoires : brûlures, empoisonnements, trépanations, noyade, chocs électriques, cancers, paralysies, privation de nourriture,… sont leur lot quotidien.

Les partisans de l’expérimentation animale ne doivent pas sous-estimer le pouvoir de l’opinion publique quant à la souffrance animale. Les nombreuses actions de sensibilisation menées par l’ASBL Suppression des expériences sur l’animal, l’engagement de scientifiques partisans d’une science moderne et non violente à ses côtés et la prise de conscience de l’opinion publique belge ont trouvé écho auprès de politiciens sensibles à la souffrance animale.

Nous sommes de plus en plus nombreux, simples citoyens ou scientifiques, à penser qu’il est temps que des méthodes modernes de recherche ne recourant pas à l’animal soient mises en place. Les pressions exercées par les expérimentateurs sur animaux n’empêcheront pas la science d’évoluer et l’humanité se grandira en respectant les autres formes de vie, en bannissant toute souffrance. Il y a eu des résistances à la suppression de l’esclavage, au droit de vote égalitaire, aux droits des femmes, à la suppression de la peine de mort… Mais au bout du compte ces décisions ont constitué de réelles avancées dans l’évolution humaine.

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