Opinions
Une opinion d'Eric de Lamotte, entrepreneur belge actif à Goma. 


Oui, nous avons un devoir de mémoire mais non, nous n’avons pas celui de rouvrir des plaies en nous focalisant sur le passé dans un but politicien de dresser des hommes les uns contre les autres.


Belge lambda, passionné par la RDC et par ses habitants, actif dans l’est de ce pays, au Kivu, dans divers projets à objectif culturel ou de développement socio-économique, je suis persuadé que les relations entre les Belges et les Congolais sont fortes car ancrées dans l’histoire et devraient s’intensifier positivement dans l’intérêt de tous tant pour le développement économique de la RDC et du bien-être de ses habitants que pour stimuler les opportunités d’affaires des entreprises belges ! Je crois que nous devons construire l’avenir ensemble pour le bien supérieur de nos deux nations et de leur peuple et que tous deux, nous y avons intérêt.

Je suis en conséquence profondément perturbé que de plus en plus de voix s’élèvent pour réécrire négativement le passé, pour remettre en cause de manière profonde la période de la colonisation, pour essayer de rendre les Belges d’aujourd’hui responsables des erreurs de leurs ancêtres et pour faire de ces sujets des objets de polémiques qui ne peuvent que diviser et opposer au lieu de rassembler et de construire !

Je ne suis pas historien et je ne me permettrais pas d’évaluer rationnellement ce qui a ou n’a pas été fait et je ne veux donc en aucun cas statuer d’un côté sur la réalité d’un certain nombre de mains coupées, sur des détournements massifs ou non de ressources, sur un manque de vision de développement autonome… ou d’un autre coté sur les formidables infrastructures mises en place, sur un PIB qui était égal à celui de la Corée du Sud en 1960, sur un système d’éducation structuré jusque dans les campagnes les plus reculées… mais je regrette que ceux qui veulent le faire détruisent tout le potentiel de développement et de collaboration possible entre nos deux nations et donc en même temps la possibilité de voir cette collaboration être un vecteur important de l’amélioration du bien-être de toute une population.

Le devoir de mémoire

Les objectifs des tenants d’une revisitation du passé et de la tenue d’une commission d’enquête à ce sujet ne sont pas clairs ! Pourquoi lancent-ils des anathèmes non vérifiés ? Que veulent-ils prouver, à quoi veulent-ils aboutir ? A décrédibiliser les Belges ? A l’obtention d’excuses officielles ? A la possibilité de réclamer des indemnités ?

Oui, nous devons nous souvenir, Oui, nous avons un devoir de mémoire mais Non, nous n’avons pas celui de rouvrir des plaies en nous focalisant sur le passé dans un but politicien de dresser des hommes les uns contre les autres.

Pouvons-nous reprocher aujourd’hui aux Allemands d’avoir eu des parents nazis ? Pouvons-nous blâmer aujourd’hui le pape François et tous les chrétiens contemporains pour les exactions commises lors de l’Inquisition ? Pouvons-nous blâmer aujourd’hui les jeunes Congolais pour les millions de morts engendrées par les guerres civiles des 30 dernières années et le pillage systématique des richesses incommensurables de la RDC, un des pays potentiellement les plus riches au monde ?

Arrêtons de nous flageller !

Non évidemment… alors, arrêtons de nous flageller ! Refusons d’endosser une responsabilité pour ce qui a été fait ou pas fait lors de la colonie par le roi Léopold II ou par la Belgique et ses représentants qui sur place agissaient la plupart du temps indépendamment d’instructions données par le roi lui-même ! Il est évident que des choses tant positives que négatives ont été accomplies durant cette période mais autre temps, autres mœurs… nous ne pouvons juger à l’aune du XXIe siècle ce qui était accompli il y a près d’un siècle dans un environnement totalement différent ! Et même si aujourd’hui, il est clair que nous n’agirions pas de la même manière, il est fondamental de rassembler plutôt que d’opposer !

L’obligation de construire

Nous sommes responsables de ce que sera demain et pas de ce qu’a été hier ! Construisons, créons des liens, ne nous laissons pas distraire par des activistes dont les actions auront comme seul résultat d’opposer et d’exacerber des opinions contraires et de détruire des relations.

La RDC et la Belgique disposent d’une jeunesse dynamique désireuse de changer leur avenir, de le construire ensemble. Je peux me permettre de le dire car je le vis grâce à un projet formidable de jeunes Belges et Congolais qui ensemble promeuvent l’entrepreneuriat et la création de jeunes entreprises à l’est de la RDC www.fondsngangi.be et www.kivuentrepreneurs.com ! Ce sont de telles initiatives et non la remise en question de l’action de Léopold II avec la volonté évidente de culpabiliser qui sont utiles pour l’amélioration de la situation socio-économique d’une population qui vit avec un PIB par habitant parmi les plus bas de la planète !

Ne gâchons pas les opportunités

Je suis témoin actif du fait que c’est ce que souhaite la quasi-totalité de la population congolaise à l’opposé de cette remise en question du passé souhaitée par quelques intellectuels bourgeois éloignés des dures réalités de la vie quotidienne de la population.

De tels exemples de collaboration doivent se multiplier et être encouragés par les pouvoirs publics dans l’intérêt du développement de nos deux pays.

Les Belges disposent d’un capital de confiance énorme auprès de la population congolaise et les Belges se sentent plus proches des Congolais que de toute autre nation hors Europe !

Ne gâchons pas les extraordinaires opportunités que ces sentiments peuvent permettre et refusons clairement et définitivement toute tentative destructrice de revisiter… toujours négativement évidemment… le passé colonial et d’opposer ainsi nos nations mais mettons-nous à table, Belges et Congolais, au sein de structures officielles gérées par le privé et promues par les pouvoirs publics en vue de construire un futur commun au bénéfice du développement de nos populations.

Titre et introduction sont de la rédaction. Titre original : "Le bashing de la Belgique sur son passé colonial est-il créateur de valeur ?"