Opinions

Une opinion d'Eloy Romero-Munoz, chercheur en didactique des langues.

La parution des résultats de la dernière étude PIRLS sur les compétences en lecture de nos enfants nous renvoie une image peu flatteuse de notre enseignement.

Les réactions énervées ne se sont pas fait attendre et la Ministre Schyns en a pris, une nouvelle fois, pour son grade. On lui reproche tantôt l’attentisme dont elle ferait preuve dans ce dossier précis (noter l’utilisation du conditionnel), tantôt de despotisme dans l’autre grand dossier (le Pacte). Il s’agit là, ni plus ni moins, que d’injonctions contradictoires, n’en déplaise à ses détracteurs.

Même si c’est rarement ce qui ressort des discussions sur l’enseignement ces derniers temps, il semble que la Ministre Schyns mérite mieux, elle mérite plus de crédit que ce que l’opinion publique veut bien lui accorder. A tout le moins, on devrait éviter de lui faire porter le chapeau pour tout ce qui l’a précédée. En effet, elle doit gérer aujourd’hui des décennies de politiques manifestement inefficaces et elle le fait avec beaucoup détachement compte tenu d’attaques incessantes, y compris sur sa personne. Dans L’Art d’avoir toujours raison, Schopenhauer le disait déjà : « Si l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner, il faut tenir des propos désobligeants, blessants et grossiers. Être désobligeant, cela consiste à quitter l’objet de la querelle (puisqu’on a perdu la partie) pour passer à l’adversaire, et à l’attaquer d’une manière ou d’une autre dans ce qu’il est ». C’est bien de cela qu’il s’agit dans le cas de la Ministre Schyns. Evidemment, avec sa personnalité discrète, elle est une cible bien plus facile que ne l’était la personne qui l’a précédée dans ce ministère.

De plus, on oublie qu’elle doit ménager la chèvre et le chou dans des dossiers qui, comme le Pacte, touchent à des piliers du système comme cette "paix scolaire" si fragile et le statut des enseignants. D’ailleurs, si on lit bien entre les lignes du Pacte, on notera des avancées majeures dans la direction d’un système plus intégré, plus rationnel et, de facto, plus performant. Cependant, nous ne sommes qu’au prémices de ces changement radicaux et confronté à un système dont l’inertie n’est plus à démontrer. Exiger un résultat immédiat ou des actions émotionnelles comme le font certains parlementaires est significatif d’une méconnaissance de la question.

Une partie des lecteurs aura vite fait de cataloguer cet article dans la case "partisane" avec ce que cela suppose de jugements péremptoires sur l’auteur. D’autres, au contraire, se joindront à la discussion avec la volonté non pas de casser du politicien, mais plutôt de comprendre ce qui fait que nous en sommes là.

Il y a pourtant un sujet sur lequel un consensus semble possible : le besoin de changement. Il est vrai que les indicateurs sont au rouge foncé : taux de redoublement stratosphérique, mixité très superficielle malgré le décret « inscription », évaluations externes alarmantes que ce soit PISA ou nos propres épreuves certificatives (CEB, CE1D), crise des vocations chez les enseignants, méfiance par rapport à l’institution. En d’autres termes, le changement n’est pas souhaitable, il est nécessaire même si les positions paraissent irréconciliables entre les partisans d’un "retour à l’école de Papa" et celles et ceux qui, au contraire, préconisent de repartir d’une page blanche.

Et si on essayait la page blanche ? Après tout, puisque tout va mal dans le pire des mondes, pourquoi ne pas débrancher la prise ? Il y a énormément de mépris pour les acteurs de l’enseignement dans cette proposition en plus d’un manque cruel de réalisme. On vire tout le monde et on recommence ? L’absurdité de l’idée rend toute contre-argumentation superflue.

Parlons maintenant de l’école de Papa et de la logique du "c’était mieux avant". C’était quand, au juste, "avant"? L’époque où le maitre tout puissant régentait des élèves soumis en culottes courtes et tabliers gris ? L’époque où filles et garçons faisaient classe à part ? L’époque où seuls avaient accès à l’éducation celles et ceux qui pouvaient se le permettre ? Cette position passéiste entretient un mirage au détriment de la mue radicale dont notre Ecole a bien besoin.

Et si on laissait chacun décider en son âme et conscience de ce qui est bon pour ses enfants ? Il s’agit là d’un discours faussement égalitaire mais réellement rétrograde, porté essentiellement par les détracteurs du décret "inscription" et du "Pacte". Notre vécu conditionne ce que nous sommes et les choix que nous posons. Nous ne sommes donc pas tous égaux face à nos choix et c’est bien pour cela que les politiques éducatives doivent veiller à l’intérêt de chacun pour le bien de tous. En d’autres termes, charité bien ordonnée commence par l’autre.

Une chose est certaine : l’enfer est pavé de bonnes intentions et les "discours" sur l’enseignement ne le sont pas moins. Il est important pour nous, citoyens, parents et enseignants que nous sommes, de réfléchir au-delà des clichés véhiculés dans bons nombres de médias de masse afin de sortir de la logique défaitiste qui y est par trop représentée sans pour autant se voiler la face.

Le changement n’est jamais aisé, mais il n’est pas non plus impossible si on se met dans une dynamique positive. Il existe des limites et des obstacles à toute entreprise. Cependant, de toutes les contraintes, la plus handicapante n’est pas le manque de moyen, de latitude institutionnelle ou de temps. Ce qui bloque le plus souvent, ce sont les croyances limitantes, ces vues de l’esprit qui nous font croire que l’on n’est pas capable de faire certaines choses et qui nous viennent le plus souvent de notre éducation ou de nos expériences passées (en particulier de nos échecs). Peut-être est-il important de rappeler que des projets radicalement novateurs existent également sous nos cieux : la pédagogie nomade (devenue entre-temps une filière expérimentale de l’Athénée Royal de Vielsalm) et l’Alter Ecole (à Clavier) en sont de beaux exemples parmi tant d’autres Informez-vous ! Inspirez-vous !

La transition vers une autre Ecole sera d’autant plus souple que nous travaillerons ensemble à un projet fort pour l’avenir de nos enfants.

Osons l’optimisme !