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Nos hôpitaux méritent mieux car le travail qui y est fait est remarquable. Le personnel mérite mieux!

Le témoignage du docteur Jérôme Lechien, s'exprimant à titre personnel.


Une aventure se termine pour moi. Après 2 années de formation, je quitte le CHU Saint-Pierre, l'hôpital public de Bruxelles pour un autre hôpital public. Heureux d'avoir travaillé dans cet excellent hôpital, je le quitte plein de souvenirs, riche de belles rencontres mais soucieux de l'avenir des soins de santé dans notre pays.

Travailler temps plein dans un hôpital public, c'est y rencontrer des personnes formidables au service d'une médecine sociale, une médecine qui se veut au plus près des démunis, des réfugiés, et autres personnes laissées pour compte par la société.

C'est y rencontrer des médecins et du personnel qui ont souvent fait le choix de sacrifier une qualité de vie et financière pour rester fidèles à leurs idéaux de médecine pour tous. Je suis fier de cet hôpital.

Par contre, travailler dans un hôpital public, c'est aussi et surtout assister, impuissant, à la destruction progressive de notre système de soins de santé. Entre les patients qui reconnaissent qu'ils ne pourront pas acheter les médicaments qu'on leur prescrit et ceux qui ne savent pas où ils logeront le soir de la consultation, on assiste en première loge au déclin d'un système pourtant jugé autrefois comme efficient.

Parfois, il n'y a pas de mot pour constater la disparition progressive de la lueur d'espoir que beaucoup de soignants entretenaient dans leur regard lorsqu'ils arrivaient au travail. Des conditions de travail de plus en plus pénibles, un stress permanent, un non-respect de l'humain au profit des chiffres et des limitations de dépenses et ce, dans tous les hôpitaux. Tout ça, ce sont les conséquences du définancement de nos hôpitaux par le politique. Nos hôpitaux méritent mieux car le travail qui y est fait est remarquable, le personnel mérite mieux.

Le pire ? C'est qu'aujourd'hui, nous ne sommes plus en mesure de sauver notre système de soins de santé. Aujourd'hui, je pense que nous sommes juste en mesure de préserver ce qui n'est pas encore détruit.

En tant que soignant, je ne crois pas trop m'avancer pour dire que pour beaucoup d'entre nous, d'une façon générale:

-Nous ne pouvons plus continuer de la sorte.

-Nous ne pouvons plus voir partir certains collègues au compte goute en maladie ou en burn-out.

-Nous ne pouvons plus continuer à constater que certains de nos patients ne peuvent plus se soigner correctement.

-Nous ne pouvons plus continuer à sacrifier l'humain dans une médecine à la chaine où il faut, avant tout, être rentable car le système général et les politiques le veulent.

-Nous ne pouvons plus continuer à exercer le plus beau des métiers de la plus laide des façons.

Ce système qui touche tous nos hôpitaux doit changer si on veut continuer à aider et sauver des vies car on ne parle pas ici des chiffres, des bénéfices et des pertes, on parle d'êtres humains. Nous, médecins, infirmiers, et paramédicaux, on doit s'accrocher pour continuer à pratiquer notre métier de la façon la plus humaine possible. On doit s'accrocher à faire vivre nos hôpitaux publics car ils en valent la peine.