Opinions
Une opinion de Pieter Timmermans, administrateur-délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB).


Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Des propos de plus en plus extrêmes pour créer le buzz ?

Les vacances scolaires sont généralement une période un peu moins chargée. Une période propice pour prendre un peu de recul et regarder derrière nous. Si on m’avait dit l’an dernier que le Brexit se réaliserait, que Donald Trump prendrait ses quartiers à la Maison-Blanche et que nos voisins des Pays-Bas et de France avaient de grandes chances de voir arriver l’extrême droite au pouvoir, je n’y aurais cru qu’à moitié. Mon propos ici n’est pas de juger les gens qui ont choisi de soutenir ces candidats ni de leur jeter la pierre mais d’essayer de comprendre et d’expliquer comment nous en sommes arrivés là.

Nous avons, je pense, tous une responsabilité face à la montée des discours extrémistes ou protectionnistes et à la polarisation que ceux-ci induisent dans notre société. Je le constate moi-même quotidiennement. Trop souvent, nous sommes tentés par la petite phrase qui fera mouche médiatiquement ou sur Twitter et ce au détriment du contenu et d’un raisonnement argumenté. Voilà une critique que l’on fait à mon organisation. La FEB devrait prendre des positions plus fortes, la FEB est trop nuancée. Je m’inscris en faux contre cette vision. Depuis quand un avis mesuré et pondéré ne peut-il pas être fort ? Je suis d’ailleurs d’avis que, pour bon nombre de thématiques, la réponse ne peut être complètement noire ou complètement blanche. Je suis convaincu que la vérité se trouve le plus souvent dans la nuance. Défendre une opinion nuancée avec un raisonnement bien argumenté ne doit pas être synonyme de ringardise.

Les responsables politiques et autres décideurs doivent toujours garder à l’œil l’exigence de vérité. Les médias également. La chasse aux scoops et la recherche du titre le plus provocateur se font trop souvent au détriment de la qualité et de la véracité des informations. Comprenez-moi bien, je ne rejette pas les nouvelles technologies ou les nouveaux moyens de communication. Je les utilise moi-même ainsi que mon organisation. Je fustige cependant le système qu’ils ont contribué à mettre en place. Un système où une information en chasse une autre et où l’on peut dire tout et son contraire à une vitesse infernale.

Ce nouvel écosystème médiatique nous donne donc une responsabilité supplémentaire. Nous devons parfois avoir le courage de ne pas lancer un tweet ou un bon mot à la légère juste pour le plaisir de faire parler de soi. Nous devons prendre le risque d’être moins "intéressant". Sinon, dans quelle direction allons-nous et pour quel résultat ? Une érosion progressive du soutien public envers nos dirigeants et une diminution du respect pour le monde politique et les autres institutions. Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Que les propos deviennent de plus en plus extrêmes pour essayer de gagner la course à la popularité. Avons-nous atteint la limite ? N’est-ce pas la preuve que nous pouvons et devons faire mieux ? En tant qu’administrateur-délégué d’une organisation de premier plan, je mesure l’importance de ce devoir d’exactitude et je pense que nous devons chaque jour nous poser des questions sur la façon dont nous communiquons. La communication doit rester un moyen et ne doit pas devenir notre seul but.

L’histoire récente nous a prouvé le pouvoir des petites phrases. Avant d’avoir un programme ou des solutions, certains pensent d’abord à la meilleure façon de créer le buzz. Nous devons avoir l’exigence de refuser cela et d’offrir plus au citoyen. Tout comme le citoyen doit pouvoir avoir les clefs pour décoder l’actualité mais aussi avoir accès à la vérité. Cela passera par un travail pédagogique dès le plus jeune âge mais aussi par une transparence et une exigence accrues de nos institutions politiques et médiatiques. Cela ne peut plus tarder, les enjeux sont trop importants pour être sous-estimés. Les "fake news" et "alternative facts" ne peuvent devenir la norme. Le slogan ne doit pas être le seul moyen pour que l’on parle de nos chiffres et de nos études dans la presse. Twitter et Facebook ne doivent pas devenir notre seul lieu de débat.