Opinions

Vu de Flandre: une chronique de Jan De Troyer.

Saga des tunnels, Molenbeek ou les mensonges autour du nouveau stade national : jamais la Région bruxelloise n’a connu une si grave crise. Mais des campagnes de communication vont-elles sauver un produit déficient ?

La Région bruxelloise subit actuellement la plus grave crise d’image de son existence. Bianca Debaets, secrétaire d’Etat du gouvernement bruxellois, s’en est indignée dans la section "Débats" de "La Libre". "Parler de Bruxelles à tort et à travers est à la mode et tous les tacles sont permis", dit-elle. Toutefois, Mme Debaets ne désespère pas : Bruxelles est "une ville bouillonnante, cosmopolite, pleine de culture, un centre international diplomatique". Elle rappelle que de nombreux jeunes s’installent chaque année à Bruxelles, l’avenir semble donc assuré. Mais il faudra "convaincre le reste du pays".

Ce ne sera pas évident. Une fois devenues parents, les classes moyennes désertent la ville. En Flandre, la mauvaise réputation de Bruxelles a atteint son paroxysme. Les menaces pesant sur les utilisateurs du tunnel Léopold II et les rapports alarmants sur les autres ouvrages d’art y sont pour quelque chose. Détail gênant : la Mobilité et les Travaux publics sont depuis trois décennies une compétence de ministres néerlandophones : Jos Chabert, Pascal Smet, Brigitte Grouwels/Bruno Delille, et actuellement de nouveau Pascal Smet. Deux conclusions sont possibles : ou ces responsables démontrent depuis 30 ans leur incompétence ou ils ne sont pas écoutés au sein de gouvernement bruxellois. Dans les deux cas, c’est un échec flamand. Pascal Smet, célèbre par sa gestion du Viaduc Reyers et toujours prêt à pointer du doigt les autres, s’est plaint du "mauvais héritage" qu’il a reçu. Il oublie que, de 2004 à 2009, il a contribué personnellement à cet héritage, en étant ministre bruxellois de la Mobilité et des Travaux publics. Mais on comprend son inertie de l’époque : fermer des tunnels pour réparation ne séduit pas l’électorat auquel il dit depuis des années qu’il faut chasser les voitures de la capitale. En visionnaire, il a annoncé l’abolition de tous les tunnels bruxellois dans les 10 ans ! Si ce dernier survivant de la génération Stevaert reste aux commandes du SP.A bruxellois, on sait à quoi s’attendre.

L’histoire des tunnels n’est évidemment pas la seule à ternir la réputation de Bruxelles, au point que la presse internationale parle d’une "failed city", une ville échec. On connaît la situation à Molenbeek et on apprend que les progressistes au sein de la communauté islamique de Bruxelles ont reçu des menaces de mort et préfèrent donc se taire. Les conséquences économiques de la zone piétonnière au centre-ville n’ont pas aidé à améliorer la perception. Et l’opinion publique flamande suit avec intérêt la saga du nouveau stade national pour l’Euro 2020. Le ministre bruxellois du Budget, Guy Vanhengel, a déclaré que sa construction ne coûterait rien au contribuable. Toutefois, la société Ghelamco a reçu le droit de jouissance des terrains concernés pour 1 euro par an, le parking coûtera 80 millions, la Région paiera dans les 30 ans à venir quelque 123 millions pour l’exploitation et elle supportera le coût annuel de la sécurité (1,1 million). Les apparitions de M. Vanhengel comme invité d’honneur à la tribune du Sporting Anderlecht, ont suscité des questions au parlement bruxellois.

Faut-il ajouter au débat sur Bruxelles l’état déplorable du musée fédéral qui abrite plusieurs Rubens ? Ou le coût de 19 administrations communales pour gérer une petite ville comme Bruxelles ? Les gaffes de certains tribunaux bruxellois ? Tout cela ne contribuera pas à "convaincre le reste du pays" du charme de Bruxelles. On annonce des campagnes de communication pour redorer le blason bruxellois. Le marketing va-t-il sauver un produit déficient ? On peut en douter…