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A Moscou, le 25 janvier, la Douma russe a adopté une loi ouvertement homophobe interdisant la soi-disant "propagande homosexuelle" aux mineurs. A Varsovie, le même jour, la Diète polonaise rejetait l’union civile pour les couples de même sexe. Malgré la vigueur de la mobilisation des militants de ces pays et d’ailleurs, des lois liberticides sont adoptées et des propositions progressistes rejetées, symboles des valeurs réactionnaires qui président dans ces Etats. C’est une défaite de la démocratie.

Etre gay, lesbienne, bisexuel ou transsexuel (LBGT) reste illégal dans plus de septante pays dans le monde. Plusieurs d’entre eux punissent toujours l’homosexualité de la peine de mort. La Convention de Genève permet aux personnes homosexuelles, victimes de persécutions dans leur pays, d’obtenir le statut de réfugié et l’asile. Une difficile démarche de déracinement mais, surtout, d’apport de la preuve irréfutable de la réalité de son identité sexuelle.

Je tiens aujourd’hui à dénoncer ces lois et à exprimer ma solidarité avec les militants qui s’opposent à ces règlements qui constituent des entraves sérieuses aux libertés fondamentales. Je ne comprends pas non plus quel avenir est souhaité pour les jeunes en Russie.

Empêcher toute "propagande homosexuelle", cela veut certainement dire à demi-mot éviter qu’un jeune rencontre des homosexuels ou qu’il ait une quelconque information à ce sujet. L’objectif est d’interdire la prise de conscience de son orientation sexuelle. C’est créer pour le futur adulte un mal-être profond qui lui sera peut-être fatal.

Comment une démocratie peut-elle refuser à ses citoyens le droit de vivre leur sexualité ? Le suicide lié à ce mal-être est une réalité implacable. Et, finalement, ces réactionnaires, de quoi ont-ils peur ? Ont-ils peur de voir que lorsqu’on parle d’orientation sexuelle et d’identité de genre dans les écoles, on diminue nettement le taux de suicide des jeunes pour cause d’homosexualité ? Ont-ils peur de voir que deux hommes mariés peuvent avoir une vie extrêmement banale ? Ont-ils peur de voir que deux femmes peuvent élever un garçon qui deviendra un adulte équilibré ? Ou bien est-ce plus le terme de sexualité qui fait peur ?

Si, en Belgique, nous pouvons nous targuer d’avoir gagné de nombreux combats pour garantir l’égalité des droits des LGBT, n’oublions pas que ces esprits étriqués rôdent à nos frontières. Plaider l’égalité des droits des homos et des hétéros, ce n’est pas qu’une réponse politique aux revendications d’une communauté. Lutter contre l’homophobie, c’est lutter contre les conservatismes. Les féministes l’ont montré, cette vision est une chimère pour justifier hiérarchies et inégalités. Encore récemment, les femmes tunisiennes ont empêché une modification de la constitution tunisienne qui visait à remplacer la notion d’égalité entre les hommes et les femmes par la notion de complémentarité.

Malgré l’arsenal juridique de lutte contre les discriminations, les stéréotypes, les insultes, les agressions et les meurtres homophobes subsistent en Belgique. Ces lois homophobes prises en Russie les renforcent et les confortent. Je souhaite inciter les progressistes à s’engager publiquement contre l’homophobie pour dénoncer la promulgation de ces lois liberticides qui peuvent renforcer les préjugés qui ont la vie dure. Il en va d’un combat pour les libertés qui, au-delà des clivages politiques, doit mobiliser toutes les forces vives de notre pays. Aujourd’hui, faites votre coming-out : soyez anti-homophobes !

Eliane Tillieux
Ministre wallonne de l’Egalité des chances

http://tillieux.wallonie.be