Opinions
Une opinion de Marc Guiot (né en 1947) et de David Leys (né en 1988), respectivement préfet honoraire de l'athénée Fernand Blum et avocat. 


Quel incroyable levier ! L’intergénérationnel aide les seniors à transmettre leur expérience de vie, leur savoir-être et leurs valeurs. En contrepartie, les juniors les aideront à jardiner, à bricoler ou à tirer un meilleur parti de leur smartphone.


Les seniors sont de plus en plus isolés, ils ont peu l’occasion d’interagir avec les jeunes actifs. Le dialogue intergénérationnel ne serait-il pas un moyen efficace pour briser cet isolement ?

L’intergénérationnel entend stimuler des interactions sociales entre les générations et favoriser leur mise en relation dynamique en vue de faciliter l’acquisition de nouvelles compétences. Les jeunes apprennent à mieux comprendre leurs aînés, les seniors à gérer leur inclination à la dépression, à surmonter leur propension à l’isolement en se ressourçant d’énergie positive.

La dynamique intergénérationnelle aidera les seniors à transmettre leur expérience de vie, le fameux savoir-être, et leurs valeurs. En contrepartie, les juniors les aideront à jardiner, à bricoler, à tirer un meilleur parti de leur smartphone, de leur ordinateur ou de leur tablette. C’est également une manière de combler un vide pour les enfants privés de grands-parents. Surtout, l’intergénérationnel est de nature à jouer un rôle essentiel dans le soutien scolaire dont sont privés la plupart des enfants et adolescents issus de la diversité.

Un devoir citoyen

Des ASBL bien inspirées (comme Moments Partagés à Liège ou Bras Dessus Bras Dessous à Forest et Uccle) ont réussi à créer des réseaux intergénérationnels en encourageant des relations de bon voisinage et de véritables réseaux d’entraide. De jeunes bénévoles vont rendre visite ou aider les seniors. Il est réjouissant de voir des juniors et des seniors se retrouver dans un club de tennis et échanger en toute décontraction. Les voisins choisissent de consacrer une heure de leur temps à un senior en fonction de leurs envies, besoins et disponibilités.

Observons que cette mobilisation de l’intergénérationnel est loin de convaincre tout le monde. Face au papy-boom (les représentants du baby-boom ont vieilli), il serait temps de regarder l’intergénérationnel comme un devoir citoyen pour gérer mieux le tsunami argenté.

L’organiser au niveau communal

Pour lancer le dialogue intergénérationnel, ne serait-il pas judicieux de l’organiser méthodiquement au niveau communal, par exemple en créant hardiment un échevinat intergénérationnel relayé par un conseil consultatif des aînés et des jeunes réunis ? Voilà une initiative téméraire à laquelle aucune commune ne semble songer.

Pourtant, elle permettrait de prendre en compte les préoccupations de l’ensemble des aînés résidant dans une commune mais aussi de tisser des liens entre citoyens de tous âges et de faciliter une participation active à la vie communale. Un périodique, voire un site internet, informeraient des activités culturelles, sportives et de loisirs de caractère intergénérationnel organisées par la cité.

Surtout, les seniors pourraient assurer ce soutien scolaire qui manque tellement à nos jeunes issus des classes les plus défavorisées. Le tutorat senior est à préférer aux leçons particulières pour lesquelles certains parents se saignent aux quatre veines et il viendrait compléter utilement l’action des écoles de devoir.

Par ailleurs, tous les seniors n’ont pas été initiés aux technologies de l’information et de la communication et à Internet. Les communes devraient leur assurer un meilleur accès numérique. La plupart des écoles et bibliothèques communales disposent de batteries d’ordinateurs. Ces appareils sont sous-utilisés le soir, le week-end et pendant les vacances. Ils ont été financés avec de l’argent public. La plupart des communes peuvent organiser massivement des formations informatiques via leur enseignement de promotion sociale.

Pour le surplus, les communes devraient prévoir plus de maisons dites Abbeyfield (NdlR : d’habitats groupés) dans lesquelles les habitants, en ce compris les seniors, participent activement à l’organisation de la maison et s’y répartissent les tâches et les responsabilités. Cette proposition de logements adaptés aux seniors s’inscrit dans une perspective intergénérationnelle qui pourrait constituer une alternative intéressante aux maisons de repos.

Créer des crédits-temps

Les médias parlent volontiers du vivre ensemble. Mais c’est surtout le faire ensemble qui doit être organisé au niveau communal en mettant en place une bourse des savoirs et des savoir-faire. Les juniors et les seniors pourraient s’échanger des crédits-temps. Par exemple, un chèque rémunérant une leçon d’anglais peut s’échanger contre un chèque baby-sitting ; un chèque "réparation du lave-linge" contre un chèque "leçon de néerlandais" ; un chèque "préparation d’un repas" contre un chèque "récit de voyage" ; un chèque "dégustation vin" contre un chèque "je remplis ta déclaration fiscale" ; un chèque "je te rédige ton courrier" contre un chèque "je lave ta voiture", etc.

L’intergénérationnel ne rentrera vraiment dans les mœurs que lorsque des initiatives telles que celles-ci seront entreprises au niveau communal.

Elles visent à permettre aux seniors de rester jeunes, actifs et autonomes le plus longtemps possible. Les générations ne sont pas concurrentes, elles sont complémentaires. La fracture sociale culturelle, numérique et générationnelle pourrait à l’évidence être diminuée grâce à l’intergénérationnel.

Les seniors sont le capital humain caché de nos cités. Ils ont du temps et du "savoir-être", de la sagesse et surtout de l’expérience de vie à transmettre. Les aînés actifs sont le joker des communes et sont un élément essentiel de leur gestion participative.