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Devant l’échec des dernières négociations, il y a lieu d’anticiper la fin de la Belgique. Bien que je doive reconnaître que le plan Ducarme ait ma préférence, il est une solution qui pourrait être plus acceptable pour une plus large partie de la population. Car en effet, on ne peut faire disparaître presque deux siècles d’un état sans en garder une trace. La première solution consiste à accepter l’état confédéral voulu par les Flamands.

Cela revient, en gros, à devoir accepter:

1. une scission de la sécurité sociale pour les soins de santé mais pas pour les pensions;

2. des allocations familiales plus élevées pour les enfants néerlandophones;

3. une fonction de Premier ministre (voir des fonctions régaliennes comme sous Leterme I) perpétuellement occupées par des Flamands;

4. des législations drastiquement différentes entre Flandre et Wallonie, y compris de dumping fiscal où la Flandre offrirait aux entreprises des réductions de cotisations sociales impayables par la Wallonie.

Les points 1 et 2 reviennent à établir un apartheid socio-économique sur base du critère linguistique. Le point 3 consacre la mainmise de la Flandre sur la Belgique. Le point 4 a pour objectif de ruiner définitivement la Wallonie.

L’état confédéral belge est donc la pire des choses qui puisse arriver aux Belges francophones. Il faut donc d’urgence envisager la “mort” pure et simple de la Belgique. Car en effet, on a beau parler de “Belgique francophone”, française ou pas, il n’est pas acceptable pour les Flamands que le terme “Belgique” survive à une indépendance de la Flandre. Ne fut-ce que pour des raisons de reconnaissance au sein de l’UE. Dès lors, l’indépendance de la Flandre devra se faire en parallèle avec le rattachement de la Wallonie à la France (comme région française à part entière ou comme territoire autonome – une perspective défendue par exemple dans “Le Monde” par Alexandre Adler et prise très au sérieux par l’Elysée depuis De Gaulle) ou la simple indépendance wallonne.

Et Bruxelles dans tout cela ? C’est bien là le nœud du problème (qu’Alexandre Adler se gardait d’ailleurs bien d’évoquer) : Bruxelles est le pure résidu de l’état Belgique. Vrai melting-pot socio-économico-culturel où les quartiers bourgeois se mêlent souvent aux quartiers populaires sur une même commune. Avec en sus un tiers de sa population qui n’est pas officiellement belge et on peut affirmer, sans trop de risque, que l’immense majorité des habitants de Bruxelles a des origines wallo-flamande, au-delà de trois ou quatre générations. Une solution pourrait être l’émergence d’un Grand-duché de Brabant qui regrouperait Bruxelles et les deux provinces de Brabant.

Ses particularités seraient les suivantes:

1. bilinguisme FR/NL (voir trilinguisme FR/NL/AN) administratif sur tout le territoire;

2. liberté totale d’utilisation des langues;

3. droits sociaux égaux;

4. établissement du principe “un homme égal une voix”;

5. politique de proximité pour les ressortissants de l’UE (soit un système de facilités linguistiques – déclaration fiscale, communication avec la commune – pour les ressortissant de l’UE), dont la double nationalité automatique brabançonne et de leur état d’origine;

6. monarchie protocolaire ou parlementaire (à choisir par voie référendaire) dirigée par la famille de Saxe-Cobourg Gotha, dans l’ordre de succession prévu par feu la Belgique;

7. l’exemple socio-culturel à suivre est celui du Grand-duché de Luxembourg dont la majorité de la population est effectivement bilingue FR/DE;

8. le nom “Bruxelles” disparaît en tant que capitale de l’UE (alors que la commune de Bruxelles-ville resterait la capitale du Grand-duché de Brabant) et celle-ci prend le nom d’”Europalis”, soit une contraction d’ “Europa” et “Universalis”.

La création de ce Grand-duché de Brabant suggère donc la perte de sa province la plus riche pour la Wallonie et une perte hautement symbolique pour la Flandre (puisque BHV et Leuven notamment ne seraient plus flamandes).

Les compensations à prévoir pour la Wallonie:

1. si la Wallonie est intégrée à la France, sa part de dette nationale belge est reprise par la France;

2. si la Wallonie devient un état souverain, sa part de dette nationale belge est reprise par l’Union européenne, à titre d’aide financière pour achever le redressement économique wallon;

3. de façon transitoire, l’impôt restera prélevé sur le lieu de résidence et pas de travail, de sorte que les revenus des navetteurs restent taxés en Wallonie.

Les compensations à prévoir pour la Flandre :

1. la fin des facilités linguistiques le long de la frontière wallo-flamande;

2. l’acceptation du principe de l’utilisation imposée du flamand dans la vie publique (culture, sport, commerce, administration) partout en Flandre, comme c’est le cas par exemple à Overijse actuellement;

3. de façon transitoire, l’impôt restera prélevé sur le lieu de résidence et pas de travail, de sorte que les revenus des navetteurs restent taxés en Flandre;

4. seulement un tiers de la dette nationale belge à charge de la Flandre;

5. la Flandre indépendante intègre automatiquement l’Union Européenne et tous les traités et conventions qui y sont liées (Schengen, zone Euro, Eurocorps) et est considérée comme membre fondateur de l’UE (ce qui ne l’oblige pas à signer, par exemple, la convention-cadre sur la protection des minorités).

Le but d’une telle configuration est de permettre à tous les ex-Belges de trouver leur nouvelle patrie. Ainsi, les nationalistes flamands du Brabant qui ne supportent pas de vivre dans un état bilingue trouveront l’unilinguisme en Flandre, l’inverse étant vrai pour les belgicains de Flandre, libres de s’installer au Grand-duché de Brabant. Enfin, la Belgique en tant que région existe historiquement depuis que Jules César l’a nommée comme telle. Elle existe en tant que région administrative depuis le Grand-duché de Bourgogne, et elle existera encore après son morcellement.

D’un point de vue symbolique, Flamands, Brabançons et Wallons resteront “belges” dans la mesure où aucun ne pourra se prévaloir officiellement de ce titre. Chacun restera libre de revendiquer son identité. Le Grand-duché de Brabant m’apparaît être la seule solution pour sauver un minimum de Belgique. Comme l’a très bien dit Herman de Croo, les Belges sont “la tirette de l’Europe entre peuples latins et germains”, mieux vaut donc un petit maillon solide, cœur assumé de l’Europe, qu’un état belge confédéral qui ne serait de toute façon que l’étape ultime d’une émancipation totale de la Flandre.

Bilinguisme – voire trilinguisme – administratif sur tout le territoire du Grand-duché de Brabant L’exemple socio-culturel à suivre est celui du Grand-duché de Luxembourg dont la majorité de la population est effectivement bilingue français – “allemand”.