Un incroyable pouvoir de guérison

Propos recueillis par Pascal André Publié le - Mis à jour le

Opinions YVON SAINT-ARNAUD
Docteur en psychologie et auteur de “La guérison par le plaisir” (Novalis, Ottawa, 2002)

Depuis plus de trente ans, le Père Yvon Saint-Arnaud, oblat de Marie Immaculée et docteur en psychologie, mène une étude rigoureuse sur les rapports entre le plaisir et la santé. Pour lui, il ne fait aucune doute que le plaisir est un élément à prendre en compte dans le traitement de maladies comme la dépression, le cancer, l’asthme et les maladies cardiaques. Explications.

De nombreux philosophes et psychologues estiment que le plaisir est quelque chose d’indéfinissable. Partagez-vous ce point de vue?

Non, pas du tout. Si ces personnes ne parviennent pas à le définir, c’est parce qu’elles en restent à la sensation immédiate. Personnellement, je définis le plaisir comme étant la jouissance de ce qui est bon simultanément pour le corps, le cœur et l’esprit. Cette euphorie délicieuse vient, en fait, d’une correspondance harmonieuse entre ce que nous sommes en tant que personnes et ce que nous savourons comme étant bon pour nous. C’est une définition que j’emprunte à la scientifique américaine Candace Pert.

Quel est le seuil minimal du plaisir?

C’est le plaisir purement physique du bon fonctionnement organique.

Et le seuil maximal?

Le plaisir hautement spirituel, à condition que celui-ci soit bien incarné. L’extase mystique peut donc être considérée comme le sommet du plaisir. Saint Jean de la Croix disait d’ailleurs que, lorsque l’on s’abandonne à Dieu totalement, le plaisir que sa présence occasionne est tellement intense que même les os en vibrent.

Ce que l’on ne peut, d’après vous, obtenir avec l’orgasme sexuel...

C’est exact, même si ça reste pour la plupart des gens l’étalon à partir duquel sont estimés tous les autres plaisirs de la vie.

Quel a été le point de départ de votre recherche sur les rapports entre le plaisir et la santé?

On me dit souvent que j’ai une bonne santé. Je ne sais pas si c’est vrai, mais ce qui est certain, c’est que je fais intentionnellement des efforts pour que la vie goûte bon, comme on dit au Canada. Il m’est également arrivé à plusieurs reprises de vérifier les effets bénéfiques du plaisir sur la santé. C’est pour ces différentes raisons que j’ai commencé à m’intéresser à ce sujet.

Comment expliquez-vous que le plaisir puisse avoir un pouvoir thérapeutiqueEn fait, des études très sérieuses ont permis de montrer que le plaisir favorise la production de substances aux vertus curatives, telles que la dopamine, la sérotonine, les influx musculaires, les cellules immunitaires et d’autres peptides opiacés. La dopamine et la sérotonine, par exemple, ont un effet pacificateur sur l’organisme, qui favorise la guérison. D’autres recherches nous ont également permis de remarquer que l’absence de plaisir peut retarder et même contrecarrer les effets des meilleurs médicaments.

Comment procédez-vous très concrètement?

Une fois le diagnostic posé, la première chose que nous faisons, c’est d’offrir au malade des occasions de plaisir, qu’il détermine bien sûr en fonction de ses goûts et de sa sensibilité. Ainsi, certains s’orientent vers des plaisirs purement esthétiques ou intellectuels, alors que d’autres optent pour la créativité, les relations interpersonnelles ou encore l’humour. Ce qui me surprend toujours, c’est que pratiquement personne ne choisit la sexualité. J’ignore pourquoi, mais c’est ce que j’ai constaté. Pour le reste, nous nous contentons d’accompagner et d’encourager le malade, jusqu’à sa guérison. Souvent, celui-ci arrive à la conclusion que sa maladie était due à une longue absence de plaisirs et qu’elle aurait pu être évitée s’il leur avait accordé un peu plus d’attention.

Cette forme de thérapie débouche-t-elle systématiquement sur la guérison?

L’effet guérisseur du plaisir n’est ni tout-puissant ni magique. Il est même nul quand la maladie semble avoir atteint le point de non-retour par sa destruction des éléments strictement nécessaires pour le minimum vital. Même la meilleure approche mentale ne peut rien pour assurer le retour d’un membre déjà coupé.

Quelle est la guérison la plus spectaculaire à laquelle il vous a été donné d’assisterJe me rappelle d’une personne qui avait un cancer en phase terminal. Je lui ai demandé ce qu’elle voulait que je fasse pour l’aider. “Je veux que vous m’appreniez à rire”, m’a-t-elle répondu. Et c’est ce que nous avons fait. Deux ans plus tard, elle était totalement guérie.

Le plaisir peut-il se retourner contre l’individu?

Oui, lorsqu’il n’est pas intégral, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a qu’une zone de notre être qui est vraiment stimulée. Il n’y a, par contre, aucun danger quand le plaisir se manifeste simultanément au niveau du corps, du cœur et de l’esprit.

Propos recueillis par Pascal André

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