Opinions Une chronique de Catherine Voets, prof de langues modernes dans une école secondaire de Bruxelles

C’est en partageant nos bonnes pratiques avec les enseignants du monde que nous combattrons l’iniquité

Un jour la réussite d’un élève ne dépendra plus de son origine socio-économique." Tel est le leitmotiv de nombreux enseignants en Belgique qui, chaque jour, font de leur mieux afin de donner à leurs élèves les meilleures chances de réussite. Ce défi n’est pas uniquement une réalité en Belgique, mais également à l’étranger.

Mon aventure comme enseignante néerlandophone dans l’enseignement francophone a commencé en septembre 2016. Depuis, j’enseigne les langues modernes à l’Institut Sainte-Famille d’Helmet à Schaerbeek. Les élèves m’appellent Madame Voets et je suis fière de participer à leur apprentissage.

Les "tops" autrichiens

Avec des collègues, je suis partie à la rencontre de mes pairs en Autriche, afin d’échanger sur les pratiques d’apprentissage en vigueur là-bas. Quelle surprise, lors mon arrivée à l’école viennoise, lorsque je découvre que le premier à m’accueillir est le chien de l’école. Considéré comme apaisant pour tout le monde, ce chien a un rôle primordial aux yeux de tous ici. Deuxième surprise, à peine entrés en classe, les élèves se déchaussent et se mettent en pantoufles. Cela change de nos dress-codes habituels c’est certain ! Lors des pauses et temps de midi, les jeunes peuvent se servir librement dans la corbeille à fruits qui est mise à leur disposition. Et durant les cours, les profs sont rarement seuls en classe. Ils sont généralement accompagnés d’un ou de deux collègues qui les aident à gérer la classe et le suivi personnalisé des élèves en difficulté. Ce "co-teaching" s’avère très efficace !

Ce qui m’a marquée, c’est le rythme des cours. Aucune minute n’est gaspillée. Le professeur applique une approche de "coach" vis-à-vis de ses élèves. Ceux-ci sont autonomes, même les plus jeunes. Répartis dans la salle de classe, seuls ou en binômes, ils travaillent indépendamment et s’entraident pour mieux atteindre l’objectif de la leçon.

Quelques failles

Comme en Belgique, le système autrichien comporte des failles, lesquelles peuvent être source d’iniquité pour certains. Par exemple, après l’école primaire obligatoire qui dure quatre ans, les élèves sont répartis sur base de la décision d’une seule enseignante de l’école primaire.

Un enfant peut ainsi être placé dans un Mittleshüle (enseignement technique et préparation au métier) ou un Gymnasium (préparation à l’université). Malheureusement, cette répartition n’est pas toujours faite sur base de leur vraie capacité. Ainsi, très tôt, à 16 ans déjà, beaucoup d’élèves arrivent sur le marché de l’emploi sans vraiment en avoir eu le choix.

Bien que, comme dans mon école, chaque élève soit unique, les jeunes présentent bien évidemment aussi des comportements similaires d’adolescents. Ils sont curieux, ouverts et posent de nombreuses questions. Comme cette élève qui m’a interrogée ainsi : "Est-ce que c’était chez vous les attentats dans le métro ? Et est-ce que vous allez mieux ?"

De retour à Bruxelles, mes collègues et moi avons de nouvelles idées plein la tête. Cette expérience inter-enseignants nous a permis d’échanger avec nos pairs, non seulement concernant les techniques d’apprentissage, mais aussi sur le fonctionnement des systèmes éducatifs.

Ainsi inspirés, nous sommes en train de créer de nouveaux projets au sein et en dehors de nos salles de classe. Nous en sommes persuadés : c’est en se rencontrant et en partageant nos bonnes pratiques avec les enseignants d’Europe et du monde que nous parviendrons à combattre les problèmes d’iniquité à grande échelle.

--> (1) Catherine est aussi participante au programme Teach for Belgium