Opinions
Une opinion du Père Cédric Burgun, prêtre du diocèse de Metz, membre de la Communauté de l'Emmanuel.


Ce samedi 22 juillet, au Québec, Cindy et David ont vu leur mariage célébré par… une religieuse. Si l’info agite les réseaux catholiques, une telle cérémonie n’a pourtant rien d’exceptionnel.

D’aucuns se sont étonnés récemment que l’Eglise puisse autoriser un laïque à célébrer un mariage, et en l’occurrence ici une religieuse. Mais faut-il rappeler qu’un certain nombre de mariages sont reconnus valides par l’Eglise (et ce tous les jours ! y compris en France) alors même qu’ils sont célébrés par un "laïque" : le mariage entre deux non baptisés "célébré" par M. le maire ou le ministre du culte de leur religion; ou encore le mariage entre deux baptisés protestants, célébré devant le pasteur et reconnu licite, valide, par l’Eglise catholique : on les appelle pour la plupart "mariage naturel". Pour bien comprendre le fondement de cette possibilité, y compris celle accordée récemment par le Saint-Siège à une religieuse, il faut revenir à quelques distinctions assez fondamentales.

La question du laïcat

Tout d’abord, et très rapidement, le Saint-Siège n’a pas autorisé une religieuse ou une femme à célébrer un mariage, mais un ou une laïque. Cette nuance est importante, car elle situe la question à sa juste place : nulle question d’avancée du droit des femmes dans l’Eglise ! De plus, depuis le Concile Vatican II, il n’y a plus que deux "ordres" dans l’Eglise : les clercs et les laïques; les religieux se situant d’un côté ou de l’autre. Une religieuse est une laïque. C’est donc bien l’idée d’un mariage célébré devant un laïque qui est questionnée. Ni plus ni moins.

Le mariage comme vocation première

Sur la question de la validité de tels mariages : je le rappelais, l’Eglise reconnaît un certain nombre de mariages comme valides, très régulièrement, et en l’absence de prêtres ! Pourquoi ? Parce que dès le livre de la Genèse, Dieu appelle l’homme et la femme au mariage.

Aujourd’hui, nous sommes dans un mélange multiculturel, multireligieux, avec un manque certain de bases chrétiennes. De plus en plus de relations amoureuses montrent ces croisements, et dans ce contexte, il n’est pas rare que l’un des deux fiancés ne soit pas baptisé. Mais ces couples "composites" demandent quand même le mariage à l’Eglise, d’abord pour y être préparé, parce qu’ils croient au mariage et parce que celui qui est baptisé ne s’imagine pas, la plupart du temps, ne pas se marier à l’Eglise et devant Dieu.

Il est important de souligner que l’Eglise accueille tout le monde et veut partir de la reconnaissance première de la condition de tout homme à répondre à l’appel de Dieu, Créateur : en se mariant, tout homme et toute femme répondent à cette vocation première de créature. C’est aussi pour cela que, même quand la motivation de foi n’est pas la même, voire quand elle semble totalement absente, y compris chez deux baptisés, l’Eglise encourage la célébration du mariage ! La grâce de Dieu ne dépend pas uniquement - Dieu merci ! - de nos demandes et de la qualité de notre foi; elle prolonge aussi l’acte créateur de Dieu : d’ailleurs, la seule bénédiction divine demeurée après la chute originelle est bien celle du couple et de sa fécondité ! Le mariage a ceci de particulier - contrairement à toutes les autres célébrations de l’Eglise - qu’il est d’abord fondé sur une réalité naturelle et toute "simple" : l’amour entre un homme et une femme. Et bien évidemment, l’absence du sacrement ne rend pas vains tout le cheminement humain et la beauté de cet amour conjugal-là, en réponse à l’appel de Dieu sur le mariage.

La vérité du premier engagement

Deux époux, dont l’un ne serait pas baptisé ou les mêmes deux, mais qui vivent un amour sincère, fidèle, généreux, seront certainement signes de cet amour divin, mais ne le répandront pas de la même façon, objectivement efficace dans le sacrement. L’amour est en chemin : quand Dieu bénit un amour authentique et vrai, mais qui aujourd’hui, ne peut pas être sacrement, il peut néanmoins donner la grâce aux conjoints de cheminer dans un don de soi, grand et fécond. Pour autant, tout lien conjugal, mais pris tout de même devant la société et devant Dieu, engage le reste de l’existence : il y a une cohérence à demander à Dieu de bénir cette union, et à conformer sa vie à la parole de Dieu, à le prier, et envisager d’élever ses enfants. Et c’est justement pour préserver cette cohérence-là que l’Eglise reconnaît tout mariage célébré entre un homme et une femme, avec les propriétés du mariage telles qu’elle les conçoit de par la Révélation et la tradition. C’est bien pour préserver la vérité du premier engagement d’un homme et d’une femme que l’Eglise peut considérer la forme de cette célébration comme "seconde" et donc en dispenser. Pour être très clair sur cette question, et même si je sais que la question de la nécessité du prêtre ou du diacre au mariage reste pour certains une question doctrinale disputée, il n’en demeure pas moins que la praxis de l’Eglise a longtemps mis en avant cet argument premier : le mariage "naturel" d’un homme et d’une femme est premier. A ne vouloir reconnaître valides que les mariages célébrés devant le prêtre ou le diacre, des questions plus graves encore d’ordre œcuménique, pastoral et même doctrinal sur la théologie de la création et la possibilité de répondre à l’appel de Dieu en conscience et par sa nature de créature verront le jour. Qui remettrait en cause la validité du mariage de Joseph et de Marie ?

L’accompagnement dans le mariage

Oui, le Saint-Siège a autorisé la célébration d’un mariage par un laïque. Dans bien des endroits du monde et dans l’histoire, ces situations ont déjà existé. Mais l’absence de ministre ordonné à un mariage ne doit nous faire oublier des questions plus fondamentales encore : quelle signification le mariage a-t-il encore pour notre temps ? Quelle préparation alors que la pénurie ne touche pas seulement les prêtres pour le célébrer, mais bien aussi des laïques pour les préparer ? Et enfin (et je pourrai ne pas m’arrêter là) : si certains se sont écriés au scandale de voir cela, je rappellerai que le plus grand scandale n’est pas dans la manière de célébrer telle ou telle célébration, mais bien dans l’accompagnement des chrétiens que l’on engage dans telle ou telle voie et qui souvent fait défaut ! Et là, c’est bien l’affaire de tous.


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