Opinions Hitler ayant émergé dans une société où la situation économique était catastrophique, certains se demandent aujourd’hui si l’on peut comparer les années 30 avec les années 2000 ?

Tout d’abord, il est important de ne pas commettre d’anachronisme. C’est-à-dire que je crois que l’histoire ne se répète jamais. Par contre, il est vrai que des analogies peuvent survenir. Sans remonter à Mathusalem, situons-nous à la fin du XIXe siècle et relevons deux correspondances. La première, une crise économique profonde, qui répond souvent à une crise beaucoup plus structurelle.

Ce que nous vivons pour le moment n’est pas du tout une crise conjoncturelle, c’est bien une crise de mutation d’un système. Le deuxième élément, c’est le repli des individus mais aussi des sociétés sur eux-mêmes. Un repli que l’on pourrait qualifier de conservateur nationaliste. Face à l’émergence de nouvelles formes de modernité, on retrouve ses marques, ou, en tout cas, on a l’impression de retrouver ses balises, ses bornes en puisant dans le passé. Ce mouvement est sinusoïdal à travers le temps. Aujourd’hui, je pense que notre crise structurelle est elle aussi particulièrement marquée par l’hésitation entre globalisation et forme de repli sur soi qui va de pair effectivement avec les difficultés économiques et sociales que nous rencontrons, qui sont plus que considérables, qui sont colossales.

Dans un tel contexte peut-on craindre l’émergence d’un nouvel Hitler ?

Il ne faut jamais dire : fontaine je ne boirai pas de ton eau. Ce qui est clair, c’est ce populisme rampant qui traverse l’Europe. Avec de fait une crise du politique qui est indéniable. La fin des idéologies a privé beaucoup de monde, y compris dans les plus jeunes générations, de repères idéologiques dans le sens noble du terme, c’est-à-dire permettant d’articuler un discours qui puisse être autre chose que simpliste. C’est sur ce type de terreau que peut se développer d’abord un démagogue puis un apprenti dictateur. Même si cela ne prendrait pas les mêmes formes - c’est pour cela que j’ai dit que l’Histoire ne se répète pas. Je ne pense que cela serait quelqu’un en uniforme qui pourrait emporter l’adhésion en montant à une tribune dans un stade.

C’est plutôt dans la perte du sens du bien commun que je verrais un danger plutôt que dans l’apparition d’un leader prétendument providentiel. Le fait que nous vivions une période, l’expression n’est pas très jolie, de ventres mous.

Dans un sondage réalisé par Match, 43 % des Belges estiment que le nazisme comportait des idées intéressantes. Quelle lecture faites-vous de ce commentaire ?

Une des lignes d’interprétation de ce sondage, sous réserve de sa représentativité, est la tentation des sondés de répondre de manière manichéenne aux menaces intérieures et extérieures. Ces dernières épousent l’image de la Chine ou de la communautarisation à travers l’Islam, par exemple. Hitler apparaît comme ayant été un rempart. Il a eu des idées, les a appliquées et a fait régner un ordre nouveau. Ils ont l’image d’une Allemagne des années 30 qui invente la VW, où les gens ont du travail, où on construit beaucoup. Ce qui nous pend au nez, c’est la complaisance pour un passé simplificateur faute de pédagogie.