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Le Hamas et le Hezbollah islamistes fascinent une partie de l’extrême gauche. Comme hier, les khmers rouges et Khomeiny. Les cruelles leçons de l’Histoire n’ont servi à rien. La haine de l’Occident pousse aujourd’hui une minorité de gauchistes à prôner une alliance avec les islamistes.

La Belgique est le centre d’un vaste lobbying en faveur du Hamas palestinien et du Hezbollah, l’organisation chiite radicale libanaise, proches de l’Iran d’Ahmadinejad. Ce lobbying est orchestré par une mouvance regroupant des islamistes et des militants issus de la gauche radicale. Parmi eux, des déçus du gauchisme traditionnel, des tiers-mondistes, des activistes musulmans, des partisans de Dieudonné Tous ont en commun une allergie viscérale aux Etats-Unis, perçus comme le Grand Satan, et à Israël, décrit comme l’Etat le plus haïssable au monde.

Ces derniers mois, les pro-islamistes ont mené, en Belgique, une offensive sur plusieurs fronts.

Le 13 mai 2008 a eu lieu, à Bruxelles, le 3e Congrès de l’Union Internationale des Parlementaires pour la Palestine (IUPFP). Celle-ci se présente comme une ONG indépendante. Dans les faits, elle est un outil de propagande du gouvernement iranien.

L’IUPFP a été créée à Téhéran, en mai 2001, en marge d’une conférence sur la Palestine organisée par le Parlement iranien. Ses statuts sont un copier-coller de la position de l’Iran : dénonciation de "la nature terroriste et raciste de l’entité sioniste", soutien à la résistance "sous toutes ses formes" (y compris, donc, les actions terroristes visant des civils), défense de "l’identité arabe et islamique de Jérusalem", "droit du peuple palestinien à établir son Etat sur son territoire, avec Jérusalem comme capitale" (ce qui revient à nier le droit à l’existence d’Israël). Près de la moitié des membres de l’IUPFP sont des Iraniens et des Libanais membres du Hezbollah. Son secrétaire général est le religieux iranien Ali Akbar Mohtshemi. Ancien ministre de l’Intérieur, il a joué un rôle central dans la création du Hezbollah libanais, financé et armé par l’Iran.

Le Directeur International de l’IUPFP est un Belge d’origine libanaise, Dyab Abou Jahjah. Mis en cause pour son rôle à la tête de la Ligue arabe européenne (AEL), lors de heurts entre jeunes immigrés et policiers, à Borgerhout, en 2002, Abou Jahjah a été blanchi par la justice. Sa trajectoire intrigue, pourtant. Abou Jahjah a combattu aux côtés du Hezbollah. Il est un admirateur de son leader, Hassan Nasrallah, le "Khomeiny libanais", accusé de contrebande d’armes iraniennes vers Gaza.

Le président de la branche belge de l’IUPFP est Luk Vervaet, ancien dirigeant du Parti du Travail de Belgique (gauche radicale). Le 13 mai 2008, lors de son discours d’ouverture du Congrès de l’IUPFP, Luk Vervaet a plaidé pour "la suppression des mouvements islamiques comme le Hamas de la liste européenne des organisations terroristes". Il a présenté Israël comme "le dernier régime d’apartheid dans le monde". Pas un mot, dans son intervention, pour critiquer le fondamentalisme islamique du Hamas.

Le 15 décembre 2008, l’IUPFP a organisé, à la Maison des Parlementaires, à Bruxelles, une conférence sur le thème des prisonniers palestiniens détenus en Israël. Parmi les orateurs, deux membres du Hezbollah, Abdullah Kassir, directeur de la télévision du mouvement chiite, Al-Manar, interdite dans plusieurs pays européens suite à la diffusion de programmes antisémites, et le député Hussein Al Hadj Hassan. Dans son intervention, le premier a accusé Israël de pratiquer un "génocide" en Palestine. Le second a enjoint "les sionistes israéliens" d’arrêter "leur nazisme contre les Palestiniens". Il a comparé la résistance du Hezbollah à celle du "peuple belge contre les nazis". Pour rappel, le Hezbollah orchestre une propagande raciste contre les Juifs. Sa branche armée a perpétré de nombreux attentats contre des civils.

Le Directeur international de l’IUPFP, Dyab Abou Jahjah, était présent, le 15 décembre, dans les locaux du parlement belge. Le 30 mars 2009, Abou Jahjah s’est rendu à Londres pour y lancer la branche britannique de l’IUPFP. La home page du site internet de l’AEL, créée par Abou Jahjah, affiche une bannière signée par le Hamas : "Nous ne reconnaîtrons pas ce soi-disant Israël." Un "soi-disant Israël" qui, selon l’AEL, doit être rayé de la carte.

Le 26 janvier 2009, l’AEL a organisé à Bruxelles, à la Maison des Associations Internationales (MAI), une conférence de presse sur le thème : "L’Etat d’Israël doit être démantelé. C’est un Etat artificiel, basé sur la terreur, l’oppression et la démagogie." Un discours très "iranien" : l’AEL s’aligne toujours sur les positions de Mahmoud Ahmadinejad.

Le 1er février 2009, Nadine Rosa-Rosso, ex-secrétaire générale du PTB et initiatrice du cartel entre ce parti et l’AEL d’Abou Jahjah, aux élections de 2003, a lancé "à tous les candidats aux 736 sièges du Parlement européen", un "appel pour le retrait immédiat et inconditionnel du Hamas de la liste européenne des organisations terroristes". Le terme "inconditionnel" n’est pas anodin. Marxiste convaincue, Nadine Rosa-Rosso défend inconditionnellement le Hamas. Le 17 janvier dernier, lors d’un Forum international organisé à Beyrouth, elle a regretté qu’"on cherche en vain, sur des sites marxistes, le moindre mot positif sur le Hamas". Nadine Rosa-Rosso, est candidate à Bruxelles, aux élections du 7 juin, sur la liste "Egalité sans guillemet", soutenue notamment par des anciens compagnons de route du Parti des Jeunes Musulmans, de l’islamiste Abdullah Bastin.

Parmi les signataires belges de l’Appel de Nadine Rosa-Rosso : l’omniprésent Dyab Abou Jahjah, le journaliste Michel Collon, qui publie sur son blog de nombreux articles favorables au Hamas, le journaliste Olivier Mukuna, un défenseur de Dieudonné, l’atypique professeur de l’UCL Jean Bricmont, le tiers-mondiste François Houtart, des militants trotskystes (le front avec les islamistes a été théorisé, pour la première fois, par le parti trotskyste anglais, Socialist Workers Party), l’enseignant et théologien musulman Yacob Mahi, le président de la branche belge de l’IUPFP, Luk Vervaet, la tête de liste d’"Egalité sans guillemet", Nordine Saïdi

Le site internet qui héberge l’Appel de Nadine Rosa-Rosso publie un article du professeur américain James Petras, l’un des signataires phare de l’Appel "pro-Hamas", avec le philosophe Tariq Ramadan. L’auteur utilise des clichés anti-Juifs, reprochant à "la grande majorité des Occidentaux progressistes" d’être "de fait devenus une partie de la vaste coalition formant une chaîne avec les fanatiques sionistes milliardaires " James Petras fustige les Palestiniens modérés du Fatah, "financés par la CIA" et défend "le droit du peuple iranien à développer pacifiquement l’énergie nucléaire". "Pour ce qui est de l’agression militaire", conclut-il, "les démocrates et les socio-démocrates européens de centre-gauche sont bien pires que les Talibans, le Hezbollah et le Hamas".

Le prosélytisme en faveur du Hamas et du Hezbollah rencontre un écho inquiétant au sein de la population d’origine arabo-musulmane. Les islamistes ont noyauté la manifestation pro-palestinienne du 11 janvier, dans les rues de Bruxelles. Pour la première fois, les slogans pro-Hamas et pro-Hezbollah, ainsi que les appels à la Guerre Sainte, n’étaient plus marginaux. Grâce à la complicité et/ou la faiblesse de la gauche, dépassée par les fondamentalistes religieux.

La nébuleuse belge pro-Hamas et pro-Hezbollah peut sembler folklorique. Elle ne l’est pas. Les gauchistes islamophiles sont des propagandistes hors-pair, très présents sur la Toile. A l’instar de l’énigmatique Dyab Abou Jahjah, l’un des relais de la propagande iranienne en Europe. Ce n’est pas par hasard si le "petit Anversois" Jahjah occupe le poste-clé de Directeur international de l’IUPFP, d’obédience iranienne.

Existe-t-il un "parti iranien" en Belgique ? Une mouvance pro-iranienne, c’est sûr. De leur point de vue, les gauchistes pro-islamistes et les amis de Dieudonné sont cohérents : le régime d’Ahmadinejad n’est-il pas le "meilleur ennemi" des démocraties "colonialistes et racistes", qu’ils exècrent ?

L’activisme, en Belgique, d’un "parti iranien" pose la question du laxisme des démocrates. Faut-il rester les bras croisés quand des islamistes et leurs alliés tentent d’endoctriner la population d’origine immigrée ? Faut-il tolérer qu’Abou Jahjah, opposé à l’intégration des Arabo-musulmans, organise tranquillement la pub de mouvements terroristes dans notre pays ? Ne faudrait-il pas appliquer, à leur égard, le cordon sanitaire qui isole l’extrême droite ?