Un tendon d’Achille peut s’enflammer

Jan DE TROYER Publié le - Mis à jour le

Opinions

La croissance trop rapide du parti oblige Bart De Wever à chercher des figures politiques tous azimuts. Ses renforts comme Siegfried Bracke (considéré avant comme adepte du sp.a), Ludo Van Campenhout (ex-Open VLD anversois) et Van Den Driessche (ex-Volksunie passé ensuite au CD&V), sont entourés d’un parfum d’opportunisme. Si la N-VA devient un parti comme les autres, sa position anti-establishment deviendra peu crédible. C’est probablement son tendon d’Achille."

Cette conclusion de ma chronique, début janvier, avait un aspect quelque peu prophétique. Le tendon d’Achille de la N-VA s’est fortement enflammé : l’ambition de gagner l’écharpe mayorale à Anvers et de pouvoir dicter sa loi après les élections fédérales de 2014 a poussé Bart De Wever à l’intégration d’une quarantaine de membres du Vlaams Belang sur les listes N-VA pour les communales.

Même pour des dirigeants de ce parti, comme le président du parlement flamand Jan Peumans, l’arrivée de Jurgen Ceder, idéologue du Vlaams Blok, compromet l’avenir du parti.

Face à l’unanimité négative de tout l’establishment politique et médiatique flamand, Bart De Wever a dû trouver des explications alambiquées pour sauver la réputation démocratique de son parti. C’est la toute première fois que le leader n’est ouvertement plus unanimement suivi dans son parti. On a pu lire dans ces pages que critiquer systématiquement les faits et gestes de Bart De Wever serait contre-productif.

Il est vrai que les multiples critiques ont, jusqu’à présent, permis à la N-VA d’adopter une position de "un contre tous", qui ne fait que séduire les nombreux Flamands qui en ont ras-le-bol de la classe politique.

Il est tout aussi vrai qu’un certain anti-flamingantisme au Sud a depuis toujours renforcé le mouvement flamand dans ses convictions. Mais cela n’implique pas que le débat sur la potentielle contagion de la N-VA par les idées des transfuges de l’extrême droite soit sans fondement.

La Volksunie incarnait, dans les années soixante, un mouvement flamand pluraliste, mais elle a oublié de couper les ponts avec quelques anciens adeptes des idées des années trente. Malgré leurs convictions incontestablement démocratiques, des leaders comme Vic Anciaux et Hugo Schiltz, ont vu renaître l’extrême droite dans les rangs du parti.

N’oublions pas que les fondateurs du Vlaams Blok, en 1978-79, sont issus de la Volksunie, où on les avait trop longtemps considérés comme un groupuscule sans influence. Il aura fallu trente ans de cordon sanitaire pour repousser le virus. La présence d’une quarantaine d’hommes politiques d’une certaine carrure sympathisants de l’extrême droite comporte effectivement un risque pour l’avenir de la N-VA.

Il fallait donc matraquer De Wever à cause de ce choix. La mise à l’écart de Jurgen Ceder n’a d’ailleurs pas été faite par conviction, mais sous la pression générale. En même temps, la vérité oblige d’admettre que l’histoire a souvent fermé les yeux sur le passé politique de certaines personnalités occupant des postes stratégiques.

J’ai été surpris de lire dans le NRC Handelsblad un article de l’historien néerlandais Thierry Baudet m’apprenant que Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe, avait été sous-secrétaire d’État aux réfugiés sous le régime de Vichy jusqu’au 17 juillet 1940 et qu’il avait, comme 568 autres parlementaires, voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

La carrière d’un homme d’État est souvent faite de méandres et d’épisodes qu’on préfère oublier.

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