Opinions

Une opinion de Mustapha Chairi et Ali Izmar, respectivement président du Collectif contre l'islamophobie en Belgique (CCIB) et secrétaire général du collectif Halte au massacre en Birmanie (Hameb).


Nous demandons solennellement au recteur de l’Université catholique de Louvain de débaptiser la chaire UCL du nom "Aung San Suu Kyi" (ASSK).


Dans le contexte des événements particulièrement graves de nettoyage ethnique en cours en Birmanie, des centaines de milliers de victimes civiles sont déplacées et des dizaines de milliers sont la cible d’exactions. La cheffe de l’Etat birman, Aung San Suu Kyi, malgré un soutien international dans le passé pour son combat pour la liberté des peuples, fait preuve aujourd’hui d’un déni scandaleux face à ce qui s’apparente à un crime contre l’humanité.

Un drame immense touche la population des Rohingyas en Birmanie, population apatride reconnue par l’Onu comme "la minorité la plus persécutée du monde". Tant d’espoirs, pourtant, reposaient sur cette militante emprisonnée devenue prix Nobel de la Paix puis cheffe d’Etat de la Birmanie, Madame Aung San Suu Kyi, à qui l’Université catholique de Louvain (UCL) a octroyé le titre de docteur honoris causa et le nom d’une chaire. C’était en 1998.

A l’époque, l’université avait invité les citoyens à venir "rendre hommage à cette femme d’exception pour le combat pacifique qu’elle a mené en faveur des droits humains et de valeurs auxquelles nous adhérons : la liberté, la démocratie, l’émancipation des personnes et des peuples". Dans le contexte que nous connaissons ces derniers mois, relire ces paroles fait horriblement mal.

Alors même qu’Aung San Suu Kyi occupe à présent le poste le plus à même de faire changer les choses, la situation des Rohingyas est alarmante. En outre, les autorités birmanes continuent à nier les massacres et les exactions en cours et Aung San Suu Kyi a même refusé une mission de l’Onu dans la région. Jusqu’à sa prise de parole de ce mardi 19 septembre 2017, nous avons tant attendu et espéré un geste fort. Mais il faut faire le constat lucide : Aung San Suu Kyi a déçu et trahi les idéaux mêmes qui ont été mobilisés pour la faire libérer et médiatiser son combat.

Nous sommes dans un de ces rares moments dans l’histoire contemporaine où les médias nous permettent d’assister en direct à un drame d’une si grande ampleur. Il faut rappeler qu’Ashin Wirathu, un des initiateurs de ce nettoyage ethnique de cette minorité musulmane, se revendique d’Hitler et de l’idéologie d’extrême droite. A l’époque, on ne pouvait pas savoir. Maintenant, on ne peut pas ignorer.

Une cheffe d’Etat qui a vocation un jour à rendre compte de ses actes devant une Cour pénale internationale ne peut voir son nom légitimé par une Université aussi prestigieuse que l’Université catholique de Louvain, une des plus anciennes d’Europe.

Nous sommes confiants dans la décision qui sera prise par les autorités académiques de l’UCL suite à notre interpellation citoyenne et nous ne doutons pas un seul instant, qu’animé des valeurs qui sont celles de cette institution de renommée internationale, la chaire qui, rappelons-le, porte le nom "Démocratie, Cultures et Engagement" sera débaptisée.

Le Collectif contre l’islamophobie en Belgique a pour mission de promouvoir une société inclusive, fondée sur les principes des droits de l’homme. Sa mission est de construire des solutions avec des citoyens discriminés et la société afin de faire reculer la haine et le racisme, en ce compris la xénophobie et l’islamophobie. Plus d’infos : www.islamophobia.be

Le Collectif Hameb (Halte au massacre en Birmanie) s’est constitué afin d’informer et de sensibiliser sur la situation et les conditions de vie des minorités ethniques en Birmanie, et d’intervenir sur le terrain au niveau humanitaire, notamment auprès de la communauté des Rohingyas.


Plus d’infos : www.collectif-hameb.fr