Opinions

Une opinion de Jan De Troyer, chroniqueur.

Les études faisant apparaître des opinions parfois choquantes se succèdent en Flandre. A peine a-t-on appris que quarante pour cent des habitants du Nord trouvent qu’on peut faire des économies dans les soins de santé en éliminant de la sécurité sociale les traitements coûteux pour les personnes âgées, les malades incurables et les personnes ayant un style de vie à risque, qu’une nouvelle enquête démontre que près de la moitié des Belges néerlandophones rêvent d’habiter dans une Flandre blanche.

Le Service d’Etudes du gouvernement flamand a demandé aux Flamands d’imaginer leur quartier idéal. Quarante-cinq pour cent des interrogés rêvent d’un quartier sans habitants d’origine étrangère. Selon le même sondage, 47 pour cent des Flamands pensent que les étrangers viennent s’installer en Flandre pour profiter de la sécurité sociale.

Paradoxalement, la moitié des interrogés prétendent que la diversité des cultures est une bonne chose pour la société. Mais en même temps, 51 pour cent des Flamands admettent ne jamais avoir contact avec des personnes d’origine étrangère.

Ces chiffres troublants, repris dans le "Vlaamse Migratie en - Integratiemonitor", semblent confirmer les préjugés sur les Flamands qui existent chez pas mal de Belges francophones. Ce qu’on peut difficilement contester, c’est qu’une bonne partie de la population flamande est, selon cette enquête, hantée par la nostalgie d’une Flandre qui n’a probablement jamais existé, c’est-à-dire d’une Flandre blanche.

On peut d’ailleurs constater un remarquable degré d’irrationalisme dans les esprits flamands. Dans la réalité quotidienne et sur le plan local, quand elles sont menacées d’expulsion, les personnes d’origine étrangère sont souvent soutenues par leur voisinage, par ces Flamands proches de ces réfugiés. Une fois que la personnalité et le parcours d’un demandeur d’asile sont médiatisés et donc mieux connus par la population, on constate que la solidarité avec cet individu se répand très vite. Mais cette solidarité personnalisée reste d’un caractère purement émotionnel.

Il y a quelques mois, la Flandre a été unanime à s’indigner quand les médias ont évoqué le sort d’un jeune Afghan bien intégré, renvoyé à Kaboul, parce qu’une certaine administration applique à la lettre les règlements. L’indignation a encore monté d’un cran quand on a appris, quelques semaines plus tard, que ce jeune homme avait été tué. Cela n’a pas empêché la secrétaire d’Etat à l’Asile, Maggie de Block, de devancer Bart De Wever en termes de popularité dans les derniers sondages. Et au congrès de son parti, l’Open VLD, Maggie a été acclamée comme la star qui va épargner aux libéraux flamands le triste spectacle de voir ses électeurs préférer le chant des sirènes de la N-VA.

La solidarité personnelle reste donc purement émotionnelle et ne se traduit pas en opinion politique. Elle est au contraire contenue par une angoisse, tout aussi irrationnelle, qui risque de hanter, pour longtemps encore, une bonne partie de la Flandre. D’autant plus que cette grande diversité démographique, caractéristique de notre époque et de l’évolution de la société, ne disparaîtra pas d’un coup de baguette magique.

A en juger par la composition ethnique de la jeunesse dans les villes flamandes, elle continuera au contraire de s’accentuer. On ne peut pas parler en Flandre d’une montée d’un racisme pur et dur, comme en France, en Italie ou en Grèce. Mais ce petit coin prospère de l’Europe bordant la mer du Nord a tellement peur de perdre sa richesse matérielle que sa population se protège en se berçant d’illusions. Près de la moitié des Flamands rêvent donc toujours que leur quartier soit une oasis insulaire de l’homme blanc.