Opinions

Ces dernières semaines, certains responsables politiques francophones ont affirmé ne plus comprendre la position du CD&V dans les négociations communautaires. Cela m’étonne. A mes yeux, notre position est en effet très claire. Et c’est en outre une position partagée par beaucoup de gens en Flandre. Le 26 janvier, Bart Sturtewagen, rédacteur en chef du "Standaard", écrivait une question pertinente : "Peut-on encore être d’avis que cet Etat doit être réformé en profondeur, que les responsabilités doivent être mieux allouées et que l’efficacité doit être renforcée et, en même temps, ajouter qu’une Belgique ainsi refondée est notre avenir ? Ou est-ce que cela fera pleuvoir les reproches des deux côtés ? Tantôt en tant que nationaliste égoïste, tantôt en tant que traître à la cause flamande ?"

Il suffit de répondre "oui" à la première question, et vous obtenez le point de vue du CD&V. Nous voulons réformer le pays, mais pas le scinder. Plus encore : il doit être réformé pour pouvoir continuer à exister. A la table des négociations, j’ai dit dès le début que si nous voulions rendre la stabilité au pays, nous devrions le changer. Ce n’est ni une trahison de la cause flamande, ni une attaque nationaliste envers la Belgique. Une Flandre forte dans un pays gouvernable, telle est notre vision. C’était le cas avant les élections, cela le reste après les élections. Nous n’avons pas de double agenda communautaire.

C’est ce que j’appelle mettre le cap sur une "Flandre intelligente". La Flandre que veut le CD&V est une Flandre qui dispose des meilleurs instruments pour mener les meilleures politiques. Des politiques qui prennent soin des gens qui y vivent et y travaillent, qui y vont à l’école, y grandissent et vieillissent. Notre Flandre intelligente est une Flandre où plus de gens travaillent afin de garantir notre prospérité et nos pensions. Où nous faisons le maximum pour la santé des gens. Où les gens vivent dans une région chaleureuse, sociale et juste. Cette Flandre, entité fédérée d’une Belgique réformée, nous ne pouvons l’atteindre que par la voie des négociations. Pas à pas.

Ce cap sur une Flandre intelligente n’est pas un jeu stratégique, mais une position de fond bien réfléchie. Ces derniers mois, nous avons toujours respecté l’accord des partis flamands contenu dans la note dite "Octopus" qui fait partie de l’accord de gouvernement flamand. C’est pourquoi, début janvier, nous avons demandé de retravailler la note du conciliateur. Dans certains domaines, cette note était en effet inconciliable avec l’accord Octopus. Certains nous ont traités de Flamands radicaux. Mais cette même note Octopus se trouvait également à la base de notre refus de la scission de l’Onem, lorsque celle-ci a été évoquée dans les rangs de la N-VA. Certains nous ont alors traités de belgicistes. C’était incorrect dans les deux cas. Nous faisions seulement preuve de cohérence.

Il est donc manifestement faux de soutenir que le CD&V chercherait à rester dans le sillage de la N-VA. Nous suivons notre propre ligne. Mais, en même temps, nous voulons respecter le résultat des élections. Les électeurs ont donné un mandat fort à deux partis, la N-VA et le PS. Je peux m’imaginer que certains partis préféreraient former un gouvernement sans la N-VA. Tout comme je peux m’imaginer que d’autres préféreraient un gouvernement sans le PS. Mais la démocratie a également ses droits. Que l’on soit pour ou contre, ce sont donc ces deux partis qui doivent former l’axe central du prochain gouvernement. L’électeur n’a pas confié un tel rôle au CD&V. Cela ne nous a en tout cas à aucun moment empêchés de prendre nos responsabilités. Nous les prenons même de trois manières.

Nous les prenons, tout d’abord, autour de la table des négociations. Le CD&V reste un parti qui détient beaucoup de connaissances. Il a été sollicité à plein régime pendant les sept derniers mois. Nous avons élaboré toute une série de propositions (notamment en ce qui concerne la loi de financement, les soins de santé, la justice ), à chaque fois dans le but de faire avancer les négociations. Nous continuons à jouer ce rôle. Nous apportons des bases. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai déposé une proposition en matière de soins de santé. Pas pour scinder le système, mais pour l’améliorer. Notre proposition garantit la pérennité et l’accessibilité d’un système de soins de santé solidaire et social de renommée mondiale. En même temps, elle incite les pouvoirs publics à mieux utiliser les moyens disponibles, de manière plus efficace et plus responsable.

Notre deuxième responsabilité se situe au sein du gouvernement fédéral en affaires courantes. En ce qui concerne le déficit budgétaire de 2010, l’équipe autour d’Yves Leterme a fait mieux que ce qui avait été convenu avec l’Europe. Et, gouvernement d’affaires courantes ou pas, nous devons également outrepasser les prévisions en 2011. Le déficit de tous les niveaux de pouvoirs de notre pays pris ensemble est l’un des plus faibles d’Europe. Notre marché de l’emploi se relève. Notre croissance économique est la deuxième en Europe. Malgré la crise, près de 90 000 emplois ont vu le jour ces trois dernières années. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a dit au sujet de notre présidence : "Ce fut une grande et belle présidence à un moment délicat et exigeant pour l’avenir de l’Union européenne." L’axe démocrate-chrétien, avec nos représentants au gouvernement flamand et au gouvernement fédéral et avec le président du Conseil européen, a fonctionné.

La troisième responsabilité, nous la prenons à d’autres niveaux de pouvoir. Ainsi, au sein du gouvernement flamand sous la direction de Kris Peeters, nous aurons cette année un budget en équilibre. C’est important afin de pouvoir, à l’avenir, continuer à investir encore plus dans une nouvelle politique industrielle, dans de meilleurs soins de santé primaires, dans une mobilité meilleure et plus durable, dans notre rôle de leader en matière de politique du climat ou de la biodiversité. Mais nous continuons également tous les jours à prendre nos responsabilités dans les communes et les provinces, où des chrétiens-démocrates détiennent souvent les rênes du pouvoir.

Nous ne pouvons pas nous écarter de notre objectif à cause d’un sentiment de "dépression de rue de la Loi", ni à la suite de prises de position verbales ou non verbales. Les grandes déclarations théâtrales, les doigts d’honneur ou les reproches mutuels n’apportent rien. Notre pays a besoin d’un accord communautaire. Y participer, de manière intelligemment flamande, c’est cela, la ligne de conduite du CD&V.