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COMMENTAIRE

Parce que bien des forces restent vives au-delà du cap officiel des 65 ans, parce que des secteurs d'activités sont en manque d'expérience voire en panne d'emplois, parce que des occupations transparentes valent toujours mieux que du travail au noir dont il serait vain de nier l'existence... les partisans de la liberté de travail lucratif des pensionnés ne manquent pas d'arguments pour proposer la suppression des limitations.

Mais il n'en manque pas davantage à leur opposer. Les limitations en vigueur ont leurs raisons. S'agissant d'imposer le repos à ceux qui iraient jusqu'à compromettre leur santé en continuant à travailler pleinement; s'agissant de n'entraver en rien l'insertion professionnelle des plus jeunes; s'agissant d'éviter des concurrences déloyales entre actifs ordinaires et main-d'oeuvre âgée plus fragile; s'agissant d'écarter la perspective de charges financières aggravées au cas où on en viendrait un jour à déplafonner les activités en deçà de 65 ans; s'agissant finalement de la logique même du système de répartition entre générations, fondé à soumettre le versement de la pension à des conditions.

Alignant ainsi le pour et le contre, la proposition ne peut pas être cet élément isolé que voudraient ses tenants. Ne songeons qu'à l'incohérence inique qui en découlerait entre des jeunes quinquagénaires prépensionnés toujours empêchés à travailler sous l'emprise du régime de chômage et des sexagénaires avancés qui retrouveraient toute liberté d'action au nom d'un système de pension libéralisé. Dans ce registre, tout se tient. Et aucune mesure ne peut être décidée sans s'interroger plus sérieusement quant à ses effets financiers, redistributifs et sur l'emploi. Sauf à vouloir sans le dire détricoter un système dont les vertus présumées de solidarité sont déjà éprouvées par certains montants de pensions et l'enlisement, au fédéral, de l'assurance-dépendance.

© La Libre Belgique 2001