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Un festival de couleurs et de lumière... Voilà ce qu'est devenue, en quelques jours, la petite église paroissiale de Stockel-au-Bois. Elle qui paraissait encore si terne et si triste il y a seulement deux mois brille aujourd'hui de mille feux et fascine toutes celles et tous ceux qui y pénètrent. Habitués des lieux comme hôtes de passage, tous reconnaissent le travail de qualité effectué par Jan Goris, l'artisan de cette métamorphose, même s'ils ne partagent pas forcément son goût pour l'abstrait.

En fait, Jan Goris n'imaginait pas, en présentant son projet l'an dernier, qu'il serait choisi par la paroisse Sainte-Alix pour réaliser les vitraux de l'église. «En général, l'abstrait fait peur», explique-t-il, «et j'aurais tout à fait compris que l'on ne retienne pas mon projet.» Et l'artiste-peintre de justifier son refus du figuratif: «Aujourd'hui, tout le monde peut lire la Bible. Plus besoin de dessins pour raconter l'Évangile comme au Moyen Âge. Chacun, aidé par la prière, peut y chercher lui-même le sens qui le touche et ainsi se laisser approcher par l'Esprit.»

UNE VIBRATION

Ce que Jan Goris cherchait avant tout, c'était à créer une intimité, une intériorité, quelque chose de chaleureux. «Avant de me mettre au travail, je me suis demandé dans quel endroit je me sentais le mieux et j'ai pensé à une forêt, quand les rayons du soleil dansent à travers les branches et le feuillage. C'est cela que j'ai essayé de rendre Une vibration.»

Pour parvenir à ce résultat, le jeune peintre s'est retiré pendant plusieurs jours dans un monastère franciscain. «La prière avec les moines», explique-t-il, «me donna la paix et me permit d'intérioriser les paroles de la Bible, de me les approprier et de les restituer, transmués par une sorte de regard intérieur.» Durant cette retraite, les dessins lui sont venus avec une telle facilité que Jan Goris a l'impression aujourd'hui qu'il ne pourrait plus les refaire, qu'il n'en est pas vraiment l'auteur. «Je me sens tout petit devant mes vitraux», confie-t-il.

NAGER À LA SURFACE DES EAUX

Pour une première commande, le jeune peintre reconnaît qu'il a eu beaucoup de chance. Rares, en effet, sont les églises et les chapelles dont l'ensemble des vitraux est à remplacer. Une telle opportunité ne se présente pas tous les jours. «Et puis, j'ai eu la chance»

Ajoute-t-il, «de tomber sur un maître verrier qui m'a tout de suite compris et qui a trouvé le verre dont j'avais besoin. Un verre qui ne soit pas uniforme et qui vibre.»

Les couleurs et la lumière jouent bien sûr un rôle important dans l'oeuvre de Jan Goris. Le bleu, le rouge, le jaune et le vert s'y répondent harmonieusement, tout en laissant place à la lumière naturelle. «Dans les plus beaux vitraux», explique-t-il, «celle-ci n'est pas retenue dans les mailles du vitrail; elle passe à travers les couleurs et joue avec elles.»

L'artiste trouve, en tout cas, fascinant le fait de travailler avec la lumière du soleil. En effet, les vitraux de Sainte-Alix ne résonnent jamais deux fois de la même manière. Les saisons, les différentes heures du jour, la densité des nuages qui encombrent le ciel, sont autant d'éléments qui entrent en interaction avec les verres colorés et leur donnent leur densité.

«Quand j'étais petit», raconte-t-il, «nous habitions près d'une chute d'eau de cinq mètres de hauteur. Je pouvais rester des heures à contempler le miroitement de la lumière dans l'eau. C'est là que je me suis rendu compte combien nous sommes peu attirés par la lumière pleine et directe, combien nous l'apprécions quand elle est répartie en petites touches.» Voilà sans doute la raison pour laquelle les vitraux de Jan Goris exercent une telle fascination. En effet, les contempler, c'est comme nager à la surface des eaux, au milieu des reflets du soleil, ou encore s'allonger dans une forêt, par une belle journée d'été. Bref, une invitation à la quiétude et à la prière. Un voyage au plus profond de soi.

© La Libre Belgique 2001