Une mosaïque complexe et cloisonnée

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Opinions

Quand on lit votre étude, on se rend très vite compte de l'incroyable complexité du bouddhisme...

Bernard De Backer: Si j'ai intitulé ce courrier du CRISP `Bouddhismes en Belgique´, ce n'est pas par hasard. J'ai utilisé le pluriel parce que le bouddhisme en Belgique est divisé par au moins deux lignes de partage. La première, est celle qui distingue le bouddhisme `hérité´ du bouddhisme `choisi´, autrement dit le bouddhisme transplanté des communautés asiatiques du bouddhisme adopté par des Occidentaux. La deuxième ligne de partage, quant à elle, est celle qui divise les différentes branches, écoles et lignées bouddhiques. Le bouddhisme en Belgique est par conséquent une marqueterie complexe, alors que dans les pays de tradition bouddhiste, c'est presque toujours une seule branche qui domine le paysage religieux.

Cette complexité a-t-elle tendance à s'accentuer avec le temps?

Il me semble. Pour des raisons qui tiennent à l'individualisation et à la désinstitutionnalisation du religieux, à la globalisation et au brassage des populations, l'offre du religieux s'est fortement diversifiée. Ainsi, les branches, écoles et lignées du bouddhisme ont-elles tendance à se subdiviser toujours plus avec le temps. Ce phénomène, bien sûr, n'est pas tout à fait étranger au mode de transmission de maître à disciple qui prévaut dans le bouddhisme, surtout pour le bouddhisme tibétain et le zen, les plus répandus chez nous.

Les communautés bouddhistes installées en Belgique ont-elles beaucoup de rapports entre elles?

Comme je le disais précédemment, le monde bouddhique en Belgique est une marqueterie complexe. Elle est également cloisonnée. Il y a relativement peu de relations entre les différentes branches du bouddhisme, ainsi qu'entre les pagodes traditionnelles et les centres occidentaux. Rares sont les bouddhistes étrangers ou d'origine étrangère qui fréquentent des centres d'initiative occidentale, à l'exception des enseignants (lamas tibétains, moines zen ou bonzes theravadin). L'inverse est également vrai, sauf dans le cadre de relations familiales (couples mixtes) ou amicales. L'Union bouddhique belge est un des rares lieux de rencontre de ces différentes composantes du bouddhisme. Le mouvement du moine vietnamien Tich Naht Hanh, cependant, réunit lui aussi des pratiquants orientaux et occidentaux.

Comment se fait-il qu'en Belgique, le bouddhisme ait mis tant de temps à s'installer?

Je pense que cela tient surtout aux liens coloniaux de notre pays. Contrairement à la France ou à la Grande-Bretagne, la Belgique n'a pas eu de colonies de tradition bouddhiste. Et puis, je ne suis pas si sûr que la `Bonne Loi´ ait été introduite dans notre pays beaucoup plus lentement qu'ailleurs. La Belgique a d'ailleurs connu des spécialistes éminents, tels que Louis de la Vallée Poussin, disciple du grand orientaliste français Sylvain Lévi, et son successeur, Etienne Lamotte. Mais il s'agit là de bouddhisme académique, il est vrai.

Quelles sont les caractéristiques du bouddhisme en Belgique?

En fait, au niveau européen, on constate que le bouddhisme tibétain a plus de succès dans des pays catholiques, comme la Belgique, que dans les pays protestants. Ceux-ci sont davantage attirés par le bouddhisme du Petit Véhicule, le Theravâda, voire le zen, plus proche de leur sensibilité. Il y a donc certaines affinités électives entre les divers courants de ces deux religions. J'ai par exemple été intéressé d'apprendre que le Chemin du Diamant, fondé par le lama danois Ole Nydhal, se revendiquait d'une sensibilité plus laïque au sein du bouddhisme tibétain, ce qui est probablement lié à ses origines nord-européennes, de tradition protestante.

© La Libre Belgique 2002

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