Opinions

Une opinion de Manuel Abramowicz, coordinateur du site d'infos RésistanceS.be, auteur et enseignant dans une haute école bruxelloise en travail social et communication.


Femmes harcelées, c’est le retour de TINA dans notre ère actuelle ! Ce qui est terrible dans « LA » polémique actuelle suscitée par la tribune de femmes critiquent à l'égard du label "Balance ton porc", co-signée notamment par Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie, Catherine Millet... et les belges Anne Morelli (historienne, professeure à l'Université libre de Bruxelles) et Sonia Verstappen (travailleuse du sexe et anthropologue), comme dans bien d'autres zizanies intellectuelles de notre société, c'est, qu'une fois de plus, nous nous trouvons enfermés dans un "débat" binaire, manichéen, bushiste : "avec nous ou contre nous" ! Pas d'autre salut. Pas d'alternative. Pas de troisième voie possible.

C'est le retour de TINA ("There is no alternative") qui demain va régner globalement dans notre ère. Avec son politiquement correct comme base de novlangue, pour ne pas heurter les uns et les unes. Et surtout pour nous imposer une nouvelle manière de marcher au pas.

Pour contrer tous les interdits qui flattent les fondamentalistes de tout bord, les conservateurs de droite - comme de gauche ! - et les autres partisans acharnés d'une vision européenne de la "Moral Majority" américano-évangélique chrétienne de jadis (1979):

Aux ANATHÈMES, il faut toujours préférer la RÉFLEXION.
A la RÉPRESSION, il faut TOUJOURS privilégier l'ÉDUCATION !

Mais aujourd'hui, nous en sommes bien loin... Nous nous éloignons à grands pas de la révolution culturelle que fut Mai 68. Le « Grand bond en avant » est désormais un "Grand bond en arrière". Avec le retour de la ribambelle des bondieuseries des temps anciens. Le slogan "il est interdit d'interdire" - utile alors contre une société qui était contrôlée du haut vers le bas et où l’autoritarisme s’imposait encore partout - sera bientôt remplacé par la doctrine d’ "il est impérativement autorisé d'interdire".

Contre les caricatures qui offensent la religion : interdiction. La drague de rue : assimilation au harcèlement. Tentative de compréhension (et pas de justification !) du volontariat djihadiste : complicité avec le terrorisme. Critique de l'Etat d'Israël : antisémitisme. Dénonciation du racisme : soumission à ladite "islamisation" ...

... Les anathèmes précèdent systématiquement la répression !

Contre les maux de notre société, beaucoup, à gauche, à droite, chez des écolos et autres humanistes, le réflexe pavlo-liberticide est dégainé. Et plus vite que leur ombre ! Nous assistons trop pacifiquement à un catapultage en arrière, sans lumières, aux années pré-68, qui ne servira que les intérêts des fractions politiques autoritaires de nos pays, comme cela se déroule déjà sous nos yeux à l'instant en Pologne, en Hongrie, en Espagne, en Israël, aux États-Unis ...

La société se caporalise de plus en plus aux profits de la délation, du puritanisme et du communautarisme identitaire. Du chacun chez soi. Des frontières intérieures. Et des mises au pilori des nouveaux parias désignés par le conformisme sociétal. Certes, il n'y a pas encore de censure, mais, il y a de plus en plus d'autocensure. Big Brother, c'est eux. En pantoufles, c’est nous tous ! Parce que, comme l'écrivait l'auteur et pamphlétaire belge Robert Dehoux (1925-2008) : "C’est moins le bruit des bottes qu’il faut crainte que le silence des pantoufles".