Opinions
Une opinion de Catherine Tellier (Le Mouvement d'action paysanne), Stéphane Desgain (CNCD-11.11.11), Vanessa Martin (Fugea) et Astrid Bouchedor (Fian Belgique). 



Le 17 avril est proclamé Journée internationale des luttes paysannes. L’occasion, pour nous, de dénoncer les problèmes que subissent les agriculteurs, chez nous et ailleurs, et d’inviter à la mobilisation.

Le 17 avril est devenu un rendez-vous important dans l’agenda de la société civile belge. Au niveau international, il célèbre le triste anniversaire de l’assassinat de 19 paysannes et paysans du mouvement des Sans Terre au Brésil. Cette date a été proclamée Journée internationale des luttes paysannes par la Via Campesina, le plus grand mouvement paysan international.

En Belgique, les mouvements paysans et le Réseau pour le soutien de l’agriculture paysanne (RéSAP) se rassemblent depuis 5 ans pour revendiquer leurs droits et promouvoir l’agriculture paysanne et l’agroécologie comme alternative au modèle agro-industriel.

Au détriment de l’agriculture paysanne

Dans les pays en développement, alors que les paysans et travailleurs ruraux jouent un rôle fondamental pour la souveraineté alimentaire et la réalisation du droit à l’alimentation, ils subissent une discrimination systématique en matière d’accès à la terre, aux marchés locaux et aux semences. Les paysans et leurs familles représentent plus des trois quarts des personnes qui souffrent de la faim. C’est pourquoi, alors que les famines ressurgissent en Afrique, il faut soutenir l’agriculture paysanne - ce à quoi la Coopération belge au développement semble pourtant renoncer, la nouvelle note stratégique en préparation prônant l’augmentation de l’aide au secteur agro-industriel au détriment de l’agriculture paysanne. Il faut aussi cesser d’exiger l’ouverture des marchés agricoles du Sud voulue par l’Union européenne dans le cadre de divers accords de libéralisation commerciale.

Epuisement et suicides

En Belgique, la situation de la paysannerie n’est pas non plus réjouissante. Depuis 1980, la Belgique a vu disparaître 68 % de ses fermes et les crises à répétition qui secouent le milieu agricole (crise du lait, crise de l’élevage, volatilité des prix des céréales, crise des fruits d’exportation, etc.) ne sont que l’expression d’erreurs structurelles, telles que la dérégulation de la PAC (Politique agricole commune), la priorité donnée à l’exportation et les relations inégales entre l’agriculture paysanne, l’industrie et la grande distribution. Suite à ces crises et la fuite en avant vers un marché de plus en plus grand qu’ils ne maîtrisent pas, le nombre d’agriculteurs très endettés et sans perspectives est chaque jour plus important. Les épuisements psychologiques et les nombreux suicides sont le symptôme d’un système agricole sans issue. L’agriculture paysanne qui, elle, respecte les paysans, les sols et les consommateurs, n’est pas suffisamment soutenue.

Quand des agriculteurs sont expulsés de leurs terres, comme à Perwez pour permettre la mise en place d’un zoning, on peut questionner notre modèle d’aménagement du territoire. Quand un jeune paysan ne trouve pas de terre pour s’installer parce que le prix atteint 50 000€ l’hectare dans le Brabant wallon, on peut s’en prendre au marché foncier et demander sa régulation. Quand les primes de la PAC restent conditionnées à l’hectare et incitent à l’agrandissement des fermes, on peut demander une réforme des règles européennes. Quand les paysans se voient interdits de reproduire leurs propres semences alors qu’on autorise les mégafusions et le monopole des géants de l’agrochimie (Bayer/Monsanto, ChemChina/Syngenta), on peut s’en prendre aux droits de propriété intellectuelle et à la concentration excessive du secteur de l’agrobusiness. Mises bout à bout, toutes ces menaces sont devenues le quotidien des paysans et constituent des violations de leurs droits.

Soutenir la déclaration

Le Conseil des Droits de l’homme de l’Onu prépare un projet de Déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant en zones rurales. Le processus de négociation de cette déclaration va connaître une étape importante du 15 au 19 mai 2017 à Genève. Malheureusement, la Belgique et la plupart des autres Etats européens restent peu favorables à cette déclaration. En réalité, les réserves avancées reviennent à s’opposer au projet lui-même. Cette attitude n’est pas acceptable parce qu’elle nie la réalité des paysans belges et qu’elle est incohérente avec les priorités que la Coopération belge s’était fixées il y a 6 ans en faveur de l’agriculture familiale.

Une pétition européenne a été lancée pour renforcer la mobilisation citoyenne et demander à l’UE et aux pays membres de soutenir la déclaration (sur https ://peasantsrights.eu) et ainsi protéger les droits des paysans et leur accès aux semences, à la terre, à la santé, à l’eau et à un revenu décent. Un dossier que le ministre des Affaires étrangères ne devrait plus pouvoir laisser de côté. Les actions citoyennes prévues en Belgique ces 15, 16 et 17 avril lui rappelleront les ancrages bien locaux de cette lutte paysanne internationale.

  • Le titre et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Une pétition pour pousser la Belgique et l’ensemble des Etats membres européens à défendre les droits des paysans".