Opinions

PRÉSIDENT DU R.A.C.B.(ROYAL AUTOMOBILE CLUB OF BELGIUM)

La voiture a toujours été pour moi une grande passion. En dehors du sport automobile, qui me fascine depuis ma jeunesse, l'évolution des technologies, la beauté des modèles et la recherche de l'esthétique qui font de nombreuses voitures de véritables oeuvres d'art, sont des sources de joie et d'émerveillement continus. Mais avant tout, l'automobile reste pour moi le synonyme de mobilité et surtout de liberté. Je suis donc un fervent défenseur de l'auto, tout en reconnaissant pleinement l'interaction nécessaire avec des exigences impératives au niveau de la mobilité collective, la sécurité, l'environnement et l'écologie.

A l'occasion du centenaire du Salon de Bruxelles, je suis donc très heureux de pouvoir rendre hommage à l'automobile. Tout au long du vingtième siècle, cette invention majeure a bouleversé les rapports entre les hommes et, à l'aube du XXIe siècle, elle occupe une place unique dans la société moderne. La voiture a subi de profondes transformations en 100 ans et, aujourd'hui encore, son évolution semble perpétuelle. Lorsque, voici quelques années, on s'interrogeait sur l'avenir de ce moyen de locomotion et qu'on imaginait l'auto de l'an 2000, les images les plus fantaisistes apparaissaient, apparentant davantage la voiture à un véhicule futuriste, libre de se mouvoir dans l'espace. C'est sans doute l'expression absolue du rêve automobile, symbole irremplaçable à ce jour de liberté individuelle et de déplacement à l'infini.

Mais au-delà de ces considérations philosophiques, l'automobile représente aujourd'hui une industrie énorme et un phénomène social sans précédent. Bien sûr, chaque médaille à son revers, et la responsabilité de tous les acteurs du secteur consiste à adapter les produits et leurs environnements à l'évolution de la société. Que peut-on reprocher à l'automobile? Son succès exponentiel a entraîné des modifications radicales dans le paysage urbain, avec des réseaux routiers et autoroutiers parfois anarchiques et des accès aux grandes villes de plus en plus problématiques. C'est que, en privilégiant trop longtemps le `tout à l'auto´, on a créé des situations inextricables notamment en terme de mobilité. La gestion de ces situations constitue indiscutablement un des grands défis de demain.

Car pour substituer la voiture dans le coeur des gens, il s'agit de proposer de véritables alternatives. Malgré le niveau exorbitant des taxes touchant l'automobile, source de revenus non négligeables pour l'Etat, nos concitoyens privilégient toujours leur chère auto. Les transports en commun, pourtant largement subventionnés par la communauté tout entière, en ce compris les automobilistes, sont dans la plupart des cas largement inadaptés et n'apportent ni le niveau de service, ni la flexibilité nécessaire aux transports individuels (surtout professionnels). Si l'on peut parvenir à convaincre les utilisateurs du bien fondé de solutions alternatives, nul doute que la voiture verra son avenir évoluer plutôt comme un véhicule de loisir, outil de déplacement ponctuel, plutôt qu'une seconde résidence systématique comme c'est le cas aujourd'hui. Ce n'est pas de gaieté de coeur que les gens perdent des heures chaque jour dans les embouteillages... Phénomène qui hélas s'empire dû au manque de vision de certaines administrations, qui créent à différents endroits de véritables entonnoirs freinant davantage encore le flux de la circulation.

Sur le plan écologique, les progrès accomplis sont considérables: après l'essence sans plomb et les pots catalytiques, on s'oriente dorénavant vers des solutions toujours plus propres, comme la technique de la pile à combustible (qui permet de produire de l'électricité avec de l'hydrogène) ou encore les véhicules hybrides, équipés d'un moteur thermique à essence et d'un moteur électrique, idéaux pour les courts déplacements urbains majoritaires de nos jours.

Ces technologies sont désormais au point, mais leurs coûts d'exploitation restent contraignants: seule une réelle volonté politique permettra leur développement à grande échelle.

Reste la dimension sécuritaire qui doit être en permanence présente dans nos esprits. Certes, si l'on considère froidement les statistiques, l'amélioration de la sécurité a été inversement proportionnelle à l'augmentation du trafic. Avec des parcs automobiles qui progressent toujours, le nombre des morts sur les routes est en régression. Si le niveau zéro est totalement utopique, on doit néanmoins tendre vers une diminution drastique des accidents et de leurs tragiques conséquences. Pour ce faire, les constructeurs investissent dans des programmes de recherches où l'ingéniosité de l'homme fait merveille: depuis la généralisation des airbags jusqu'aux miracles de l'électronique, le conducteur moderne évolue dans un environnement toujours plus sûr. Et nous n'assistons ici qu'aux premiers balbutiements de ce qui sera une véritable révolution technologique dans le domaine de la sécurité routière.

C'est dans le comportement du conducteur au volant que le plus gros travail reste à faire en mettant l'accent sur davantage de fair-play sur la route et dans une formation axée sur la maîtrise et la responsabilité de chacun. Il s'agit d'une des missions essentielles du Royal Automobile Club de Belgique dont le rôle fédérateur en la matière doit être souligné. Des initiatives récentes, comme la campagne `Bob´ pendant la période des fêtes ou l'action sur le terrain des `Responsible Young Drivers´, permettent ainsi de mesurer le chemin parcouru pour limiter les abominables dégâts de la conduite en état d'ivresse. La répression est sans aucun doute nécessaire mais une meilleure prévention de l'usage de la voiture privilégiera une attitude plus responsable des conducteurs.

En conclusion, je voudrais souligner que l'avenir ne doit pas être vu en termes d'`antagonisme´ entre les transports publics, d'un côté, et la voiture individuelle, de l'autre.

Je crois fermement dans leur complémentarité. Les transports en commun peuvent proposer de véritables alternatives (comme le Thalys sur le trajet Bruxelles-Paris par exemple), tandis que l'automobile mérite et doit pouvoir garder la place qu'elle tient dans le coeur de millions d'utilisateurs. Les deux ont un bel avenir devant eux.