Opinions

Une opinion de Corine Belva, enseignante dans le secondaire technique de qualification depuis 20 ans.

Si on récupérait les jours fériés isolés, on pourrait organiser les cours dans une parfaite alternance 7 semaines de cours puis 2 semaines de congé, quasiment sans toucher aux grandes vacances...


Enseignante dans le secondaire en technique de qualification depuis près de 20 ans, je suis en attente d'une réforme de l'enseignement depuis bien longtemps. Malheureusement, globalement, le Pacte d'Excellence me déçoit et m'inquiète, je n'y adhère pas. Un volet sort du lot à mes yeux : le changement des rythmes scolaires. En effet, alterner 7 semaines de cours et 2 semaines de détente me semble une approche très constructive pour les élèves — pour les enseignants aussi, d'ailleurs. Quitte à retirer 2 semaines aux grandes vacances. Mais, avec un peu plus d'audace (de courage politique, autrement dit ?), il serait possible de n'en retirer qu'une. Il "suffirait" pour cela de repenser les jours fériés...

Première raison

En effet, même en organisant 7 semaines de cours en avril-mai après un congé de 2 semaines, on n'offre pas encore une période structurante pour les élèves puisqu'au moins 3 jours fériés légaux se succèdent (qui sont parfois transformés en longs week-ends pour les élèves grâce à des journées pédagogiques placées au bon endroit ou grâce à des jours fériés du 1er trimestre éventuellement récupérés).

Deuxième raison

Beaucoup de nos jours fériés, comme dans de nombreux pays européens, sont toujours dépendants du calendrier chrétien qui, dès lors, détermine autant les campagnes publicitaires que les congés scolaires. Il est vrai que nous profitons maintenant des "vacances de printemps" et plus de Pâques... si ce n'est que cette période de détente est fixée selon la date du lundi de Pâques qui convoque lui-même le jeudi de l'Ascension, le lundi de Pentecôte et le Mardi Gras (en vertu d'un concile de 325 PCN, si je me suis bien informée).

Troisième raison

D'un autre côté, rationaliser les périodes de congé pourrait favoriser l'organisation des familles recomposées. Elles pourraient réfléchir régulièrement en termes de périodes alternées hebdomadaires sans procéder à des comptes d'apothicaires. Malheureusement, les frais de gardes ou de stages ne vont ainsi pas diminuer, mais ils n'augmenteront pas non plus puisque aucun jour de congé n'est ajouté, c'est le pot qui redistribué autrement.

Le calcul

Si l'on prend en compte le lundi de Pâques, le jeudi de l'Ascension, le lundi de Pentecôte, le 1er novembre, auxquels j'ajoute également le 1er mai (on peut offrir du muguet en revenant du travail puis partir assister à meeting syndical), le 27 septembre (la fête flamande et la fête nationale sont célébrées pendant les mois d'été sans problème) et le 11 novembre (des hommages sont organisés les 8 mai sans qu'il ne s'agisse d'un jour férié), voilà déjà 7 jours à reporter sur des vacances d'été! Remarquez que j'ai prudemment et/ou lâchement omis le 25 décembre. Pour le 1er janvier, il me semble assez neutre et universel que pour ne pas le supprimer non plus. Quant à l'Assomption, même si ce 15 août ne concerne pas le calendrier scolaire, pour ma part, il fait partie des jours fériés chrétiens qui seraient également à reporter ailleurs.

L'organisation

Que les syndicalistes soient tout à fait rassurés, je refuse de prôner la suppression des jours fériés! Par contre, je pense que les reporter en jours de congés payés pour les travailleurs est plus que concevable. Tenant compte de la multiculturalité et des nouveaux schémas familiaux (qui impliquent remariages, séparations, déménagements etc.), le législateur pourrait également accorder aux élèves 2 journées d'absences par an pour raison religieuse ou familiale, inscrivant ainsi notre système scolaire dans notre époque — ce qui éviterait peut-être à certains de découvrir le fonctionnement des certificats de complaisance.

L'économie en souffrirait-elle vraiment ? Rien n'est moins sûr, puisque les travailleurs disposeraient de plusieurs jours de congé payés additionnels et que les patrons devraient gérer moins de salaires gonflés par des heures supplémentaires ou plus rétribuées parce que prestées sur des jours fériés. Et puis, dans le fond, si les penseurs du PE se soucient bien d'abord de la réussite et de l'épanouissement de chaque élève, ils ne devraient pas se laisser influencer par le monde économique, n'est-ce pas ? Former des "citoyens responsables" tout en obéissant aux exigences du secteur marchand est assez contradictoire (ou ironique ?).

Et les congés pédagogiques ?

Je pense qu'il serait également intéressant de planifier les journées de formation obligatoires en fonction de l'organisation des élèves. Par exemple, placer une journée pédagogique interne à la veille d'une session d'examens et mettre en place les sessions Forfor et IFC de 2 jours début septembre ou fin juin — ce qui éviterait à nouveau les certificats de complaisance couvrant des retours de vacances retardés ou des départs.

Petite précision finale : j'enseigne dans le réseau libre depuis le début de ma carrière, j'ai suivi mon cursus universitaire à Saint-Louis puis Louvain-la-Neuve, après 9 ans de mes années de scolarité obligatoire dans l'enseignement catholique. Merci de ne pas faire de cette réflexion partagée le prétexte d'une enième querelle de réseaux!