Opinions

Un témoignage de Tatiana Czerepaniak, auteure du blog "Chronique d'une maman débordée"(1).


Bien que nous soyons en 2018 et que les mentalités changent de plus en plus à ce sujet, lorsqu’un couple se termine, c’est à peu près toute la société qui te fout (encore) dans une case: celle de l’échec amoureux.


Et cette croyance, je l’ai moi-même longtemps portée. Cette peur de la séparation, d’être en “échec” familial et amoureux m’a collé à la peau pendant un certain temps, pour ne pas dire pendant un temps certain. Cela m’a, en outre, poussée à revoir mes propres valeurs ou limites, et ma vision du mariage ou du couple en règle générale. Pour de bonnes surprises parfois, mais avouons-le, parfois moins. Et cette croyance m’a entraînée, sans que je ne m’en rende vraiment compte, vers des situations que, certes, je ne regrette nullement et qui font partie de mon histoire, mais qui, je le sais avec le recul, ne me correspondaient pas vraiment.

Est-ce grave? Non, que du contraire! Cela m’a appris, m’a construit, j’ai vécu de jolies choses et tout cela a fait de moi celle que je suis. Mais pendant longtemps, je n’ai pas voulu ou osé me faire coller cette étiquette de la meuf qui divorce, qui a foiré son couple et sa vie de famille. Celle qui se fait larguer ou qui largue. Je ne voulais pas que l’on me mette dans la case de la ratée.

Et puis un jour, j'ai démissionné de mon premier couple

Par choix, par amour, par désespoir, par obligation… Pour tout un tas d’autres raisons encore qui me sont propres et qui font, elles aussi, partie de moi à l’instant où j’ai posé ce choix. Et j’ai été la ratée, celle en échec amoureux, qui plus est avec le père de mes enfants, avec qui j’avais formé si longtemps une famille. Bref, la loose intergalactique.

Et bordel, j’ai été un vrai exemple à ne pas suivre, la meuf à fuir! J’ai perdu mon job parce que j’étais “moins disponible au vu de ma séparation et ma condition”, j’ai perdu des amis qui ont eu peur d’attraper le divorce comme on attrape la grippe, j’ai été pour certains celle qui a échoué en tant que femme, mère, épouse, vu que je n’avais pas su garder mon mec… (oui même en choisissant moi-même de tout quitter) celle qui abandonne sa famille, j’en passe et des meilleures. Mais le pire, c’était que j’étais donc ce que je n’avais jamais voulu être: une mère séparée. Et nous le savons toutes, nous sommes nos pires juges.

Mais ce fameux divorce, cette séparation que j’avais tenté d’éviter par tous les moyens pour finalement me jeter moi-même dans la gueule du loup, faisait-il VRAIMENT de moi une personne en échec? C’est la question que je me suis posée il y a peu, presque deux ans après la bataille. Suis-je, et ce jusqu’à la fin des mondes, une personne en échec, parce que j’ai divorcé un jour? Parce qu’ai fait un choix concernant MA vie sentimentale (bien que ce choix ait, certes, modifié le monde de ma famille et de mes enfants).

Alors, j'ai analysé ma vie

Et oui, en effet, j’ai divorcé. J’ai mis un terme à un couple et à un style de vie qui ne me correspondait plus. C’est un fait. Un acte (presque) réfléchi et assumé chaque jour. Pour le reste, que se passe-t-il d’autre dans ma vie qui pourrait dire que je suis une femme en échec? J’ai perdu mon job que j’aimais moyennement et j’ai retrouvé peu de temps après un autre travail, mais pas n’importe lequel non, celui dont je rêvais depuis longtemps et qui me fait vibrer chaque jour. Je m’occupe de mes enfants lorsqu’ils sont chez moi, et je gère certains aspects de leur vie quand ils ne sont pas là. Je suis une mère aimante. Pas parfaite, mais présente et aimante. Je les aide dans leurs devoirs, je remplis leur frigo, je fais en sorte qu’ils ne manquent de rien.

Pour le reste, je paie mes factures chaque mois, je me remets en question lorsque certaines difficultés pour éviter que cela arrive encore, j’assume mon sale caractère, je reconnais (parfois) mes erreurs, j’ai quelques bons amis qui m’aiment et que j’aime, je vais voter quand on me le demande, je campe sur mes positions sans non plus les imposer à tout prix aux autres ( enfin si, un peu, j’avoue….), je n’ai jamais tué personne ( non, non, j’te jure… même si l’idée d’appliquer le proverbe “un bon coup de pelle et un trou dans le jardin” m’a parfois effleuré l’esprit), je fais en sorte de reconstruire chaque jour une famille dans laquelle chaque membre ait de l’amour et sa place, je n’ai aucune dette nulle part ( enfin en vrai, j’attends parfois le rappel de ma facture téléphone pour la payer), un toit sur la tête, je ne me gare pas sur les places de parking handicapées. J’ai des projets, une tonne, et même si je sais que je n’en concrétiserai pas la moitié, j’aime les imaginer. Bref, j’ai la vie normale d’une femme normale.

Et donc, si mon divorce a, certes, un jour changé la face de mon monde et de celle de mes enfants, cela n’a pas fait de moi une personne (si) différente qu’avant, à l’intérieur. Je ne suis pas meilleure, mais pas pire non plus. je ne suis pas plus capable d’exercer certaines choses, pas moins non plus. Et, finalement, malgré mes croyances et mes peurs, jamais ce morceau de ma vie n’a défini qui je suis. C’est une partie de moi,du patchwork qui me constitue, mais ce n’est pas moi en totalité. Et bien que cette expérience m’ait marqué au fer rouge, ce n’est pas cela qui me fait me lever ou pas le matin, ni qui dicte ma vie. Je ne suis donc pas plus ou moins en échec qu’avant.

Mais pourquoi tu nous fais ton laïus au juste?

Si je vous dit tout ça, c’est parce que je reçois chaque jour ou presque des messages d’adorables mamans en pleine séparation, qui doutent d’elles et de leur avenir, qui se sentent nulles et carrément en échec parce qu’elles divorcent, par choix ou par obligation. Et à chacune de ces femmes, je leur réponds que oui, c’est très difficile, oui la vie est changée à jamais, mais non, ce n’est pas un échec, c’est ni plus ni moins qu’une épreuve de la vie. Et ce qui nous définit ne sont pas les épreuves que nous vivons, quelles qu’elles soient, mais la capacité que nous avons à rebondir et à nous reconstruire. Alors le divorce sera un échec que si toi-même tu crois que s’en est un.

Ps: Il est important de préciser que je ne fais nullement, et que je n’ai jamais fait l’apologie de la séparation ( je te vois, toi dans le fond) . Mon but est, comme dans tous mes billets perso, de pousser les femmes (et les hommes s’ils me lisent), à trouver le bonheur dans chaque situation, à se construire encore et encore quoi qu’il puisse arriver dans la vie. Donc l’apologie du divorce non, mais du bonheur et des choix de vie, oui! Cœur sur vous!

(1) : Ce texte a initialement été publié sur le blog "Chronique d'une maman débordée".