Opinions Une opinion de Thérèse Snoy, Cécile Honhon, Michel Cordier, Bruno Goffart et François de Borman, administrateurs des "Grands-parents pour le climat"


Ceux que nous voyons naître vivront les années chaotiques dont parlent les experts du Giec. Comment réussir la transition vers un monde durable ? En prenant le vivant comme modèle.


Elle est difficile cette fin d’année ! L’actualité est sombre sur le front géopolitique mais aussi climatique et environnemental. Les paramètres du climat sont dans le rouge : la température moyenne à la surface du globe bat chaque mois un record de température depuis un an et demi. Une étude parue en septembre sur les océans nous alerte sur le réchauffement des océans et ses conséquences physiques et biologiques sur la planète toute entière.

Malgré ces constats alarmants, l’indolence de nos réactions est sidérante. Bien sûr, l’accord de Paris a été un momentum essentiel : 196 pays reconnaissaient le problème et se fixaient un objectif ambitieux de rester en deçà d’une augmentation de 2 degrés. Mais le texte est insuffisamment contraignant et précis et le travail de mise en œuvre est à peine commencé.

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis et la nomination d’un climato-sceptique pour gérer la politique environnementale, l’esprit de Paris se fissure déjà ! Du côté des citoyens règne un sentiment d’impuissance et chez certains, de déni. Il est avéré que notre cerveau n’est pas préparé à réagir à une menace qui reste à un horizon imprécis et face à laquelle on ne sait par où commencer. Par contre, l’expérience montre que les messages positifs, porteurs de solutions et offrant des outils concrets aux gens, sont très appréciés. C’est pourquoi il est essentiel d’ouvrir des pistes pour les générations futures, pour les aider à réussir la transition vers un mode de vie durable.

L’une d’elles est le biomimétisme, dont le porte-parole en Belgique est le biologiste Gauthier Chapelle, qui consiste à s’inspirer des mécanismes du vivant, de cette Nature qui nous a préexisté et a élaboré sur des millions d’années des processus incroyablement efficaces et astucieux pour développer la vie et répondre à ses besoins. Cela pourrait paraître évident. Pourtant, dans les derniers siècles de l’humanité, la science et les techniques se sont développées sur une voie basée sur des ressources non renouvelables, car fossiles ou minérales, et nécessitant une forte consommation d’énergie, celle qui provoque aujourd’hui l’excès de gaz carbonique dans l’atmosphère, à l’origine du réchauffement climatique.

Dans son livre "le Vivant comme modèle" paru en 2015 chez Albin Michel, Gauthier Chapelle nous donne des exemples parlants de l’ingéniosité des végétaux et animaux, de l’efficacité des écosystèmes et des flux énergétiques. Il s’agit de s’inspirer des formes (le bec du martin-pêcheur a inspiré l’avant du TGV japonais…) mais aussi de la composition des matériaux (panneaux solaires "organiques" inspirés des feuilles) et enfin, il peut surtout s’inspirer des flux au sein et entre les écosystèmes du vivant. Ainsi les micorhyzes sont un exemple de symbiose entre arbres et champignons. De tels mécanismes ont l’avantage d’être très efficients et économes en énergie.

Le potentiel du biomimétisme est déjà à l’œuvre dans de multiples expériences de transition, de la permaculture aux innovations technologiques, en passant par les expériences de coopération également inspirées des complémentarités et symbioses observées dans la nature. Mais il est clair que les pouvoirs publics et économiques devraient soutenir structurellement cette piste d’avenir, par la recherche et l’investissement et par des incitants multiples. Le défi immense est de rendre notre vie en société compatible avec les limites de la biosphère, d’une part, et d’y adapter les besoins de l’humanité, d’autre part.

Sans doute pour cela faut-il d’abord reconnaître que l’homme lui-même fait partie de la biosphère et ne peut survivre qu’en s’y intégrant harmonieusement. Nous, "Grands-parents pour le climat", sommes soucieux de garder une terre à vivre pour nos petits-enfants parce que ceux que nous voyons naître aujourd’hui vivront ces années 2050, voire 2100, dont parlent les scientifiques du Giec et qui pourraient être si chaotiques. Notre lien avec ce futur menaçant s’incarne dans ces visages d’enfants que nous chérissons aujourd’hui.