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CHRONIQUE

Avec l'Europe, les frontières disparaissent et deviennent transparentes. Une exception: les contrôles sévères destinés à enrayer les vagues de demandeurs d'asile. On en parle beaucoup en cette période de mutation de la procédure belge. Ce dont on parle moins, et ce qui faisait la «une» du «Standaard» vendredi, c'est cette nouvelle vague de «Nederbelgen» ou «Hollando-belges» qui déferle sur la Flandre. «Ce sont des Hollandais qui fuient vers la Belgique pour des raisons fiscales», explique Michel Vandersmissen. «Et cette fois, il s'agit de personnes aux revenus modestes.»

Explication. «Depuis le début de cette année, les Hollandais qui travaillent dans leur pays mais habitent en Belgique peuvent déduire fiscalement l'intégralité de la rente hypothécaire de leur villa limbourgeoise. Les courtiers disent que l'intérêt des Hollandais pour l'achat d'une maison en Belgique s'est depuis lors considérablement accru.»

Les Hollandais hésitent d'autant moins à franchir la frontière qu'il est devenu difficile de trouver chez eux une demeure abordable. «Les différences culturelles sont peu importantes et beaucoup de Hollandais habitent déjà dans cette région de Flandre», écrit encore Michel Vandersmissen. Cette «vague» fait suite une précédente datant des années septante, toujours pour des raisons fiscales. «Les médias flamands écrivent que près d'un demi-million de Hollandais pourraient déménager ces prochaines années», précise encore «De Standaard». «Mais les courtiers que nous avons interrogés ne pensent pas à un tel afflux, surtout parce qu'il n'y a pas suffisamment de maisons à acheter.»

Une vague venue du Nord. La météo hebdomadaire a fait également état de plusieurs ondées locales sur le territoire flamand. La plus violente a eu lieu lundi, à Anvers. «L'installation s'est déroulée de façon agitée», constate la «Gazet van Antwerpen». «Tandis qu'avaient lieu au dehors des manifestations tant du Vlaams Blok que du Collectif du 8 mai (contre l'extrême droite, NdlR), les candidatures échevinales de Tuur Van Wallendael (SP), Kathy Lindekens (SP) et Chantal Pauwels (Agalev) n'ont obtenu que 32 des 34 voix de la majorité. Quant aux échevins VLD, ils ont obtenu des voix du Blok.» La vie politique est agitée dans cette métropole où l'extrême droite a obtenu 33pc des voix le 8 octobre dernier. Cette situation a, dit en passant, poussé «Le Monde» à lui consacrer une page cette semaine. Une enquête aux relents d'inquiétude.

«De Morgen», lui, donnait vendredi la parole à l'échevin de la Sécurité, Dirk Grootjans (VLD). Pour mener la lutte contre l'insécurité, celui-ci propose de faire sponsoriser la police. «Je constate que les grandes entreprises sont prêtes à soutenir financièrement des projets socio-économiques», dit-il. «Pourquoi ne pourrait-on pas en faire de même avec la sécurité?» L'idée est d'autant plus tentante que les caisses communales sont vides, ce qui menace le «projet positif» concocté par la majorité SP-VLD-CVP-Agalev.

L'objectif? Toujours le même: lutter contre le Vlaams Blok. «Lors de la précédente législature, très peu de conseillers du Vlaams Blok ont laissé une forte impression», souligne Marc Spruyt dans «De Morgen». «Ils se sont davantage distingués par leurs remarques racistes. Cette fois encore, la quantité dépasse la qualité.» La clé de tout? «On suivra surtout de près les relations entre Annemans et Dewinter.» Les deux hommes forts pourraient se regarder en chiens de faïence. Des troubles en perspective?

Le cordon sanitaire tient. Sans faille, jusqu'ici. «Pourquoi les autres partis devraient-ils avoir du respect pour un parti qui n'a clairement aucun respect pour les principes humains et démocratiques élémentaires?», se demande Paul Janssens dans «Het Volk». «En outre, ce parti n'a aucun programme socio-économique. Il peut seulement montrer du doigt les moutons noirs.»

Des ondées communales A Gand, où le Vlaams Blok a atteint 19,5pc le 8 octobre, l'élection de trois échevins a été reportée au 17 janvier suite à une pagaille monstre lors du conseil communal d'installation. Parmi ceux-ci, Freya Van den Bossche (SP), fille du ministre fédéral de la Fonction publique. A Mortsel, dans la banlieue d'Anvers, un échevin libéral a été élu par erreur dans le collège Agalev-CVP-VU. A Vilvorde, l'ancien Premier Jean-Luc Dehaene a dû «ferrailler» cinq heures pour répartir les compétences de ses échevins. A Hoeselt, il y a toujours quatre majorités potentielles. Les rouages grincent. Et profitent à ceux qui aiment montrer du doigt le «système».

© La Libre Belgique 2000