Opinions
Une opinion de Thierry Vuylsteke, au nom d'un collectif (1) de dix Bruxellois interpellés par l'enquête publique en cours sur le Plan régional de développement durable (PRDD).

Pourquoi jouer en provinciale, si nous sommes invités à la Coupe de monde ? A l’heure de l’enquête sur le Plan de développement durable, il nous faut rejoindre les pays engagés dans l’Agenda 2030.

Le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a lancé une enquête publique sur un projet de Plan régional de Développement durable (PRDD). Les Bruxellois sont invités à faire connaître leur avis avant le 13 mars 2017. Tout démocrate ne peut qu’applaudir à cette initiative et fournir sa brique à l’édification de notre maison commune bruxelloise.

En réponse à l’enquête publique, nous, citoyens de Bruxelles, demandons que le PRDD et tout plan, programme et stratégie bruxelloises s’inscrivent dans l’Agenda 2030 des Nations unies, se réfèrent donc à ses 17 objectifs et adoptent ainsi une vision intégrale du développement durable.

Universalité et interdépendance

Le PRDD mobilise et organise le territoire de Bruxelles pour asseoir le développement de la ville. La "stratégie 2025 pour Bruxelles", lancée en 2014, vise à dynamiser l’économie de la région. En 2015, la région lance le "Programme régional en Economie circulaire". Le PREC propose un nouveau modèle économique : "faire circuler les ressources en boucle pour les préserver", un modèle prometteur qui s’inscrit clairement dans une perspective de développement durable. Mais il ne couvre pas toutes les dimensions d’une économie durable.

Nous nous étonnons de l’absence, dans ces trois documents, de toute référence à l’Agenda 2030 des Nations unies, à savoir aux 17 objectifs pour un développement durable, auxquels ont adhéré, à l’unanimité, les Etats membres des Nations unies, y compris la Belgique, ses régions et ses communautés. L’Agenda 2030 est universel. Il repose sur trois piliers indissociables : l’économique, le social et l’environnemental. L’approche nouvelle du développement durable promue par les Nations unies "repose sur l’idée que les mesures visant à éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions, à lutter contre les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre, à préserver la planète, à créer une croissance économique soutenue, partagée et durable et à favoriser la cohésion sociale sont intimement liées et interdépendantes."

Plus facile et plus motivant

La Stratégie 2025, le PREC et le PRDD ne reflètent pas cette interdépendance. Ils ne disent rien du pilier social. Nous adhérons à l’approche des Nations unies qui ne laisse personne de côté. Nous adhérons à l’objectif un : l’éradication de la pauvreté, aussi à Bruxelles. Dans notre ville, 4 enfants sur 10 naissent dans la pauvreté, révèle une étude de l’ULB ("La Libre", 1/2/2017). Nous adhérons à l’objectif 3 sur la santé, à l’objectif 5 d’égalité entre les sexes, à l’objectif 10 de réduction des inégalités et à l’objectif 13 de lutte contre le réchauffement climatique.

Un coureur cycliste tente-t-il d’accomplir seul le Tour de France ? Pourquoi jouer en provinciale si nous sommes invités à la Coupe de monde ? Joignons-nous aux autres pays et régions du monde engagés dans l’Agenda 2030, dans sa mise en œuvre et les évaluations intermédiaires, en appliquant les indicateurs de progrès adéquats. Parlons la langue commune des 17 objectifs de l’Agenda 2030. Il est plus facile et plus motivant pour le citoyen de s’approprier des objectifs de portée universelle et qui font sens. Nos autorités régionales y trouveront une légitimité renforcée.

Déjà la société civile à Bruxelles est très mobilisée sur les thèmes du développement durable. Comités de quartier, associations, collectifs s’investissent dans les trois piliers. Leur expérience, leurs actions, les résultats obtenus ont besoin de remonter vers les autorités communales, régionales et nationales afin de dresser une vue d’ensemble des progrès réalisés vers l’horizon 2030 et de pouvoir en rendre compte aux Nations unies. A leur tour, nos autorités ont comme rôle d’informer les citoyens sur l’Agenda 2030 auquel elles ont souscrit.

Pour avoir une chance de réussir

Toute stratégie publique, que ce soit au niveau bruxellois, belge, européen ou des Nations unies, doit passer par une appropriation par les citoyens pour avoir une chance de réussir. Partant de l’enquête administrative devant montrer les avantages et les inconvénients du PRDD, faisons un pas ambitieux et plus mobilisateur : inscrivons-nous dans l’Agenda 2030 et dans la vision qu’il porte d’une écologie humaine intégrale et d’un développement durable.

Nous invitons chacun qui partage nos vues à répondre en ce sens à l’enquête publique de la Région de Bruxelles-Capitale sur le PRDD.


(1) Les dix signataires du collectif : Guillaume Amand (architecte-urbaniste, 1000 Bruxelles), Ismaël Bah (enseignant, Etterbeek), Ignace Berten (théologien, 1000 Bruxelles), Fr. Mark Butaye (dominicain, 1000 Bruxelles), Robin Coppola (expert immobilier, Etterbeek), Michèle Deworme (fonctionnaire, Etterbeek), Johann Domas-Conzemius (entrepreneur, Etterbeek), Clément Dumas (Relations publiques chez Guérin-Boutron, Etterbeek), Valérie Vuylsteke (étudiante, Saint Gilles), Thierry Vuylsteke (fonctionnaire, Etterbeek).