Opinions

Une chronique de Patricia Vandamme, conseillère pédagogique à l'UCL.

Une part des causes de l’échec peut être imputée au contexte actuel de l’université. Des rythmes moins intensifs et un modèle plus progressif contribueraient à augmenter le taux de réussite.

La session de janvier est terminée ! Les étudiants du supérieur universitaire viennent de prendre connaissance de leurs résultats. Cris de joie pour les uns, pleurs et grincements de dents pour les autres. C’est l’occasion de faire le point, de repenser ses stratégies d’études, d’interroger sa méthode de travail, son emploi du temps et ses priorités.

Ce bilan doit impérativement être accompli par l’étudiant s’il ne veut pas courir le risque d’un échec en fin d’année. Beaucoup s’y attellent avec sérieux et engagement. Certains n’auront pas besoin d’aide ; d’autres, plus démunis face à leurs difficultés, pourront activer les pistes proposées par leur faculté pour les soutenir dans leur parcours. Malgré tous leurs efforts, la réussite ne sera peut-être pas au rendez-vous. Car celle-ci ne dépend pas que de lui.

Aujourd’hui, d’aucuns s’interrogent sur le taux d’échec important en Bac 1 et, au-delà des considérations propres à l’étudiant, pointent du doigt de nombreux facteurs liés au contexte actuel de l’université. Parmi ceux-ci, les carences ayant affecté, jusqu’à il y a peu, les politiques publiques de financement de l’enseignement supérieur qui n’ont plus permis depuis longtemps de rendre l’encadrement proportionnel à l’augmentation importante de la population étudiante. Ce phénomène de "massification" confronte dès lors l’enseignant de Bac 1 à des cohortes gigantesques. Pour certains cours, il n’est pas rare d’atteindre 700 à 800 étudiants. La qualité de la transmission et celle de l’apprentissage qui en découle sont fortement égratignées dans un tel contexte auquel, il faut bien l’admettre, la plupart des enseignants sont insuffisamment préparés, même s’il faut reconnaître leur implication et leur créativité pour tenter de trouver des solutions. Nous espérons qu’il en sera autrement demain puisque le refinancement est enfin à l’ordre du jour !

Le modèle d’évaluation des connaissances et le découpage du calendrier posent également question : sauf quelques cours soumis à une évaluation continue, la majorité d’entre eux est sanctionnée par un examen global en fin de quadrimestre, selon un découpage qui concentre blocus et session sur 4 à 5 semaines. Les gagnants de ces "marathons" ne sont pas nécessairement les plus "brillants". Car pour franchir avec succès la ligne d’arrivée, ne faut-il pas surtout être résistant au stress, posséder une faculté de concentration importante et d’appropriation rapide (mais pas nécessairement profonde) de volumineuses matières, avoir la chance d’être dans un environnement serein qui permet de se consacrer entièrement à ses études ? A cet égard, il est clair que la précarisation grandissante dans le milieu étudiant qui contraint un nombre croissant de jeunes à cumuler études et travail fragilise fortement leurs chances de réussite.

Des rythmes moins intensifs, plus équilibrés et par conséquent plus respectueux de tous, y compris des étudiants plus "fragiles", un modèle plus progressif qui étalerait les évaluations en séquençant les apprentissages, contribueraient, faisons-en le pari, à augmenter le taux de réussite tout en engendrant des conséquences positives sur la qualité de la formation.

Autant de chantiers ouverts et de réflexions en cours qui demandent de rester créatifs, innovants et combatifs : les idées et les projets ne manquent pas pour accéder à un enseignement supérieur plus inclusif et plus performant. Encore faut-il que le politique suive et nous permette de les mettre en œuvre avec des moyens à la hauteur de l’ambition qu’une société doit nourrir pour sa jeunesse !

A quand une véritable politique de soutien à la réussite co-construite par et avec les acteurs de terrain et spécifiquement financée pour cette mission précise ?