Opinions

Une opinion d'Yves Reinkin, député honoraire du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et ancien vice-président de la Commission éducation et culture de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (Ecolo).


Comment offrir à nos enfants d’être demain des adultes debout, émancipés, capables de vivre ensemble ? Des enseignants répondent à cette question par le biais de l’éducation au développement, outil de prise de conscience et de mise en action.

Quel sens donner à l’éducation et à la formation du XXIe siècle et quelles priorités leur donner ? Cette question, bien des enseignants, des formateurs, des parents, des politiques, des associatifs, des chercheurs, mais aussi bien des étudiants se la posent chaque jour. S’il est certes capital de savoir lire, écrire et calculer, comment offrir aussi à nos enfants d’être demain des adultes debout, émancipés, capables de vivre ensemble dans le monde, à bientôt 9 milliards d’humains, et tout en respectant leur unique demeure : la Terre ?

C’est sur cette interrogation que le Pacte d’excellence, initié par la ministre de l’Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, devrait se pencher avant de chercher, comme le transpire le texte soumis aux acteurs de l’école, à mettre davantage en adéquation l’enseignement avec le monde socio-économique.

La qualité de l’école se jauge-t-elle vraiment à son adaptation au monde de l’emploi ? Nos établissements scolaires sont-ils là pour apprendre à nos enfants à devenir de bons compétiteurs, de bons consommateurs, de bons agents d’une société en croissance infinie sur une planète finie ? Le modèle sociétal que nous transmettons à nos enfants est souvent douloureux et inquiétant pour nombre d’entre eux. Ils connaissent intuitivement ou via ce qu’ils découvrent dans les médias qu’ils vont devoir inventer une autre façon de vivre demain. Mais trop rares sont celles et ceux qui les aident à structurer leur réflexion et leur compréhension du monde.

Comment l’éducation et la formation peuvent-elles les aider à créer, de manière à la fois critique et innovante, une société et une économie planétaire durables où le pillage des ressources naturelles, l’exploitation et l’épuisement sans limites des populations ne seraient plus les règles destructrices de l’avenir ?

Depuis des décennies, de nombreux enseignants et formateurs humanistes s’emploient à apporter aux jeunes qui leur sont confiés une Education globale au développement durable (EDD) via une éducation à la citoyenneté, à l’environnement, à la solidarité internationale, à la santé, à la paix,… Par quantité d’approches différentes, transversales, systémiques et participatives, à l’intérieur comme en dehors de l’institution scolaire, ils promeuvent une formation intégrale du citoyen, capable de mieux comprendre les grands défis planétaires et de s’engager plus activement dans la construction de solutions à long terme.

Avec leurs élèves, ils interrogent dans leurs matières respectives mais aussi en interdisciplinarité et jusqu’au sein de la gestion même de l’école, nos modèles de vie fondés sur la consommation et l’insatisfaction permanente de besoins matériels, dans un univers culturel envahi par la publicité, l’obsolescence généralisée, le goût du luxe, du futile, du dangereux et du néfaste pour la santé.

Loin des actions ponctuelles qui ne changent rien en profondeur, ils déjouent à longueur d’années avec leurs étudiants les pièges de la compétition de tous contre tous à l’échelle de l’école, du pays et du monde, en se questionnant sur le modèle qui fait de la rentabilité, de la première place à conquérir et du rendement la seule course qui vaille la peine au détriment de valeurs comme la coopération, la dignité humaine, la solidarité, la diversité, l’autonomie, la responsabilité, l’équité, la justice et la résolution non-violente des conflits.

Pour ce faire, ils expérimentent des dispositifs pédagogiques où l’on regarde la réalité en face pour développer des projets, des recherches et des actions tournés vers des alternatives, des pistes de sortie de crise et de renouveau fondées sur le respect de la planète et des générations futures. Ce faisant, ces enseignants, soutenus par bien des associations actives en ces domaines, cherchent à mettre en œuvre le programme d’action globale sur l’Education au développement durable porté par l’Unesco.

Lors de la Conférence mondiale d’évaluation et du suivi de la décennie 2005-2014 de l’EDD à Nagoya en novembre dernier, les participants, dont des membres de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ont rappelé l’urgence de renforcer davantage et de faire changer d’échelle cette éducation globale. Ils ont invité les gouvernements à redoubler d’efforts pour examiner les objectifs et les valeurs qui sous-tendent l’éducation et à renforcer l’intégration de l’EDD dans les politiques éducationnelles et formatives, en partenariat avec tous ceux qui travaillent dans les divers domaines du développement durable. Ils leur ont aussi demandé d’assurer l’éducation, la formation et le développement professionnel des enseignants et autres éducateurs pour intégrer avec succès l’EDD dans l’enseignement et l’apprentissage.

A l’heure où débutent les réflexions autour du Pacte d’excellence, les écoles en EDD et tous les enseignants et les animateurs qui travaillent ces enjeux au jour le jour avec les élèves invitent la ministre de l’Enseignement à entendre et appliquer les résolutions adoptées par les 195 Etats membres de l’Unesco, dont la Belgique.

En généralisant l’EDD au sein de l’ensemble des écoles, dans leurs structures, et via des contenus et des pratiques travaillés en interdisciplinarité et ouverts sur le monde, notre Fédération Wallonie-Bruxelles redonnera davantage de sens à tout notre système éducatif et formatif et une nouvelle attractivité au métier d’enseignant. Elle offrira surtout à nos enfants et nos jeunes les outils nécessaires pour s’émanciper du modèle actuel et affronter positivement avec les autres les défis planétaires d’aujourd’hui et de demain.