Opinions Certes, on ne peut pas nier l’émergence d’une société civile et d’un mouvement revendicatif exigeant la démocratisation du régime. Mais ce mouvement reste limité Sur le plan intérieur, d’abord, il faut bien faire la différence entre les manifestations pacifiques et les révoltes, parfois armées, qui ont entraîné une intervention militaire.

Ces révoltes ne sont pas généralisées à tout le pays et ne concernent que trois territoires bien délimités. Au nord-ouest, le long de la frontière turque, la région des Turcomans : soutenus par Ankara, des éléments de cette communauté revendiquent une autonomie régionale, revendication tout à fait contraire à la conception de l’Etat baathiste.

Au sud-ouest, Deraa et ses environs abritent une très large majorité de Druzes, communauté qui a toujours été écartée du gouvernement et socialement défavorisée. L’appel à manifester contre le pouvoir a été l’occasion pour elle de se révolter contre l’hégémonie de Damas. Et un troisième foyer s’est déclaré, dans la ville de Hama, fief des Frères musulmans, très puissants en Syrie et islamistes ultra-radicaux. Profitant des troubles qui touchent la Syrie, ils ont relancé la révolte qu’ils avaient déjà soulevée à Hama, en 1982, contre Hafez al-Assad (le père de l’actuel président).

Ainsi, chacun de ces territoires s’est insurgé pour des raisons différentes et ne partagent pas nécessairement les préoccupations de l’opposition démocratique. En revanche, le régime bénéficie du soutien d’autres communautés; et notamment des Chrétiens, qui craignent l’essor du courant islamiste radical. Mais aussi d’une large partie de la bourgeoisie sunnite, laquelle se félicite des mesures économiques promues par Bashar al-Assad et n’a certainement pas l’intention de ruiner ces acquis. Bashar al-Assad a enfin le soutien de l’armée, dont la majorité des cadres sont des Alaouites, la communauté dont il est lui-même issu.

Pour peu démocratique qu’il soit, le régime fonde ainsi sa légitimité sur un consensus nécessaire et dont la majorité des Syriens est bien consciente. Sur le plan extérieur, en outre, Bashar al-Assad, seul chef d’Etat arabe à ne pas avoir renoncé à la lutte contre Israël (en paroles en tout cas) peut compter sur le soutien du Hezbollah libanais et de la résistance palestinienne, mais également celle des populations de la région, pour qui la Syrie demeure le champion de la cause arabe.

Paradoxalement, le gouvernement de Bashir al-Assad assure le statu quo à l’égard d’Israël (en actes en tout cas) : depuis le début des négociations sur le Golan, en 2007, Damas a scrupuleusement contrôlé sa frontière et assuré la tranquillité à son voisin hébreu, qui ne peut donc que se féliciter de la stabilité politique en Syrie. En outre, pour les Etats-Unis, la Syrie, proche de Téhéran, pourrait constituer un intermédiaire intéressant entre l’Amérique et l’Iran. C’est pourquoi la Maison-Blanche a poussé son allié saoudien à tendre la main à Bashar al-Assad, qui a immédiatement accepté ce retour en grâce. D’où le non-interventionnisme états-unien, qui laisse la répression se poursuivre, se contentant de condamner du bout des lèvres.

Si al-Assad était renversé, outre le règne de la division et l’instabilité, c’est l’islamisme radical effectif qu’il faudrait craindre. "Plutôt Al-Assad que ces gens-là", doit-on se dire, dès lors, dans certaines chancelleries. Sans aucun doute, le "Printemps arabe", en Syrie, n’a été qu’un mirage, interprété, à tort, à l’aune des expériences tunisienne et égyptienne; et le président al-Assad a encore de beaux jours devant lui.