Viols, tortures, idéologie fasciste : les traumatismes des esclaves de Daech

ABONNÉSJonas Legge, à Genève Publié le - Mis à jour le

Opinions

Au quotidien, Jan Ilhan Kizilhan tente de réparer des vies brisées, de recoller les morceaux de personnalités laissées en lambeaux. A Dahuk, dans le Kurdistan irakien, ce psychologue allemand a occupé, durant plus d’un an, un appartement où il recevait les femmes et les enfants ayant subi les pires atrocités suite à leur enlèvement par le groupe terroriste Etat islamique. Bénéficiant du soutien du länder de Bade-Wurtemberg, il a pu ramener 1 100 de ces victimes en Allemagne, où il leur prodigue aujourd’hui des soins.

A l'occasion d'un sommet sur les droits de l'Homme, à Genève, ce médecin avait décrit son approche de la sorte : "Je suis un scientifique mais j'essaie de comprendre ces crimes simplement en tant qu'être humain. Je fais face à ces femmes, je les vois pleurer, je vois leur corps convulser, plein de honte et de peine. Comme Rinda, huit ans, qui me regarde dans les yeux, espérant comprendre pourquoi elle a été vendue huit fois, pourquoi elle a été violée et torturée des centaines de fois en plus de 10 mois. J'essaie de comprendre mais je ne parviens pas à expliquer pourquoi l'âme humaine est si sombre, si sinistre au XXIe siècle".

Jan Ilhan Kizilhan est l'Invité du samedi de LaLibre.be.

Comment se déroulent les enlèvements de ces femmes par les membres de l'EI ?

Lorsqu'ils arrivent dans une ville, ils volent tout à leurs victimes : or, bagues, téléphones portables, voitures... Ensuite, ils emmènent les hommes –fils, maris, pères, grands-pères– pour les exécuter. Ils s'occupent alors des femmes, qui sont toutes envoyées en Syrie. Et, peu importe qu'elles soient encore enfants ou non, elles deviennent esclaves sexuelles et sont donc violées. Une femme que nous avons ramenée en Allemagne avait été vendue 14 fois en 10 mois. Cela signifie qu'elle a été violée au moins à cent reprises. Elle était aussi torturée et devait s'occuper de la maison. Les combattants –y compris ceux venant d'Europe, des Etats-Unis ou d'Australie– prennent des drogues puis commettent les pires atrocités.

Ces atrocités vous sont expliquées en détails par vos patientes ?

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Existe-t-il des règles spécifiques dans la gestion des esclaves ?

Oui, tout est organisé. Ils enregistrent toutes les femmes, ils savent à qui chacune appartient. Ils le font de manière systématique. C'est pour cet aspect systématique de leurs agissements –hommes tués, femmes esclaves violées, enfants de 8 à 14 ans entraînés pour combattre– que je les considère comme fascistes. Ils poursuivent une idéologie totalitaire fasciste, utilisent les symboles islamiques et éliminent les gens pour leurs croyances. Ils détruisent également le patrimoine culturel, qui fait partie de notre mémoire humaine. Ainsi, ils veulent aussi tuer notre passé afin que l'humanité perde son identité collective.

Lorsqu'elles retrouvent leur liberté, dans quel état psychologique se trouvent ces femmes ?

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