Opinions
Une opinion de Pierre-Charles de Dorlodot, étudiant en droit, membre de la conférence Olivaint, s'exprimant à titre personnel. 


La résurrection de Jésus est un signe d’espérance qui nous permet de continuer à croire en la vie et de nous battre pour qu’elle triomphe. C’est aussi croire que même mon ennemi est capable d’aimer.


La fête de Pâques n’est-elle plus aujourd’hui que la fête des cloches et du chocolat ? Certes, les œufs de Pâques sont aujourd’hui aussi colorés que les fleurs du jardin. Dès l’Antiquité l’œuf a représenté la fécondité, la germination des champs et la perpétuité des êtres. Par-delà l’hiver, la nature reprend ainsi vie, et renouvelle son cycle vital. Mais Pâques, pour les jeunes chrétiens, c’est bien plus que ça !

Dans de nombreuses religions et cultures, on fête au début du printemps le retour de la lumière ou la renaissance de la nature. Le chrétien, lui, fête Pâques depuis le IIe siècle, le premier dimanche après la pleine lune qui suit le 21 mars. Il célèbre le jour où, par-delà la mort, Jésus de Nazareth a manifesté sa présence à ses disciples.

J’aimerais évoquer quatre symboliques vécues par nous, jeunes chrétiens, au travers de la fête de Pâques.

1 Quarante jours pour se recentrer

Pâques est précédé du Carême : 40 jours qui débutent avec le Mercredi des Cendres, lendemain de Carnaval. On tentera durant le Carême de mettre en pratique les bonnes résolutions, non encore appliquées, de la nouvelle année. C’est l’occasion rêvée pour enfin se priver d’un aliment gourmand, d’une pratique un peu superflue de notre quotidien, de Facebook, de séries télévisées, pour nous rendre compte que nous ne sommes pas esclaves de nos addictions.

Il s’agit d’apprendre à maîtriser nos envies afin de laisser un peu plus de place au questionnement. Quels sont mes réels besoins ? De quoi puis-je me nourrir spirituellement ? Comment puis-je me recentrer sur la personne et l’étudiant que je suis ? C’est l’occasion de remettre à l’agenda le programme de Jésus, si difficile et jamais assez accompli : témoigner d’un amour inconditionnel pour son prochain et pour Dieu.

Par nos privations nous pourrons nous mettre à la place d’hommes et de femmes moins bien lotis, qui ne subissent pas le problème paradoxal que nous vivons : avoir tellement qu’il est encore plus difficile de se défaire de quelque chose. Nous trouverons du temps pour un regard vers l’autre dans l’auditoire, dans la rue, pour la prière. Quelle joie de réaliser que la privation nous permet de résister aux pulsions de nos "besoins" et de retrouver l’essentiel.

2 L’expérience intime de Sa présence

De longs ouvrages théologiques et historiques sont parus sur l’étude du fait historique de Pâques. Mais est-ce celui-là qui nous importe ? Après la mort de Jésus, homme dont la vérité historique est avérée, ses amis se sont dispersés, ils sont rentrés chez eux. Ils avaient espéré quelque chose de grandiose, mais il avait été mis à mort par un procès bafouant tous les droits.

Il est mort, non dans la gloire, le pouvoir et la richesse mais dans la misère et l’humiliation. Il n’avait pas cédé à la violence et s’était laissé faire pour être cohérent et vivre jusqu’au bout les valeurs qu’il proclamait. Les disciples, déçus, pensaient que tout était fini.

Pourtant, le jour de Pâques, ils ont vécu l’expérience d’une présence "réelle" de Jésus. Ses "apparitions" les ont rendus brûlants de cette vérité. Tellement brûlants qu’il fallait l’annoncer à tous et se mettre en chemin, tant "la joie pascale les pressait de l’intérieur" (Charles Delhez).

Comment décrire leur expérience ? C’est sans doute impossible tant elle est intime, mais les fruits sont là : le message est parvenu jusqu’à nous.

Nous aussi, jeunes chrétiens d’aujourd’hui, sommes convaincus que cet homme a été extraordinaire. Nous voyons en lui le Fils de Dieu tant il était en communion avec le Père. Nous pouvons faire l’expérience de le voir, avec les yeux du cœur et de l’intelligence, ce qui est difficile pour nos mentalités scientifiques à la recherche de preuves tangibles. Cela le rend vivant par son message et nous remplit d’une immense joie.

3 Aimer, rien qu’aimer

"Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis", dit saint Jean (15, 13). Le message du Christ est pour nous le don aux autres, qui que soit mon prochain.

Le message de l’Evangile pourrait se résumer au verset "aimez vos ennemis […]" (Mt. 5, 44). Donner et par-donner (donner au travers des actes les plus graves), voilà donc notre programme de (jeunes) chrétiens.

Jésus pressentait qu’il allait être dénoncé par Judas, pourtant il ne l’a pas écarté, il l’a accepté comme il était, avec ses doutes. Il était même là lorsque Jésus a lavé les pieds de ses Apôtres ! Quel enseignement exceptionnel. Ce soir-là, en effet, le maître s’est mis à genoux devant ses disciples et leur a lavé les pieds, en signe d’humble service et de respect. Ainsi, le jour de Pâques, n’est pas l’éloge d’un kamikaze, mais bien d’un message tellement fort, qu’il en devient une expérience intime et personnelle; tellement brûlante qu’il nous est impossible de ne pas la partager.

4 Signe d’espérance

Dans notre vie parfois bien chahutée, stressée, tracassée et parfois si triste, de petits événements surviennent. Souvent banals et à peine perceptibles, ils vont nous rendre le sourire.

La résurrection de Jésus est un signe d’espérance et même "le" signe qui fait sens pour nous chrétiens. Il nous permet de continuer à croire en la vie et de nous battre pour qu’elle triomphe. Vivre aujourd’hui comme jeunes chrétiens, c’est nous engager dans notre société multiculturelle et pluridisciplinaire, dans nos projets et nos études. Célébrer Pâques, c’est nous rapprocher du message d’amour inconditionnel du Christ et le partager jusqu’au bout.

Vivre aujourd’hui comme jeune chrétien, c’est croire que même mon ennemi est capable d’aimer. C’est croire que la valeur de tout être tient en l’amour dont il est capable. Non, la foi n’est pas quelque chose de démodé.

Titre et introduction sont de la rédaction. Titre original : "Pour toi, jeune, que représente Pâques ?"