Opinions
Une opinion de Jean-Yves Kitantou, citoyen engagé dans l'associatif et la politique (CDH).


Les batteries nécessaires à la transition énergétique sont notamment composées de cobalt : un minerai extrait dans des conditions plus que douteuses, au mépris des droits de l’homme, notamment en RDC.

Si l’obsolescence programmée de certains smartphones a du mal à être admise par leurs fabricants, celle des voitures classiques (au diesel et à l’essence) est bien programmée. Sous l’impulsion du secteur automobile et des gouvernements climato-conscients, les voitures électriques sont appelées à dominer le marché d’ici 2040. Ceci permettra d’entrevoir une réduction presque par deux des émissions de carbone dans l’atmosphère, un des composants des gaz à effets de serre responsables de la dégradation de la qualité de l’air. Il faut donc se féliciter d’un tel virage s’inscrivant dans la nécessaire transition énergétique (des énergies fossiles aux énergies vertes) et numérique.

Toutefois, là où le bât blesse, c’est que cette transition repose sur des ressources naturelles rares et obtenues dans des conditions plus que douteuses. En effet, les batteries grâce auxquelles fonctionnent les voitures électriques sont rechargeables car elles sont composées de trois éléments principaux : le lithium (extrait en Amérique du Sud), le graphite (en Chine) et le cobalt (en République démocratique du Congo). Ces éléments sont plus ou moins les mêmes utilisés pour nos smartphones et autres ordinateurs. Il faudrait plus d’un billet pour approfondir les enjeux. Par conséquent, nous allons nous concentrer sur le cas du cobalt.

Travailleurs vulnérables et sous-payés

De nos jours, les plus grosses réserves de cobalt sont situées en République démocratique du Congo (RDC). Ce pays produit la moitié de la consommation mondiale tandis que la plus grande partie de la transformation du cobalt en produit exploitable est réalisée en Chine. Or, dans les pays susmentionnés, qui ne sont pas des étendards en termes de respect de droits de l’homme, l’extraction et l’exploitation du minerai soulèvent un problème d’ordre éthique et humanitaire.

Il est en effet prouvé que parmi les dérives que provoque l’exploitation du cobalt en République démocratique du Congo, on peut noter la surreprésentation d’enfants parmi les mineurs-extracteurs, et d’autres populations vulnérables payées seulement 1 à 2 dollars par jour. Selon l’Unicef, environ 40 000 enfants travaillent dans les mines dans le Sud de la RDC, dont beaucoup dans les mines de cobalt.

Matériel et sécurité déplorables

On peut également noter l’inadéquation du matériel d’extraction qui présente des risques d’affections pulmonaires permanentes, ainsi que des conditions d’extraction déplorables (les mines s’effondrant fréquemment et entraînant des milliers de décès annuels).

Il est donc important de garder à l’esprit que nous ne devons pas sacrifier les droits de l’homme sur l’autel du progrès technologique. Les risques humanitaires inhérents à cette avancée sont bien réels car la demande pour le cobalt devrait être multipliée par quatre d’ici à 2020 et par onze en 2025. Des constructeurs comme VW participent grandement à cette hausse de la demande car ils comptent investir 34 milliards d’ici 2024 dans les technologies liées à la voiture électrique.

Reconnaître la zone de guerre

Sachant cela, il est primordial de combler une importante faille juridique. Nous constatons d’une part que le cobalt n’est pas considéré comme un minerai extrait d’une "zone de conflit" par les USA et l’UE et, d’autre part, que les fabricants et exploitants de ce minerai n’ont pas l’obligation de s’assurer qu’il a été extrait dans des conditions respectueuses des droits de l’homme. Nous devons rectifier le tir et faire reconnaître cet élément comme un minerai extrait en zone de guerre et exiger sa traçabilité.

Faire bouger fabricants et Etats

Concrètement, il faut s’assurer que les véhicules électriques soient moins polluants (leur fabrication actuelle se faisant à des températures de 400 °C) et nocifs (cobalt dont l’extraction se fait dans des zones où un voile d’opacité recouvre le processus d’extraction) notamment dans l’assemblage de leur batterie. A ce jour, parmi les fabricants de batteries automobiles, aucun n’a pris les mesures nécessaires pour s’assurer de la propreté morale et humaine du cobalt qu’il exploite, comme le demandent pourtant les directives de l’OCDE. Les Etats doivent donc augmenter leurs exigences pour obliger les entreprises à une plus grande transparence sur la chaîne d’approvisionnement en cobalt, ainsi que sur la commercialisation et surtout les points et conditions d’extractions.

Sensibiliser l’opinion

Il importe aussi de sensibiliser davantage l’opinion publique. Les violations des droits de l’homme perpétrées dans les mines de cobalt restent hors de la vue et des consciences : le temps est venu de mettre la lumière sur cette situation.


Le titre, l’introduction et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Travail des enfants, extraction du cobalt et production de voitures électriques : le scandale humanitaire dont personne ne parle."