Opinions

Une opinion de Julian Lozano Raya, usager du réseau Stib.

Le réseau de la Stib est à vendre ! Depuis novembre 2017, pour 39,91 € TVA incl nous pouvons tous désormais acheter ses arrêts, ses poteaux et ses abribus en famille ou entre amis autour de la nouvelle version du jeu "Monopoly du transport public bruxellois".

Présenté comme un des best-sellers du Stib-Store, notre service public des transports en commun bruxellois a créé sa version du célèbre jeu vendu pour la première fois par Parker Brothers en 1933. Créé à la base par Elizabeth Magie en 1904 pour montrer à ses enfants de manière ludique (mais non moins traumatisante) les conséquences de l’accaparement des terres, le Monopoly est en effet le jeu où les propriétaires fonciers s’enrichissent pendant que les locataires s’appauvrissent avant de terminer sur la paille… Ou mieux en prison ! La Stib nous rappelle donc, à travers ce jeu, qu’en tant qu’usager nous pouvons recevoir des amendes ou visiter les prisons du royaume… Pour un service public utilisé majoritairement par la "classe des locataires" cela semble plutôt menaçant.

Simple maladresse de l’équipe marketing de la Stib ou politique répressive et dérive commerciale de plus en plus assumée ?

Les messages véhiculés par ce jeu sont a priori contradictoires avec les missions et valeurs de la première compagnie belge des transports publics urbains. Censé être transportés dans tout Bruxelles, nous pourrions ainsi également visiter la prison de Saint-Gilles en tram ou en bus !

D’autre part, dans un contexte de privatisation (partielle) de la plupart de nos services publics (Bpost, Belfius, SNCB,…), il est interpellant que la Stib elle-même pousse cette logique à l’extrême au point de se vendre sur un double 6. Avis aux propriétaires, De Brouckère est à vendre (eh oui même toi Lucia…) !

Grâce à la Stib qui est l’organismes d'intérêt public bruxellois qui rémunère le mieux ses dirigeants (225.000 euros brut par an pour son directeur général), nous avons désormais la possibilité de prendre part à ce détricotage de nos services publics. A chacun son poteau ! A chacun son abribus ! Que le jeu commence !