Opinions

Une chronique de Jan de Troyer.


Les tragiques attentats à Zaventem et à Maelbeek ont incité certains journalistes francophones à réfléchir en profondeur sur la question de savoir si la radicalisation des jeunes à Molenbeek ne serait pas le résultat d’une "absence d’identité nationale", conséquence de la fédéralisation de la Belgique. Il ne faut pas être politicologue pour comprendre qui pourrait alors être les coupables de cette radicalisation… Les Flamands ont, avec le temps, développé une certaine accoutumance à ce genre de discours culpabilisant. On a encore pu l’entendre de la bouche du bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur, concernant la manifestation d’une meute de hooligans devant la Bourse. La peste brune était envoyée par la Flandre pour prendre d’assaut la capitale. Quand, en 2010, Ibrahim El Bakraoui avait mitraillé la police bruxelloise à la Kalashnikov, un autre bourgmestre, Freddy Thielemans, qualifiait les articles dans les journaux flamands, parlant de la facilité de se procurer des armes à Bruxelles, de "tentatives de la presse flamande de salir la réputation de Bruxelles". Serait-ce un réflexe pavlovien de réagir ainsi ?

Certains n’ont toutefois pas peur d’évoquer les vrais problèmes : "Les attentats ont un lien avec l’islam contemporain. Il est faux de dire qu’il n’y aurait aucun rapport." Cette opinion n’a pas été émise par Jan Jambon, ministre de l’Intérieur, qualifié par Yvan Mayeur sur une radio française de "proche des hooligans". Elle vient d’une figure de proue de l’islam libéral : Rachid Benzine, islamologue interviewé par "La Libre".

"J’aimerais que nous soyons capables de faire la démonstration que l’islam […] est fondamentalement compatible avec la République, la démocratie, nos valeurs, l’égalité entre les hommes et les femmes", a affirmé récemment Manuel Valls, Premier ministre d’un pays à forte identité nationale. "Cette démonstration n’est donc pas faite ?", a réagi le journaliste de "Libération". Parfois, poser la question est y répondre. Tout comme la Belgique, la France connaît une forte radicalisation de jeunes se référant à l’islam. Avec beaucoup de retard, on ose prudemment soulever la problématique : dans la version de l’islam répandue depuis des décennies en Belgique, on ne reconnaît pas le principe de la séparation de la société civile et de la religion. Nombre d’imams préconisent la primauté de leur religion qui, de surcroît, n’adhère pas aux valeurs de la Convention européenne des droits de l’homme. Selon Mia Doornaert, éditorialiste au "Standaard", "les terroristes se trouvent à l’extrême d’un continuum au sein duquel on refuse de comprendre que l’islam ne peut pas dominer la société". Rachid Benzine ajoute dans son interview que pour compliquer les choses, le Coran prétend être la parole "divine", tout en étant composé de versets coraniques, dont l’un abroge l’autre. Cela permet d’expliquer et de justifier n’importe quoi, de prêcher la non-violence et de partir en pèlerinage au pays des lapidations, des exécutions et des flagellations.

On doit donc se réjouir des paroles de Salah Echallaoui, fraîchement nommé président de l’Exécutif des musulmans de Belgique. Dans une interview à "La Libre", il souscrit à un principe de la législation française qui rappelle que "la loi protège la foi aussi longtemps que la foi ne veut pas faire la loi". C’est un discours très novateur.

M. Echallaoui souhaite réformer le conseil des théologiens qui jusqu’à présent a empêché toute réforme sérieuse. Le nouveau président veut même faire entrer des femmes au conseil. Espérons qu’il réussisse ! Ce serait une première et une révolution au sein de l’islam en Belgique.