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La Communauté française s’est donc, solennellement et par un vote unanime, rebaptisée "Fédération Wallonie-Bruxelles". Tout comme en Belgique francophone, en Flandre, cette proclamation a fait la une de toute la presse. Et tout comme leurs concitoyens francophones, les Flamands ont ensuite été entraînés dans un débat absurde entre responsables politiques du Nord et du Sud qui sont arrivés à des conclusions diamétralement opposées à propos de changement de dénomination.

Au parlement de la Communauté française, on a pu entendre que ce "glissement sémantique" répond aux préoccupations quotidiennes des citoyens ! Bizarre. Une enquête publiée par "La Libre" en 2010 a démontré que 70 % des Bruxellois ne sont pas du tout séduits par une union quelconque avec la Wallonie. Le ministre-président Rudy Demotte a expliqué à la VRT que cette Fédération Wallonie-Bruxelles n’est qu’une dénomination symbolique, derrière laquelle il ne faut rien chercher de plus. S’il ne s’agit que d’un exercice de sémantique inconstitutionnelle, les Flamands se demandent pourquoi le faire en plein milieu d’une crise politique sans issue. Rudy Demotte a donné lui-même la réponse.

Si cette nouvelle dénomination démontre une chose, c’est que Bruxelles est une région à part entière. Et pour arriver à la reconnaissance de Bruxelles comme région à part entière par une assemblée constituante, la meilleure approche consiste donc à simplement créer le fait accompli dans l’esprit des francophones. Que la majorité des Belges n’accepte pas cette "Belgique de deux contre un", est apparemment un aspect négligeable. Malgré les paroles rassurantes de Rudy Demotte, ce WalloBrux est perçu par la Flandre comme une étape du fameux plan B. En créant cette Fédération, la classe politique francophone se prépare, aux yeux des Flamands, à une scission, dont cette Fédération constituerait la Belgique résiduelle. Ceux qui représentent les deux tiers de la population belge, qui produisent 80 % des exportations et qui garantissent les trois quarts du financement de l’Etat, n’auront qu’à accepter leur position minoritaire, puisque la Flandre y sera seule devant deux régions francophones.

Avec une telle perspective, les francophones ne doivent plus s’étonner que tant de Flamands soutiennent la N-VA et que le ministre-Président flamand Kris Peeters déclare que ceci constitue "un danger pour la stabilité de la Belgique". Aux Flamands de Bruxelles, complètement mis hors jeu dans ce débat, Monsieur Demotte a simplement annoncé que dans la nouvelle Belgique, l’enseignement flamand à Bruxelles sera fusionné avec celui de la Communauté française. Une perspective rassurante, avant tout pour les parents francophones ! En 2020, la capitale comptera 150 000 de jeunes en plus.

A l’heure actuelle, 25 % des jeunes Bruxellois vivent dans la pauvreté et ne terminent pas leurs études. Le moment est idéal pour déstabiliser le réseau scolaire flamand. Même si Kris Peeters déclare que Bruxelles est pour la Flandre "d’un intérêt essentiel", on constate une indifférence grandissante de la Flandre à l’égard de cette coûteuse capitale où le réel pouvoir reste francophone, puisqu’il s’exerce - pas vraiment par souci d’efficacité — au niveau des 19 communes. Il faudra un jour expliquer aux Flamands pour quelle bonne raison ils devraient continuer à investir dans l’éducation des jeunes Bruxellois au sein d’une Fédération où ils seraient complètement marginalisés. Peut-être qu’il faudra même un jour leur expliquer pourquoi ils devraient y maintenir leur présence, au lieu de s’installer au pied du MAS à Anvers.