Ripostes

Les 24 heurs vélo de Louvain-la-Neuve auront lieu ces mercredi et jeudi. Même si de nombreuses initiatives sont mises sur pied pour sensibiliser aux dérives d'une consommation excessive d'alcool, l'événement reste le rendez-vous privilégié de jeunes assoiffés de bière. C'est, dit-on, le deuxième plus gros débit d'Europe après l'Oktoberfest (la fête du breuvage à Munich, en Allemagne). Après les baptêmes, et avant la Saint-V et la Saint-Nicolas, l'alcool devrait encore couler à flots à l'université. Festif? Choquant? Dangereux? La prévention est-elle insuffisante? Les points de vue divergent...

"Pour diminuer les risques liés aux déplacements, ceux de violences, de comas éthyliques et de rapports sexuels non protégés, non désirés voire regrettés."

Martin de Duve, Directeur de l’ASBL Univers santé, active en prévention et éducation à la santé en milieu étudiant et jeune (www.univers-sante.be).

Les étudiants peuvent-ils guindailler sans boire?

C’est vrai que l’alcool a toujours fait partie intégrante de la fête étudiante, de la guindaille. Heureusement, pour la grande majorité des étudiants, la consommation d’alcool va se normaliser une fois qu’ils arrivent dans la vie active. On doit donc mettre en place des actions préventives efficaces et concertées avec eux; mais aussi offrir des boissons softs moins chères que les boissons alcoolisées, de l’eau gratuite, un système d’accompagnement des personnes qui doivent prendre la route, une aire de repos pour eux, bref, toutes des mesures qui, tout au long de l’année, vont diminuer les dangers liés à l’ivresse.

Quels risques visez-vous?

Les risques liés aux déplacements, en voiture mais pas uniquement. Les risques de violences, de comas éthyliques et de rapports sexuels non protégés, non désirés voire regrettés.

En dix ans, quelles sont les mesures anti-alcool qu’ont intégrées les organisateurs des 24 heures vélo de Louvain-la-Neuve?

La dernière en date : la mise en place de l’opération Stadier. Une soixantaine d’étudiants bénévoles ont été formés à être les yeux et les oreilles du QG pour assurer une présence vigilante et bienveillante tout au long de la fête. Depuis le lancement de l’opération Stadier, les interventions de la Croix-Rouge ont diminué de moitié. L’effet préventif est donc bien réel auprès de la communauté étudiante.

Que répondez-vous à ceux qui pointent l’augmentation de mesures préventives et répressives qui, selon eux, nuisent à l’esprit de la fête?

Si les mesures répressives sont accompagnées de mesures éducatives bien pensées et mises en place avec les étudiants eux-mêmes, on est dans le bon. Il s’agit de faire en sorte que cette fête majeure - avec plus de 50 000 étudiants - puisse continuer à exister. Pour ce, agir en amont est fondamental.

Comment a évolué la consommation d’alcool?

La consommation d’alcool chez les jeunes n’a pas globalement augmenté. Parfois, c’est la manière de consommer qui a changé: ils vont boire moins fréquemment mais en plus grande quantité. On voit aussi une banalisation voire une valorisation de l’ivresse notamment sur les réseaux sociaux. De l’autre côté, on constate une modification importante au niveau de l’offre. Les producteurs d’alcool développent des actions commerciales beaucoup plus agressives et ciblées auprès des jeunes et surtout des femmes. Ils développent des produits plus adaptés mais avec des pratiques plus insidieuses via Facebook ou l’événementiel.

Le regard de la société sur la consommation d’alcool a-t-il évolué?

Il y a peut-être une diminution du seuil de tolérance auprès des adultes qui boivent beaucoup moins - moitié moins ! - qu’il y a 40 ans.

C’est la fin de la période des baptêmes étudiants. Ont-ils changé?

Il y a aussi une prise de conscience, de responsabilité, dans le monde étudiant. Les étudiants mettent en place des activités qui sont moins à risque qu’auparavant. Exemple : le concours du roi des bleus s’organise de plus en plus à la bière sans alcool. Il existe aussi un protocole et une charte des baptêmes qu’ils s’engagent à signer chaque année.


"Si on recherche les effets, une bouteille de vodka à 5 euros est plus ‘rentable’ que 5 bières à 90 cents!"

Erik Cooremans, Président du Groupement des cercles louvanistes (GCL).

Est-il impossible de guindailler sans boire?

Il y a des gens qui font la fête sans boire, mais l’alcool fait partie des guindailles depuis toujours. C’est une tradition qui remonte au moins au Moyen Age et qui ne s’est pas perdue, bien au contraire. Boire une bonne chope ensemble reste donc d’actualité, même si certaines personnes en abusent, et pas seulement dans les activités étudiantes d’ailleurs!

Dans le cadre des 24 heures vélo de Louvain-la-Neuve, des actions de prévention aux effets négatifs de l’abus d’alcool sont organisées (distribution d’eau, vente de softs…), mais elles semblent être boudées par les étudiants. Comment expliquez-vous cela?

La plupart des jeunes ne s’y arrêtent pas, en effet, parce que ce qui les intéresse, c’est de boire une bière, et pas d’écouter des discours, surtout pas à ce moment-là. Il faudrait trouver la formule qui convient.

Pensez-vous que les jeunes connaissent les risques liés à une consommation excessive et décident de les courir, ou plutôt qu’ils manquent d’informations?

C’est clair que les jeunes qui arrivent sur le site universitaire ne sont pas toujours conscients des effets d’une grande consommation d’alcool. De plus, il y a un effet de liberté qui joue énormément, le contrôle des parents ayant disparu. Le jeune a donc assez vite tendance à surconsommer. Il se calmera deux ou trois ans plus tard, comme l’a montré une enquête réalisée dans le campus sur le sujet.

Les jeunes boivent-ils autrement aujourd’hui par rapport au passé?

Il y a un phénomène inquiétant: la forte augmentation des "présoirées". C’est la consommation d’alcool en kot. Les jeunes arrivent ivres en soirée. Ils recherchent l’état d’ébriété pour pouvoir s’amuser. Et là-dessus, le monde de l’animation n’a aucune prise. On peut imaginer tout ce qu’on veut comme mesures dans les fêtes, cette consommation privée échappe à tout regard. Si quelqu’un a un malaise dans un kot, personne ne pourra l’aider. D’ailleurs, la consommation d’alcool dépasse le cadre des festivités. Les jeunes boivent toute l’année.

Autre évolution: les étudiants très jeunes boivent de plus en plus d’alcools forts qu’ils emportent partout avec eux dans des bouteilles en plastique. C’est ça qui a changé: le taux d’alcoolémie et le prix de l’alcool ne sont plus les mêmes qu’il y a dix ans. Si on recherche les effets, une bouteille de vodka à 5 euros est plus "rentable" que 5 bières à 90 cents ! Le jeune a vite fait son choix. Et le comportement d’un jeune qui a bu de l’alcool fort est beaucoup plus violent qu’avec de la bière.

Cela vous inquiète-t-il?

Ce qui nous inquiète, c’est quand la consommation n’est pas sous contrôle. Mais quand la consommation est raisonnable, il n’y a pas de problème.

La répression est-elle nécessaire en plus de la prévention?

De toute façon, le problème reste: comment contrôler la consommation privée qui explose?

Des gardiens de sécurité interviennent depuis cette année devant la Grande Casa (la plus grande salle d’animation de Louvain-la-Neuve). Est-ce parce que les cercles d’étudiants sont dépassés par l’ampleur des guindailles?

Nous avons nous-mêmes demandé cet appui pour lutter contre la suraffluence et aussi les débordements qui y sont liés. Il a fallu prendre des décisions. Et c’est le Groupement des cercles qui paie.

Baptême et autres festivités de plus en plus encadrés : a-t-on perdu l’âme des guindailles étudiantes?

Il y a des contrôles, c’est vrai. Mais il est normal de répondre aux exigences de l’autorité universitaire concernant l’utilisation de ses locaux.