Ripostes

Une mesure du gouvernement laisse le choix à ceux qui disposent d'une voiture de société. La garder ou bénéficier d'une augmentation nette qui s'élèverait à 450 euros en moyenne? Pour vous, il n'est pas question d'y perdre au change.


La dernière réforme du fédéral avance sur le fameux "budget mobilité". Le flou règne encore sur les formules financières flexibles à mettre en place pour inciter les travailleurs à combiner différents modes de transport - marche, vélo, transports en commun, voiture - dans leurs besoins quotidiens. Seule une nouvelle mesure a été annoncée avec ostentation : les salariés pourront échanger leur voiture de société contre du salaire net.

A qui s’adresse cette mesure ? Aux employés qui disposent d’un véhicule de société et qui payent un avantage de toute nature (ATN), répond-on au cabinet Reynders. Ne seraient pas concernées les autos mises à disposition dans le cadre d’un travail ni les autos achetées par les entreprises. Selon l’administration fiscale, 400 000 personnes payent cet ATN en Belgique. Les futurs engagés pourront-ils en bénéficier ? Pas de commentaires sur cet aspect au cabinet de Johan Van Overtveldt, ministre des Finances. Parce que cela peut faire mal. Le risque existe de l’affectation fictive d’une voiture de société afin de défiscaliser une part du salaire.

Un avantage de 860 euros par mois ?

Chaque employé pourrait choisir de troquer sa voiture de société contre une augmentation de salaire net, qui s’élèverait en moyenne à 450 euros par mois, variable selon le modèle de l’auto et du leasing. Or, ce montant n’apparaît pas forcément suffisant pour inciter les gens à changer de mode de déplacement. " Fin 2011, j’avais réalisé une étude sur la question de ce que représente l’avantage de disposer d’une voiture de société pour le salarié" , explique Pierre Courbe, chargé de mission "Mobilité" chez Inter-Environnement Wallonie. "Et je tombais, en moyenne, sur un avantage de 860 euros par mois. Il faut cependant savoir qu’il y a une partie de ce budget qui n’est pas vraiment utile : beaucoup de personnes disposent d’un véhicule plus grand ou plus luxueux que ce dont ils ont vraiment besoin ."

Quel choix possédera l’employé ? Le choix de renoncer à sa voiture contre davantage de salaire net. Et le choix d’affecter cette somme ailleurs que dans son mode de transport. Pour son hébergement par exemple. La raison première de cette mesure serait de diminuer la pression automobile à Bruxelles, la ville la plus congestionnée de Belgique. Par quel effet de levier ? Depuis longtemps, la presse évoque ces jeunes cadres salariés obligés d’accepter une voiture de société alors qu’ils peinent pour se payer un logement sympa dans la capitale où l’immobilier reste cher. Cette mesure éliminerait des autos du circuit bruxellois, doperait l’accès au logement dans la capitale et ralentirait l’exode urbain de jeunes couples de la classe moyenne.

Pour la FEB, cette mesure va dans la bonne direction mais apparaît toutefois restrictive par rapport au concept "budget mobilité" qui devrait permettre à tous les travailleurs un cumul de modes de déplacement. Le cas emblématique est l’employé qui troque sa puissante voiture de société contre une auto plus petite, un abonnement parking à la gare, un abonnement train et un vélo pliable. Mais actuellement, chaque mode de transport - avec ses avantages - s’avère soumis à un traitement fiscal et parafiscal propre. Face à une gestion incroyablement complexe (au niveau droit du travail, de la sécu et de la fiscalité), la FEB appelle à un cadre harmonisant le tout.

Pierre Courbe ajoute que la mesure proposée par le gouvernement pourrait aussi désacraliser la voiture en tant que marqueur de réussite sociale : " Ce genre de réorientation des pratiques commence par un public cible puis percole dans la société. Si demain, on voit des personnes avec un certain niveau de salaire et de responsabilités se déplacer à vélo, cela peut remettre en question cette survalorisation de la voiture que nous vivons dans nos sociétés."

"On ne va pas cracher sur la mesure du gouvernement parce qu’elle peut initier une dynamique positive en ce qui concerne la mobilité ", conclut Pierre Courbe. " Cependant, ce qu’il conviendrait de faire, comme le recommandent aussi le Conseil supérieur des finances, l’OCDE et la Commission européenne, c’est de sortir de ce système et que les ATN soient taxés comme le sont les salaires. Ceci dans une logique d’égalité fiscale et d’égalité sociale, et également dans une logique environnementale : il s’agit de mettre un terme à un système qui impacte fortement l’environnement et la mobilité. "

Votre avis

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet des voitures de société vous fait réagir : vous êtes près de 3 500 à avoir participé à notre sondage, et près de deux cent d’entre vous ont pris la peine de répondre à notre appel à témoignages. En conclusion, vous semblez, en majorité, prêts à troquer votre voiture de société contre un avantage salarial, mais pas à n’importe quel prix. Vous êtes en effet nombreux à souligner que 450 euros par mois, le montant moyen dont il est jusqu’à présent question, ne seraient pas suffisants.


Quelques-uns de vos arguments

Anonyme: "Non"

Je suis prêt à renoncer à la voiture de société en échange d’un certain avantage salarial. Si j’ai besoin d’une voiture, il ne faut pas que celle-ci soit dernier cri, une simple “occasion” me suffirait. Cependant, je ne crois pas que 450 euros nets par mois soient suffisants pour inciter les gens à changer de mode de transport. Avec cette somme, il faut tout de même pouvoir envisager de s’acheter un abonnement aux transports en commun et un véhicule personnel. Même si je privilégie le fait de me déplacer à vélo, à pied ou en métro, j’aurai toujours besoin d’une voiture pour faire mes courses.

Joe: "Non"

Je pourrais déjà abandonner ma voiture de société en échange de plus de salaire net… Mais ce serait moins avantageux pour moi. Et puis, qu’est-ce que je ferais de ces 450 € ? J’irais sans doute chez un concessionnaire pour m’acheter une voiture… car nous n’avons qu’une seule voiture et cela ne nous suffit pas.

Ariane: "Non"

Mon travail nécessite beaucoup de déplacements professionnels aux quatre coins de la Province de Luxembourg. C’est impossible à gérer en train ou en bus au quotidien ! Je réserve ces modes de déplacement lorsque je dois aller en réunion à Bruxelles ou à Namur (quand les trains ne sont pas en grève…) Dans les Ardennes, où je réside et travaille, un employé a tout de même besoin d’un véhicule pour se déplacer. Mettre en cause la voiture de société ne changera donc rien. Améliorer la mobilité pourrait modifier le fonctionnement des gens. Et là, le gouvernement est à la ramasse.

Nicolas: "Non"

Mon trajet maison-travail représente actuellement 50 heures par mois de confort en voiture. Avant, en transports, c’était plus de 70 heures par mois de stress avec correspondances, temps d’attente, foule oppressante, odeurs, retards et agressions (deux fois à la gare du Midi et une fois à la gare du Nord, à Bruxelles). Donc il ne s’agit pas d’argent mais bien d’un mode de vie. Je ne me passerai plus jamais d’un véhicule, peu importe la somme proposée par l’employeur.

Fred: "Non"

Ma profession (IT Consultant) implique des déplacements fréquents vers des lieux différents et 450 €, c’est inférieur au coût total d’une voiture moyenne amortie sur 4 ans (financement de l’achat, taxes, assurances, maintenance, pneus). C’est une mesure totalement inutile qui ne rencontrera qu’un succès très limité et n’apportera certainement pas les fonds nécessaires à la révision structurelle de la mobilité en Belgique.

Alain: "Non"

Jamais, je ne retrouverais de véhicule équivalent (BMW 320D) pour 450€… Il faut quand même rappeler que ce sont les gouvernements qui ont poussé les voitures de société ! N’oublions pas que les voitures de société sont moins polluantes, étant plus récentes que le reste du parc automobile et que ce système engendre pas mal d’emplois.

François: "Non"

Personnellement, je ne renoncerai pas. Si je devais troquer ma voiture contre une augmentation salariale, je perdrais 1h44 de temps de trajet par jour. Sur une semaine, c’est l’équivalent d’une journée de travail. Financièrement, je serais largement perdant aussi. Les cadres et employés qui ont des véhicules avec des loyers mensuels supérieurs à plus ou moins 600 € par mois ont tout intérêt à conserver leur véhicule.

Pierre: "Oui et non"

Dans le but d’améliorer la mobilité à Bruxelles, une telle initiative est intéressante. Seulement, la plupart des voitures de société sont fournies avec une carte essence. De plus, les assurances, entretiens, changement de pneus… sont pris en charge et ne coûtent donc rien. Dans mon cas et ceux de mes collègues, la voiture de société représente un avantage situé aux alentours de 600 € par mois, donc le budget de 450 € n’est pas suffisant… Je doute donc que les salariés renoncent à cet avantage.

Bernadette: "Oui"

Pourquoi pas, car je n’ai pas besoin de rouler dans une voiture aussi chère… Mais quel est le but de la mesure ? Pour ma part, j’achèterais une voiture moins chère mais je ne changerais pas de mode de déplacement pour autant. J’ai effectivement besoin d’une voiture pour aller travailler, faire mes courses et aller voir mes parents le week-end.

Goofovoso: "Oui"

Pour l’environnement. A vrai dire, je l’ai fait il y a environ 17 ans : je n’avais pas de voiture privée et n’en avais pas réellement besoin pour le travail (centré sur la région de Bruxelles, où j’habitais). Lorsque mon employeur a parlé d’une voiture de société, j’ai refusé. A l’époque, j’ai pu obtenir près de 200 euros d’augmentation de salaire. Et j’en ai profité mieux que d’une voiture !

Val: "Oui"

Quand on n’a pas le choix, on découvre qu’il y a plein de moyens de locomotion et qu’on n’a pas vraiment besoin d’une voiture. Marre de cette idée préconçue et bien belge que la voiture fait l’homme. Enfin une décision courageuse !


Se déplacer en voiture pour moins de 450 euros par mois

Location. Avec 450 euros nets par mois, quelles sont les alternatives de déplacement en voiture ? Petit tour d’horizon des différents systèmes de "location".

Free-floating. L’idée est de louer une voiture près de chez soi et de pouvoir la déposer où l’on veut après son utilisation. Ce système n’existe, pour l’instant, qu’à Bruxelles où deux grands acteurs se partagent le marché. Avec Zipcar, l’utilisateur paie 0,25 euro par minute de trajet, tous frais (essence, assurance…) inclus. Si l’on utilise ce système moins de 85 minutes par jour ouvrable, on paie moins de 450 euros par mois. Avec DriveNow, le prix est de 0,33 euro, ce qui devient intéressant si l’on roule moins de 65 minutes par jour.

Car-sharing. Ici, la personne doit redéposer le véhicule dans l’une des stations définies. Les voitures électriques Zencar (9 euros par heure) sont intéressantes si on roule moins de 80 minutes par jour ouvrable. Avec 450 euros, Cambio permet de rouler 640 km par mois.

Vacances. De nombreuses entreprises permettent (parfois entre particuliers) de louer une voiture durant quelques semaines soit le temps d’une escapade au soleil.