Ripostes En France, la candidate la plus âgée au baccalauréat 2017 a 74 ans. Pour une spécialiste en études cognitives, on peut apprendre à tout âge. Plus de la moitié des internautes interrogés n’ont jamais considéré l’âge comme un frein à l’apprentissage. (Découvrez ci-dessous quelques-uns de vos avis partagés sur lalibre.be.)


En France, la candidate la plus âgée au baccalauréat a 74 ans. Pourtant, on se demande souvent si, pour nous, il n’est pas déjà trop tard pour apprendre une langue étrangère ou à jouer d’un instrument de musique. "C’est trop tard, je ne vais pas commencer à mon âge", se dit-on. Ces impressions et les regrets qui les accompagnent sont courants et ont été nourris par certains scientifiques défendant l’hypothèse de la période critique, un moment après lequel il ne serait plus possible d’apprendre. A la fin des années soixante, le scientifique Eric Lenneberg a mené une étude afin de déterminer le meilleur moment pour acquérir des compétences linguistiques. Pour lui, étant donné le développement physiologique du cerveau, mieux veut apprendre avant la puberté, ensuite, un déclin brutal du potentiel d’acquisition de nouvelles connaissances est observé.

Une période propice pour les langues ?

Chez Vivaling, une école de langues en ligne, les professeurs défendent l’idée d’une "fenêtre de tir" propice à l’acquisition d’une deuxième langue qui se situerait pendant l’enfance. "Seuls les enfants peuvent vraiment apprendre, écrivent-ils sur leur blog. Viser un niveau de langue équivalent à celui d’un locuteur natif implique de se lancer dans un apprentissage précoce" même si cela "ne signifie pas que les adultes ne puissent pas apprendre du tout". Swann Martin, directeur de l’antenne liloise du centre de formation linguistique Oise, partage le même avis : "Apprendre une langue étrangère dès le plus jeune âge est plus aisé pour une raison physique. Les capacités cognitives de l’enfant étant encore en développement, ils ne sont pas formatés à un seul système de langage et aux sons d’une même langue. Ils sont encore ouverts à d’autres systèmes et d’autres sons que plus tard, ils percevraient plus difficilement. Les enfants peuvent aussi plus facilement créer de nouvelles connexions dans leur cerveau. Ils sont plus agiles et plus flexibles."

Si les théories de périodes propices semblent se vérifier de manière scientifique pour l’acquisition de la langue maternelle, il n’en va pas de même pour une deuxième langue avance Alice Latimier, doctorante à l’Ecole normale supérieure au département d’études cognitives dans une tribune intitulée "Notre cerveau peut apprendre à tout âge" sur le site "The Conversation". "On a longtemps cru, jusque dans les années 2000, qu’on ne pouvait apprendre qu’avant l’âge de 20 ans. C’est faux", nous explique-t-elle.

Apprendre à jouer du piano à 80 ans, c’est possible

A la retraite, vous avez envie de reprendre des études, d’accompagner votre petit-fils au piano ou d’explorer les réseaux sociaux ? C’est possible, estime Alice Latimier. "Les mécanismes qui permettent d’apprendre sont présents tout au long de la vie. Aucune étude n’a montré qu’à partir d’un certain âge le cerveau n’avait plus les mécanismes nécessaires pour l’apprentissage." Seul bémol, la vitesse plus lente "à cause du vieillissement cognitif et biologique du cerveau".

Sylvie Sansalone donne des cours particuliers de piano, de violon et de basse à Bruxelles à des élèves âgés de 5 à 68 ans et conseille de commencer dès l’âge de 4 ou 5 ans si l’on veut devenir musicien professionnel. Mais pour le plaisir, il est certain qu’"on peut jouer de la musique à tout âge". Le facteur motivation et la personnalité des élèves comptent beaucoup à ses yeux : "C ’est absurde de penser qu’il est trop tard pour jouer d’un instrument. Au contraire, je suis souvent étonnée par les progrès des adultes. Ils réalisent un vieux rêve, ils ont beaucoup d’envie et de volonté. Et c’est cela l’essentiel pour apprendre. A force de volonté et de travail, on y arrive toujours."

L’expérience est un atout indéniable, observe Alice Latimier, elle constitue un précieux "levier d’apprentissage". "Comme on apprend tout au long de la vie, des mécanismes se mettent en route plus ou moins automatiquement. Si on a déjà appris une langue, on sait qu’il va falloir acquérir du vocabulaire, essayer de faire des liens entre les mots… Puisqu’on l’a déjà vécu, notre cerveau met en marche des automatismes connus. Quand on est enfant, on est toujours face à la nouveauté. L’expérience de l’apprentissage a des bénéfices."

Plus on stimule notre cerveau au cours de notre vie, plus il sera aisé d’apprendre à 70, 80 ou 90 ans, ajoute Alice Latimier. "Il faut être ouvert d’esprit et curieux. Lire beaucoup, avoir un environnement propice au bien-être, discuter avec des gens, prendre l’air, écouter de la musique ou jouer aux cartes stimule et permet de maintenir les rouages de l’apprentissage en route."

Quant à la candidate au baccalauréat de 74 ans… "Il n’y a aucune raison pour qu’elle ne réussisse pas."


C’est vous qui le dites

Appel à témoignages. Vous êtes plus de cinquante à avoir répondu à notre questionnaire sur lalibre.be.

Vos avis. Vous êtes plus de la moitié (55 %) à ne jamais avoir ressenti votre âge comme un frein à l’apprentissage. Il s’agirait surtout d’une question de motivation et, dès lors, rien ne semblerait insurmontable. D’autres répondants (45 %) reconnaissent cependant qu’ils se sont déjà sentis "trop vieux" au moment d’assimiler de nouvelles connaissances. La faute à une mémoire récalcitrante.


© IPM

Quelques-uns de vos avis partagés sur lalibre.be

Marie, 55 ans: Non

J’apprends tous les jours. Je suis prof, donc curieuse. Voici quelques années, j’ai refait des maths et vu des choses que je n’avais pas apprises jeune. De la comptabilité aussi. Bref, je ne me sens pas trop vieille pour apprendre, mais ça va peut-être un peu moins vite. Peut-être parce que je suis plus méticuleuse qu’avant, […] je vérifie et recoupe davantage.

Yane, 70 ans: Non

La candidate la plus âgée au baccalauréat en France a 74 ans. Cela ne me surprend pas du tout. Elle est d’ailleurs loin d’être la plus âgée des candidats libres qui se sont présentés les années antérieures. On peut vraiment apprendre à tout âge. Personnellement j’ai appris à utiliser un PC et Internet assez tard dans ma vie.

Pascale, 50 ans: Non

J’ai entamé des études universitaires à 45 ans tout en travaillant à temps plein. Plus jeune, je n’avais pas obtenu de diplôme, car je n’avais pas assez de discipline et je manquais de concentration. Qu’il s’agisse d’étudier, d’apprendre à jouer un instrument ou une nouvelle langue, ce n’est pas plus dur après 50 ans. Ce n’est pas une question d’âge mais de motivation.

Claude, 50 ans: Non

Je continue à suivre plusieurs semaines de formation par an pour rester en phase avec les évolutions de mon boulot. C’est une évidence pour moi. Mais pas pour tout le monde ! Je suis souvent le plus âgé à ces formations et c’est dans le regard des participants plus jeunes que je vois parfois des interrogations : qu’est-ce qu’il fait là ce vieux ?

Michel, 50 ans: Oui

Je pense qu’on peut apprendre à tout âge, mais je me suis déjà senti "trop vieux" pour certaines choses. Le néerlandais, par exemple. Retenir le vocabulaire ou les règles de grammaire me semble beaucoup plus difficile qu’il y a 15 ans. Dès que je ne pratique pas, je perds énormément. Un peu comme si les choses avaient plus de mal à être assimilées pour de bon.

Gil, 65 ans: Oui

La mémoire ne fonctionne plus aussi bien qu’auparavant. On a beau répéter, revoir, remémoriser, on oublie et c’est frustrant. Cependant, j’ai relevé le défi de l’informatique. Cela fait 4 ans que tous les jours, j’essaie de dresser la bête. Elle ne m’obéit pas toujours, mais j’ai un énorme plaisir à jouer avec cet ordi, à mon rythme, et j’apprends tous les jours, encore et encore.

Albert, 45 ans: Oui

Je me suis déjà senti "trop vieux" pour apprendre. Difficile de gérer la fatigue, le stress, et la mémoire fait des siennes. Je pense aussi qu’il est plus difficile d’apprendre des langues et à jouer d’un instrument de musique après 50 ans.