Ripostes

David Beckham enflamme les réseaux sociaux avec une photo où il embrasse sa fille sur la bouche. Certains parents y voient une attention affectueuse, d’autres un geste malsain. La majorité des internautes interrogés considèrent que ce baiser est à réserver aux adultes amoureux. Découvrez ci-dessous quelques-uns de vos avis partagés sur lalibre.be.


Une nouvelle polémique autour de la parentalité enflamme les réseaux sociaux. Le footballeur anglais David Beckham a posté sur Instagram une photo sur laquelle il embrasse sur la bouche sa fille de 5 ans. Plus de 8 500 personnes ont commenté cette photo et au milieu des "so cute !" (mignon !) et autres "adorable !", certains ont jugé la situation "perverse", "malsaine", voire "incestueuse" déclenchant une nouvelle salve de commentaires défendant la famille Beckham. "Il n’y a rien de malsain, c’est sa fille. Elle a 5 ans pas 20 ans" ou bien "C’est juste de l’attachement père-fille ! Nos parents nous ont tous déjà fait ça, alors ce n’est pas la peine d’en faire un scandale. C’est juste de l’amour", "Ma fille a 8 ans et je l’embrasse toujours sur les lèvres. Cela ne pourrait être interprété d’une autre manière que ce que cela signifie : de l’amour innocent." La controverse est récurrente, l’année dernière l’actrice américaine Hilary Duff a choqué certains internautes avec une photo où elle embrasse son fils de 4 ans.

"Un baiser est innocent"

Ce léger baiser déposé sur les lèvres d’un enfant est-il si innocent ? Pour Edwige Antier, pédiatre, auteure de nombreux ouvrages consacrés à l’enfance et à la parentalité, David Beckham a tout du père modèle mais ce geste affectueux peut prêter à confusion : "Je vois à travers les reportages sur cette belle famille que le papa semble très investi dans l’éducation de ses enfants, vraiment un super papa ! Mais en laissant sa fille l’embrasser sur la bouche, il brouille les codes. Pouvant l’embrasser comme un amoureux, que réservera-t-elle à son futur compagnon ? Elle doit pouvoir mieux faire la différence entre un super papa et un futur amoureux."

Les spécialistes de la petite enfance s’accordent autour de cette confusion des codes. "Le bisou sur la bouche en lui-même n’est pas négatif mais c’est une question de code social, explique Diane Drory, psychanalyste spécialiste des troubles de la petite enfance. En Russie, on s’embrasse sur la bouche mais en Belgique, ce baiser-là renvoie à un geste réservé aux adultes amoureux. Cela amène des enfants à perdre un repère, on ne sait plus ce qui est du monde des enfants et des adultes. Cette adultification des enfants pose problème."

"Un baiser est innocent, témoigne sur notre site Anaïs, mère d’un enfant de 7 ans qui l’a embrassé jusqu’à l’âge de 5 ans. L’enfant se détache lui-même des démonstrations affectives de ses parents, à un âge qui éradique toute notion d’ambiguïté. Même au sein d’un couple, le baiser érotique est différent du baiser affectif. Donc de là à éveiller de l’érotisme chez l’enfant…" Pour Diane Drory, il n’y a pas d’âge auquel le baiser sur la bouche serait sans risque de confusion, "on donne des petits bisous partout sur le corps du bébé mais son corps est justement assez grand pour ne pas l’embrasser sur la bouche".

La bouche serait-elle "privée" même chez les tout-petits ? "La bouche est une zone érogène qui provoque une excitation, explique Olivier Dupuis, psychothérapeute auprès d’enfants et adolescents. Si les petits enfants ont une tute, c’est parce que cela leur procure du plaisir." Le baiser amoureux entre adultes est une prolongation de ce stade oral ajoute le psychothérapeute.

Les parents ont-ils un problème ?

La majorité des parents qui embrassent leurs enfants sur la bouche affirment n’y voir aucune intention malsaine, simplement de l’affection et de la douceur. "Je pense qu’un parent a un sérieux problème s’il perçoit ce geste comme érotique, estime Sandy, mère d’un bébé de 16 mois, sur lalibre.be. Qu’en est-il alors du changement de couche ou du bain ?" Sans "mauvaise intention", faut-il pour autant condamner ces parents bécoteurs ? "Ce n’est pas mal, répond Diane Drory. Il n’y a ni perversité ni pédophilie. Le parent n’est pas un pervers mais il doit aider son enfant à trouver sa juste place dans notre société." Pour Olivier Dupuis, si David Beckham "fait un bisou sur la bouche à son enfant, ce n’est pas un attouchement grave, mais symboliquement, ce baiser est réservé aux amoureux. Un enfant de 7 ou 8 ans voit bien que ce sont les adultes qui s’embrassent sur la bouche."

Si quelques baisers donnés au petit enfant ne sont pas un drame, certaines circonstances comme la répétition du geste et l’âge de l’enfant peut poser la question du consentement. "Pour une adolescente de treize ans avec son père ou sa mère, cela peut provoquer un climat incestuel et parfois, dans certains cas rares, perturber l’enfant pour ses relations ultérieures. Il n’y a pas de raison de dramatiser, c’est une question de dosage et de maturité de l’enfant mais il vaut mieux éviter ce baiser pour ne pas provoquer de problème."


C'est vous qui le dites

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Vos avis : La grande majorité d’entre vous (75 %) estiment que le bisou sur la bouche donné par un parent à son enfant est inapproprié. Ce geste brouille les codes entre parents et enfants et ne devrait avoir lieu qu’entre adultes consentants. Pour d’autres internautes, ce baiser n’est que la démonstration de la tendresse ressentie pour son enfant et ne suscite aucune ambiguïté.


© IPM


Quelques-uns de vos avis partagés sur lalibre.be

Violette, deux enfants de 5 et 3 ans  : Oui

Je pense qu’il ne faut pas voir le mal partout. Ce n’est pas parce nous donnons un bisou sur la bouche à nos enfants que nous sommes des pédophiles ! Ma fille fait un bisou sur la bouche à son papa et moi-même uniquement quand elle veut nous dire qu’elle nous aime. Sinon, elle ne fait que des câlins. Mon fils fait parfois des "bisous d’amour".

Capucine, un enfant de 3 ans : Oui

Le bisou sur la bouche entre parent et enfant n’a rien d’érotique, c’est ridicule. Mes parents me faisaient un bisou sur la bouche quand j’étais enfant, pour dire bonne nuit. Rassurez-vous, je n’ai aujourd’hui aucun lien érotique avec eux. J’embrasse également ma petite fille sur la bouche, son papa aussi.

Maeva, 25 ans, sans enfant : Oui

Embrasser un enfant sur la bouche, c’est mignon, il n’y a rien de mal, c’est juste de la tendresse. Il n’y a pas d’ambiguïté, mes parents m’ont toujours embrassée sur la bouche et encore maintenant à l’âge de 25 ans et cela n’a jamais affecté ma perception des choses.

Selena, 28 ans, sans enfant : Non

Il faut apprendre aux enfants les vrais codes de la société. Cette pratique est malsaine et contre nature. Personnellement je sais que je ne le ferai jamais quand j’aurai des enfants. La pudeur dans une famille c’est important. On ne prend plus un bain avec sa sœur quand on a passé l’âge même si on est deux filles. Idem pour une fille et sa mère, non et non.

Julie, deux enfants de 2 ans et 5 mois : Non

Le bisou marque bien la différence entre l’amour entre papa et maman et l’amour pour ses enfants. Je ne pense pas que le bisou sur la bouche soit érotique mais les enfants sont très observateurs et attentifs aux comportements sociaux, à nous de leur inculquer les valeurs de notre société, on embrasse seulement son amoureux et l’amour inconditionnel n’a pas besoin de bisous sur la bouche.

Bastien, 24 ans, sans enfant : Non

Cela m’a toujours gêné de voir des parents embrasser leurs enfants. C’est un symbole de désir. Un baiser sur le front, sur la joue, dans le cou… il y a tellement de façons d’embrasser. Alors gardons celle-ci pour nos conjoints et faisons preuve de créativité et d’amour envers nos enfants, en évitant de leur apprendre des gestes socialement et intimement remplis de sens !

Charline, un enfant de 18 mois : Non

C’est très appétissant, une bouche d’enfant, mais non, cela doit rester entre personnes consentantes. Un enfant devient ce qu’on fait de lui. S’il embrasse ses parents sur la bouche depuis qu’il est tout petit, il pense que c’est normal. J’avoue, j’ai peut-être bien dérapé deux ou trois fois. Mais je trouve que ce n’est pas juste de le faire. Donc je m’en suis très vite empêchée.