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Les chômeurs sont-ils assez contrôlés ?
Entretien : Jean-Paul Duchâteau
Mis en ligne le 26/01/2012
Ce serait une faute grave d’abandonner des gens. On devrait les utiliser dans un service sociétal dans lequel ils auront encore un rôle à jouer dans la société.
Marc De Vos
Directeur de l’Itinera Institute
Nous avons en Belgique un fort taux de chômage de longue durée. Pourquoi ?
On n’a pas eu pendant très longtemps une politique active par rapport aux chômeurs. Une fois que vous êtes chômeur de longue durée, vous vous distancez du marché du travail et retrouver un emploi devient de plus en plus difficile. On a ainsi toléré l’existence du chômage de longue durée. Cela condamne des personnes au chômage perpétuel. Le chômage frappe surtout des groupes défavorisés dans notre société. Je pense notamment à certains immigrés et aussi aux personnes plus âgées. Dans ce contexte-là, il y a de forts obstacles au-delà du fonctionnement de l’assurance-chômage pour qu’ils puissent retrouver du travail. Quand vous regardez les résultats du système scolaire dans les grandes villes et surtout à Bruxelles, et quand vous constatez qu’il y a un très fort pourcentage de groupes immigrés qui entrent sur un marché du travail sans diplôme, sans connaissance même de la langue, ils sont condamnés au chômage. Et c’est un chômage structurel de longue durée. Parce que ces gens manquent des instruments indispensables pour pouvoir travailler. De même, quand vous regardez la position des personnes âgées, on sait toute la difficulté qu’il y a pour qu’ils puissent trouver un emploi qui non seulement leur convient mais aussi qui est payable par l’employeur. Ce sont donc des questions de société très fondamentales qu’on ne va pas résoudre simplement en accélérant le contrôle des chômeurs.
A ce propos, considérez-vous qu’il y a une fraude sociale importante ?
L’Onem devrait être en mesure de répondre plus concrètement au taux d’abus dans le système de chômage. Pour moi, le contrôle des chômeurs devrait s’opérer de manière systématique et spontanée, mais de façon positive. Cela ne peut pas être une chasse aux chômeurs. Le contrôle devrait faire partie d’une fonction intégrée de support aux chômeurs. Je plaide depuis plusieurs mois pour avoir une vue de l’assurance-chômage comme un élément d’une politique de création d’emploi. Donc une assurance-emploi plutôt qu’une assurance-chômage. Et dans cette approche, l’organisation de l’assurance est totalement axée sur l’aide à retrouver de l’emploi. Cela veut dire un soutien individuel personnalisé, bref du sur-mesure d’accompagnement. Dans ce contexte, le contrôle de la disponibilité pour travailler est implicite. Il ne faut pas dire que les chômeurs exploitent le système ou dire que les chômeurs sont des victimes. La vérité est ailleurs.
Y a-t-il, comme la nouvelle ministre de l’Emploi le déclare, des chômeurs qui sont définitivement inadaptés au travail ?
Il faut une vision constructive. Je suis conscient du fait qu’il y a des "citrons" sur le marché du travail dont personne ne veut. Les pouvoirs publics peuvent fixer un délai de chômage après lequel l’assurance-chômage devient un programme d’emploi à organiser. Il faut éliminer beaucoup de plans d’embauche existants et les remplacer par un plan global intégré dans la dernière phase du chômage. A ce moment, on peut organiser un emploi pour cette personne avec l’aide du budget de l’assurance-emploi. Ce serait une faute grave d’abandonner des gens. On devrait les utiliser dans un service sociétal dans lequel ils auront encore un rôle à jouer dans la société.
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