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La récession, c’est grave, Docteur ?

Mis en ligne le 03/02/2012

Pour les travailleurs, cela veut dire que ce sera plus difficile de garder son emploi et surtout d'en trouver un. Pour le citoyen, cela veut dire qu'il doit s'attendre à ce que l'austérité budgétaire soit accentuée.
La Belgique en récession, est-ce grave ?

Ce n’est certainement pas une bonne nouvelle. Cela n’a pas la gravité de la récession de 2008-2009, mais c’est une économie qui traîne; une économie où des emplois ne se créent pas, voire sont détruits; une économie où le pouvoir d’achat stagne; une économie où les inégalités sociales se creusent; une économie où les difficultés des Etats sont exacerbées en matière de finances publiques.

Quelles sont les principales causes de cette entrée en récession ?

C’est d’abord et avant tout le contexte international. La Belgique ne fait pas exception. La Belgique avait pu connaître un recul en 2008-2009 un peu moins prononcé que la moyenne européenne et avait pu connaître, après, un rebond un peu plus soutenu de son activité économique, mais il n’y a pas de facteur structurel pour justifier cette surperformance passée de la Belgique. On est rattrapé par le fait d’être une petite économie ouverte au milieu d’un continent qui est soumis à de grandes turbulences.

Y a-t-il d’autres causes que la situation internationale ?

Je ne verrais pas dans cette récession des explications belgo-belges liées à un élément politique. Je n’y verrais pas la conséquence de nos tergiversations à former un nouveau gouvernement. Je pense que dans les inquiétudes sur la dette publique, qui ont été un peu plus marquées chez nous que chez nos voisins, il y a peut-être une petite dimension belge même si c’est moins grave qu’au Portugal et en Grèce, bien entendu. Je n’y verrais pas non plus le reflet d’une brutale détérioration de notre compétitivité.

Quelles seront les conséquences de cette situation ? Comment va-t-elle toucher le citoyen et les entreprises ?

Pour les entreprises, cela veut dire que ce sera plus difficile de vendre leur production sur le marché local. Pour les travailleurs, cela veut dire que ce sera plus difficile de garder son emploi et surtout d’en trouver un, et que ce sera évidemment plus difficile d’obtenir des augmentations de salaire. Pour le citoyen, cela veut dire qu’il doit s’attendre à ce que l’austérité budgétaire soit accentuée, sous la forme de nouvelles mesures en dépenses et en recettes.

Avec les éléments dont on dispose, que peut-on attendre pour la suite ?

Les indicateurs économiques avancés les plus récents pour la zone euro montrent une stabilisation, voire même un léger redressement. Quand on regarde ces indicateurs, c’est comme un stick de hockey, une forte chute et tout récemment une petite remontée. Il est trop tôt pour dire que cette remontée en appelle d’autres, mais on peut penser que nous ne connaîtrons pas une récession à la 2008-2009 quand l’activité économique s’était fortement contractée.

Face à ce genre de situation, que peut-on faire ?

C’est dans une très large mesure la résultante d’une évolution européenne, et on est largement démuni. Il n’est pas possible de penser que la Belgique puisse demain constituer un îlot de croissance dans une zone euro qui stagnerait. Il faut être raisonnable à cet égard. Mais il ne faut pour autant être résigné ou fataliste. Si nous devions, parce que l’économie va mal, relâcher la discipline budgétaire, ce serait pour moi contre-productif. Ce serait envoyer un message de refus de courage et cela générerait auprès de la population un message de refus de la réalité qui susciterait une méfiance accrue de telle sorte qu’il ne faut pas espérer un effet d’entraînement sur l’économie nationale.

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