Ripostes La Commission "Infrastructure" de la Chambre a adopté mercredi, en deuxième lecture, le projet de loi relatif aux services postaux. Dans l’opposition francophone, on dénonce une porte ouverte vers la disparition de certaines tournées. Et vous, tenez-vous à ce service? Nous en avons débattu sur Lalibre.be.

Le projet de loi relatif aux services postaux a été approuvé en deuxième lecture, ce mercredi, en commission "Infrastructure" de la Chambre. Il ouvre la porte à une possible réduction de la fréquence de distribution du courrier. Actuellement, le service universel oblige le gestionnaire bpost à distribuer les lettres et les colis cinq jours par semaine dans toutes les boîtes aux lettres du royaume. Dans son article 16, le texte qui doit poursuivre son chemin (et devrait être soumis au vote en séance plénière dans deux semaines selon Annaïk de Voghel, porte-parole du groupe PS à la Chambre, pour entrer en vigueur en 2019) prévoit des dérogations possibles au système actuel. Il précise que le contrat qui lie l’Etat belge à bpost peut préciser " sous quelles circonstances il peut être dérogé à l’obligation d’assurer au moins cinq jours par semaine une levée et une distribution de courrier sur tout le territoire national. " Des "circonstances exceptionnelles" ou des "conditions géographiques exceptionnelles" pourront être invoquées. Même s’il est précisé plus loin que l’actuelle obligation est maintenue, le texte avance qu’il est "souhaitable de laisser ouverte la possibilité d’une réduction de la fréquence de distribution, si cela permet d’éviter que l’Etat doive financer le service universel".

La distribution n’est plus rentable

Car voilà bien le problème : l’argent. La principale raison évoquée pour justifier ce changement est la forte baisse des volumes de courriers à traiter. Entre 2011 et 2016, le nombre de lettres distribuées par bpost a diminué de 20 %. Et, alors que le chiffre d’affaires diminue, c’est loin d’être le cas des coûts de distribution. Autrement dit, avec de moins en moins de plis à distribuer chaque jour, la rentabilité de bpost en prend un coup.

La faute aux e-mails

Un rapport rédigé pour la commission "Infrastructure" reprend les propos du ministre de tutelle, Alexander De Croo. Le vice-Premier et ministre de la Poste y évoque l’importance toujours croissante des moyens de communications électroniques, comme les e-mails ou les SMS. " Les besoins des utilisateurs des services postaux sont en évolution. La législation postale doit prévoir la flexibilité nécessaire pour permettre aux prestataires de ces services de s’adapter. C’est essentiel pour que le service universel postal puisse continuer à être assuré de la manière la plus efficace possible et sans devenir une charge pour les finances de l’Etat ."

"Un service de seconde zone"

Dans les rangs de l’opposition, les critiques n’ont pas traîné. PS et cdH s’inquiètent particulièrement pour les villes et les villages isolés. " Si vous habitez à Brakel ou à Binche, vous risquez de recevoir moins souvent votre courrier que si vous vivez à Anvers ou à Namur !" , dénonce le député Laurent Devin (PS), membre de la commission de l’Infrastructure. "Parce que, ne nous leurrons pas, la logique de la rentabilité est là. Et ça coûte moins cher de distribuer le courrier 5 jours par semaine dans des grandes villes que dans des villages ou des villes moyennes ! "

Les deux partis de l’opposition francophone ont déposé des amendements afin de modifier le projet sur la table. Ces textes ont tous été rejetés par la majorité.

L’un d’eux visait à supprimer la notion de " conditions géographiques exceptionnelles ". Pour les socialistes de la Chambre, " on voit mal, en Belgique, quelles conditions géographiques exceptionnelles pourraient répondre à ce critère. De la Campine aux Ardennes, ni Himalaya, ni désert de sable à traverser ! Sauf à considérer les zones rurales, moins densément peuplées, comme des zones géographiques exceptionnelles, on ne voit pas de quoi parle le gouvernement ! "

Le groupe PS a indiqué qu’il redéposerait cet amendement lors de la séance plénière et qu’il voterait contre le projet de loi " si c’est pour proposer un service universel de seconde zone ".

Les humanistes sont sur la même longueur d’ondes. Un amendement déposé par le cdH Michel de Lamotte estime " crucial" que "les zones urbaines et les zones rurales soient considérées comme égales face à ces révisions. Le service universel exclut par définition le deux-poids-deux-mesures. C’est un droit fondamental. "

Et pour vous, quelle est encore l'importance de voir passer le facteur chaque jour ouvrable? Nous en avons débattu avec vous sur notre site Lalibre.be. Et, même si tout le monde est d'accord pour dire que les choses ont changé, plus de deux tiers d'entre vous (lire ci-dessous) refusent de voir disparaître ce service.


C’est vous qui le dites

Et si le facteur ne passait plus tous les jours ? Serait-ce dérangeant ? Vous êtes près de 300 à avoir répondu à notre appel à témoignages sur lalibre.be. Une grande majorité d’entre vous (67,9 %) tient à ce que rien ne change. Aucun problème, par contre, pour les autres, l’essentiel du courrier étant de toute façon, aujourd’hui, envoyé par voie électronique.


Quelques-uns de vos témoignages partagés sur lalibre.be

Patrick, 37 ans Berchem-Ste-Agathe

Oui . D’abord, le facteur remplit un rôle social, surtout pour les personnes âgées ou isolées. Son passage régulier permet d’identifier d’éventuels problèmes. Ensuite, s’il passe moins souvent, sa charge de travail quotidienne augmentera, il aura plus de courrier à distribuer. Enfin, les zones rurales, sûrement moins rentables puisque moins peuplées, seront les premières lésées.


Stéphane, 34 ans Etterbeek

Oui . Même si j’habite à Bruxelles et que je ne vois jamais mon facteur parce qu’il passe pendant que je travaille, certains courriers restent d’office à distribuer d’urgence. En cas de décès, par exemple, les faire-part risqueraient d’arriver après l’enterrement !


Isabelle, 52 ans Rhode-St-Genèse

Oui . L’informatique ne parviendra jamais à remplacer le plaisir d’ouvrir une carte d’anniversaire, de Noël… Et ces jolies cartes doivent arriver à temps. Qu’en serait-il aussi des recommandés parfois urgents ? Et puis je trouve que c’est toujours plaisant de parler avec son facteur. Ce matin, je l’ai vu arriver et, rentrant d’une course, je l’ai attendu. Il était content et moi aussi.


Fabrice, 41 ans Liège

Oui . Même avec un passage quotidien, le courrier arrive déjà parfois dans les mauvaises boîtes. Passer moins souvent signifie plus de courriers à délivrer lors du passage, d’où un risque accru d’erreur.


Samuel, 46 ans Ottignies

Oui . La poste est et doit rester un service public accessible au moins tous les jours ouvrables. Ne plus assurer la distribution chaque jour renforcerait la concurrence qui y verrait une opportunité de développement, avec les tarifs adaptés évidemment et, au bout, une perte du pouvoir d’achat pour certains consommateurs.


Anne, 58 ans Namur

Oui . Ma mère, à la fin de sa vie, attendait que le traiteur lui livre son repas de midi. Le facteur passait toujours avant. Quand elle voyait sa camionnette, elle savait que le traiteur allait suivre et se préparait pour lui ouvrir la porte. Le facteur lui servait de repère. Il faut qu’il continue à passer tous les jours parce qu’on continue à recevoir du courrier papier, plus sécurisant que les envois par e-mails.


Gérard, 62 ans Villers-la-Ville

Non . C’est inutile et trop coûteux. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui parlent de la fonction sociale du facteur. Elle a disparu. C’est devenu un distributeur robotique. On ne le connaît plus et cela n’est pas nécessaire. Tout en respectant les gens encore au travail, je crois que ce job pourrait être beaucoup plus automatisé.


Pierre, 48 ans Seneffe

Non . Les tournées peuvent être espacées car les vrais courriers urgents sont rarissimes et que d’autres solutions existent. Sinon qui payera pour ce service peu utilisé ?