Ripostes

Les vacances de Pâques 2019 ne tomberont pas en même temps partout en Belgique. Un débat peut-être moins dérisoire qu’il y paraît... La ministre Schyns doit rencontrer sa consœur flamande pour en parler mais, coincée par la loi, elle dit : "Je n’ai pas le choix." Merci de vos témoignages et réactions (voir-ci-dessous) Sur une grosse centaine de réponses, environ 65 % d’entre vous se sont prononcés pour les mêmes congés partout.

Dans le calendrier scolaire 2019, les deux semaines de vacances de Pâques ne correspondront pas côtés francophone et flamand. Les écoles nordiques seront fermées à partir du 8 avril. Les autres, du 15. Pourquoi ? Petit rappel des règles.

Ce qui concerne l’obligation scolaire (dont le nombre de jours de classe par an et les dates de début et de fin d’année) dépend encore aujourd’hui de la législation fédérale. Et celle-ci stipule que chaque année scolaire doit compter entre 181 et 183 jours effectifs et que la rentrée scolaire s’effectue le 1er septembre (ou le premier jour ouvrable qui suit). Pour tout le monde.

Sortez les calculettes !

"En 2019, ce 1er septembre tombe un samedi", explique Eric Etienne, le porte-parole de la ministre CDH Schyns, en charge de l’Enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. "Du coup, la seule façon pour nous d’arriver au minimum de 181 jours est d’intégrer le lundi de Pâques dans les deux semaines de vacances." Pourquoi est-ce différent côté flamand ? Parce que la fête de la Communauté flamande a lieu l’été (les élèves flamands ne "perdent" donc aucun jour de classe) tandis que celle de la Communauté française libère ses élèves le 27 septembre. "Nous sommes coincés", insiste Eric Etienne. "Impossible de faire autrement." Et de laisser entendre que la Flandre, elle, pourrait se décaler tout en respectant la loi fédérale, et proposer une année scolaire qui compterait alors 182 jours. Seulement pas sûr qu’on l’entende ainsi côté flamand. Une réglementation régionale flamande prévoit effectivement que, si la fête de Pâques tombe après le 15 avril, le congé doit être fixé pendant les deux semaines qui précèdent.

Les deux ministres, qui se rencontrent en réunions de concertation tous les 4 ou 5 mois, doivent se parler prochainement pour voir ce qu’il convient de faire. Et le dossier est intéressant à observer: il indique ce qui pourrait se passer lorsque sera abordée, côté francophone, la grande réforme des rythmes scolaires évoquée dans le Pacte pour un enseignement d’excellence… Mais, au fait, est-il vraiment essentiel que toutes les écoles du pays soient alignées ?

Absurde ou anecdotique ?

Nous vous avons posé la question sur lalibre.be et une majorité d’entre vous (65%) est contre un décalage. C’est aussi l’avis de Véronique Dethier de la section bruxelloise de la Fapeo (Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel). "Cette situation est absurde et n’apporte rien. Il faut vraiment se concerter car cela apporte des désagréments à beaucoup de familles, principalement à Bruxelles c’est vrai. Avant de dire que peu de gens sont touchés, il faudrait des chiffres. A Bruxelles, sur 5 000 écoliers de maternelles, 1 200 sont à l’école flamande. C’est le cas de 3 000 élèves sur les 9 000 de primaires. Et on sait qu’il y a plein de francophones qui étudient en néerlandais." Dont une partie doit donc avoir des frères, sœurs ou parents inscrits dans l’enseignement francophone. "Donc ce n’est absolument pas anecdotique !" , conclut Véronique Dethier.

Beaucoup plus de nuances du côté de l’enseignement libre. "Quand des parents inscrivent un enfant dans l’enseignement de l’autre communauté, ils doivent savoir ce qu’ils font et s’attendre à des différences", rétorque Bernard Hubien, secrétaire général de l’Ufapec (Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique). "Rien d’étonnant à cela. Nous prenons acte d’un décalage mais les choses ne sont-elles pas différentes sur un tas de questions entre les deux communautés ? La fédéralisation de la Belgique conduit à ce genre de situation." Et gare aux faux procès. "Aucune des deux ministres n’est en tort et il y a peut-être moyen de trouver une solution, soit par la concertation, soit par une information aux parents : on a quand même un an et demi."

Chez certains parents, en tout cas, la pilule ne passe pas. "Nous avons reçu plusieurs réactions", rapporte Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des Familles. "Autrefois, les familles étaient moins mobiles, moins séparées. C’est ce qui fait que plus de gens sont potentiellement touchés aujourd’hui qu’avant lorsqu’on a déjà connu des situations similaires. Des familles bruxelloises évidemment, mais aussi des familles séparées bicommunautaires. La vie des familles se complexifie terriblement, et ce dont elles ont principalement besoin, c’est de stabilité. Or, on va dans le sens opposé. Mais quand les pouvoirs publics se posent-ils la question de la vie des gens ?" C’est toute la question de l’adéquation de l’école d’aujourd’hui avec la famille d’aujourd’hui, un bien plus vaste débat..


C'est vous qui le dites

Vous avez débattu nombreux, hier, sur lalibre.be concernant la nécessité (ou pas) d’aligner les congés de toutes les écoles belges. Merci de vos témoignages et réactions ! Sur une grosse centaine de réponses, environ 65 % d’entre vous se sont prononcés pour les mêmes congés partout. Une autre question vous était également soumise en "Question du jour" sur notre site : "Vacances de Pâques : La Fédération Wallonie-Bruxelles doit-elle faire coïncider ses congés avec la Flandre ?" Vous avez répondu "oui" à 50 % et "non" à 37 % (avec 13 % de sans avis). Morceaux choisis sur lalibre.be


André, 50 ans

Oui. Il faut arrêter les complications. Est-ce que tous ces pseudo-experts n’ont rien d’autre à faire que de compliquer les choses ? Il y a beaucoup de familles qui ont des enfants dans les deux communautés. Nous sommes belges. Quant à savoir qui doit s’adapter, si les ministres ne parviennent pas à s’entendre, elles n’ont qu’à décider chacune à leur tour, un an sur deux !

Marcelle, 55 ans

Oui. Dans un si petit pays, décaler les congés est une mauvaise initiative pour qui travaille à faire se rencontrer nos diverses communautés (flamande, wallonne, allemande). C’est un très mauvais message envoyé. Sans parler des difficultés d’organisation pour les parents ayant des enfants dans des écoles des deux communautés. Les deux ministres doivent faire un pas et trouver une solution commune.

Sophie, 49 ans

Oui. J’ai toujours eu des enfants dans les deux systèmes scolaires donc cela complique tout, de plus cela augmente encore le clivage entre Flamands et Wallons qui n’ont vraiment plus aucune chance de se rencontrer sur une plage ou une aire de jeu. Et quid des échanges linguistiques organisés entre familles pour l’apprentissage des langues pendant les vacances ? Cela aussi sera annulé…

Frédéric, 47 ans

Oui. Dans une région qui fait à peine 200km2, se dire que des enfants de régions différentes ne pourront pas passer des moments ensemble pour des raisons communautaires et surtout politiques de bas étage est ridicule et révoltant. Cessons ces communautarisme et régionalisme stupides qui servent une classe politique sans envergure ni réelle vision pour sa population.

Nathalie, 37 ans

Oui. Habitant Bruxelles, nous allons avoir des difficultés d’organisation concernant la garde de notre fils scolarisé en flamand. Notre famille est mixte, moi wallonne et mon compagnon flamand. Les grands-parents gardent tous les cousins ensemble. On y tient. En outre, comme l’offre de stages est essentiellement francophone à Bruxelles, où vais-je mettre mon enfant en stage pendant la semaine de congé flamande ?

Laurence, 41 ans

Non. Comme en France, le décalage diminue la pression pour les trajets, les réservations, etc. Les vacances en famille, c’est très important. Et une semaine en commun, c’est déjà bien non ? D’ailleurs je connais peu de parents qui sont en congé les 2 semaines…

Cédric, 37 ans

Non. L’enseignement a été communautarisé. Chacun est donc autonome dans le cadre de ses compétences. Les familles qui ont des enfants dans deux systèmes sont rares, l’ont fait de leur propre choix et ont pris leur décision en connaissance de cause. Le bien de l’ensemble des enfants d’une Communauté ne doit pas être subordonné à ces quelques familles qui se sont elles-mêmes placées en situation d’exception !

Jean-Marc, 54 ans

Non. La Communauté française doit respecter le nombre de jours de scolarité minimum. Si ce nombre de jours n’est pas atteint, les diplômes des enfants ne pourront pas être validés. Les vacances, c’est important mais il faut respecter la loi. Et, pour moi, personne ne doit s’adapter. Chaque communauté organise les études à sa manière. Si on ne veut plus cela, il faut refédéraliser cette compétence !