Faut-il avoir peur de parler de l'islam ?

Entretien : T.Bo. Publié le - Mis à jour le

Ripostes Mohamed El Manti est conseiller communal (Ecolo) à Anderlecht et fidèle de la mosquée Al Amal. Il a été interviewé dans “Question à la une : faut-il avoir peur de islam ?”

Comme Philippe Moureaux ou Malika Madi, vous avez été interviewé par “Question à la une : faut-il avoir peur de l’islam ?” et vous être très critique, pourquoi ?

Dans le reportage de la RTBF, le journaliste me fait passer pour un menteur. Il a fait croire que je sortais de la mosquée Al Amal à Anderlecht en parlant avec respect du prêche d’un imam contesté pour ces positions contre les femmes. Or le journaliste m’a interviewé un mois après ce prêche et m’a questionné sur la mosquée en général. Puis il a fait un mauvais montage. Vous devez savoir que j’ai directement contesté ce prédicateur. Avec d’autres fidèles, nous nous sommes fait piéger. On s’est alors plaints et on a pétitionné contre le comité de la mosquée. Nous avons même écrit un texte dans "La Lanterne". L’iman a été réprimandé et mis dehors. Mais le mal a été fait. Maintenant notre communauté n’est pas bien parce qu’elle n’est pas bien vue. Pourquoi le journaliste veut-il créer la peur des musulmans ? Avec le climat actuel dans le monde, il faut chercher à calmer plutôt qu’à alimenter le feu et à éloigner les gens. Nous, au contraire, nous voulons nous rapprocher, nous comprendre. L’islam nous enseigne de respecter l’autre même s’il ne partage pas nos idées. La différence est universelle. Mais créer la méfiance et la zizanie en Belgique, c’est malheureux. Est-ce que je vais dire, moi, méfiez-vous des chrétiens et des juifs ? Non. Qu’on ne nous amène pas les problèmes de l’extérieur dans notre pays multiculturel. Ce reportage a créé un problème là où il n’y en avait pas. Il a montré quelques points faibles mais a fait croire que c’est la majorité. Et maintenant les jeunes disent, c’est quoi ça ? Ce reportage nous montre du doigt et il nous a insultés.

A tous les niveaux, on assiste à un repli identitaire. L’islam sera la première religion à Bruxelles. Comment voyez-vous les prochaines années ?

Cela fait 46 ans que je vis en Belgique, je suis musulman et je suis belge. Je ne veux faire peur à personne. J’ai proposé au conseil communal d’Anderlecht de créer un conseil des cultes et de la laïcité pour amener les gens à mieux se connaître. Parce que je crois que la discussion enlève la méfiance et que le dialogue amène à régler les problèmes. Notre mosquée Al Amal, très moderne avec ses dix classes pour apprendre le Coran et payée par les fidèles, garde ses portes ouvertes. Venez nous voir. N’ayez pas peur. Discutons entre voisins. Je ne veux pas que ceux qui ne connaissent pas l’islam puissent croire que tous les musulmans sont des fanatiques, des intégristes ou des terroristes. Je ne veux pas que dans le métro, on me dise : "Attention, un musulman !"

Comment doit-on parler de l’islam intégriste sans stigmatiser l’islam intégré ?

Les intégristes nuisent à tous. En premier lieu dans les pays musulmans. On doit combattre les salafistes par tous les moyens. Mais ne combattons pas le mal par le mal. Dialoguons et éveillons l’esprit des gens.

Comment doit-on réagir face aux prédicateurs intégristes ?

Il ne faut pas leur donner la parole. S’ils veulent détourner les gens de la tolérance, on n’en veut pas. Dans toutes les mosquées, les responsables doivent bien se renseigner avant de donner la parole. Nous devons éviter les intégristes qui peuvent causer beaucoup de torts. Les différences - chacun ses goûts et ses préférences - existent partout. Mais elles ne doivent pas inciter à la haine. Les gens âgés qui ont l’esprit comprennent cela. Mais un jeune peu instruit peut croire à la lettre ce qui est dit et sera embobiné. Ça, c’est le grand danger.

Découvrez la riposte de Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l'information à la RTBF

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