Faut-il imposer des femmes au top ?

Entretien : M.Bs Publié le - Mis à jour le

Ripostes Que pensez-vous de l’idée du secrétaire d’Etat Hendrik Bogaert d’imposer un quota d’un tiers de femmes au top de l’administration publique ?

Je suis très sceptique sur l’efficacité réelle des quotas en général. Je comprends et je cautionne l’objectif global de faire en sorte que le nombre de femmes qui occupent des postes à responsabilité aussi bien dans le public que dans le privé soit en équilibre par rapport aux hommes. Voilà pour le principe général. Mais les problèmes commencent quand vous concrétisez cette intention au niveau d’une administration ou d’une entreprise. Qu’est-ce que vous allez faire si vous n’avez pas assez de femmes, allez-vous faire passer de force des femmes qui seront peut-être moins compétentes devant des hommes qui le sont plus ?

Pointez-vous d’autres dérives possibles du système ?

J’entends pas mal de femmes dire qu’elles préféreraient s’arranger elles-mêmes de la situation plutôt que de se voir peut-être reprocher de faire leur chemin grâce à l’imposition de quotas sans tenir compte des talents requis. Pourquoi y a-t-il encore si peu de femmes à des postes de grande responsabilité ?

C’est bien la question qu’il faudrait se poser avant de parler d’éventuels quotas ! Je ne crois vraiment pas que ce soit dû encore à une forme de sexisme dans les nominations.

Toujours est-il que la réalité est là. Comment faire dès lors pour la corriger sans quotas ?

Je suis convaincu que la question va se régler d’elle-même. Dans pas mal de filières de l’enseignement universitaire, vous avez une majorité de femmes. Inévitablement, cela se traduira par une prise de responsabilité dans les entreprises. Si la base de la pyramide est suffisamment large, vous trouverez forcément des représentants aux échelons les plus élevés. Par contre, si la base sociologique n’est pas là, vous allez devoir forcer pour respecter le quota et privilégier le genre par rapport au mérite et aux compétences. Je ne donne pas vingt ans avant que l’équilibre soit rétabli de lui-même et sans que cela ne pose ce genre de problème.

Où en est-on du quota d’un tiers de femmes imposé dans les conseils d’administration des sociétés cotées en Bourse ?

Je vois les entreprises se remuer pour trouver des candidates. Dans un petit pays comme la Belgique, c’est très compliqué de trouver les bons profils pour des fonctions élevées, des hommes comme des femmes, qui doivent être multilingues de surcroît.

Les défenseurs des quotas de genre affirment que, là où on a imposé ce type de système, une égalité s’est rétablie sur le terrain. Etes-vous d’accord ?

Bien sûr qu’on est arrivé à une égalité puisqu’on l’a imposée ! Mais qu’est-ce que cela a changé sur le fond, sur la trajectoire que suivent les femmes depuis leurs études en passant par une montée régulière des échelons jusqu’à arriver au top ? J’aimerais qu’on me montre où, dans quel pays, les quotas ont fait leurs preuves. Je veux dire où cela a-t-il permis de rétablir une égalité globale ? Je n’en crois pas un mot.

Qu’entendez-vous par égalité globale ?

Une égalité au niveau de la société belge en général, et pas entreprise par entreprise ou administration par administration. Un système de quota par entité juridique est d’autant plus absurde que les genres ne seront jamais égaux dans tous les secteurs. Prenez par exemple la mécanique de haute précision. Reconnaissez qu’il y a relativement peu de femmes attirées par ces filières-là. Allez-vous y imposer un quota de femmes ? Ce serait complètement idiot n’est-ce pas ?

Entretien : M.Bs

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