"Il y a le pouvoir et puis, il y a le peuple congolais"

Entretien : J-P Du Publié le - Mis à jour le

Ripostes Alexis Deswaef est Président de la Ligue belge francophone des droits de l’Homme

Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a annoncé qu’il comptait se rendre au Congo fin mars. Est-ce une bonne idée ?

Il y a le pouvoir et puis, il y a le peuple congolais. Et je pense que pour le pouvoir en place, ce serait une mauvaise décision que de s’y rendre, parce que c’est prendre acte du vol de l’élection, tant lors du scrutin présidentiel qu’aux législatives. Par contre, pour le peuple congolais, qui n’a pas les dirigeants qu’il mérite, il ne faut pas le laisser tomber. Dans ce cadre, des rencontres entre des responsables politiques belges et la population sont évidemment importantes pour bien leur montrer que la Belgique est toujours à leur côté et qu’on ne les laisse pas tomber. Il faudrait d’ailleurs que le ministre des Affaires étrangères ait le courage de la fermeté. Tous les éléments sont concordants pour montrer que Kabila a volé les résultats de l’élection présidentielle. La disparition des bulletins de vote, le nombre de votes incertains, les doubles ou triples inscriptions démontrent que ce n’est pas la bonne personne qui est à la présidence du Congo. Kabila n’est pas fréquentable et Reynders ne devrait pas le fréquenter. D’ailleurs, le ministre des Affaires étrangères avait dit qu’il n’irait au Congo après les législatives que si le processus électoral était plus transparent. Je suis surpris de voir, alors que tous les observateurs ont constaté que les mêmes fraudes massives se sont répétées, que Reynders décide quand même d’y aller. Mais s’il y va, ce devrait être avec un message clair et ferme tant vis-à-vis du pouvoir en place que vis-à-vis de la population.

On sait le rôle que joue la Belgique dans la communauté internationale à propos du Congo; vous pensez donc qu’il s’agit d’un mauvais signal ?

C’est dans le même ordre d’idées que la lettre malheureuse que le Premier ministre a envoyée il y a quelques semaines à Kabila où on a l’impression effectivement que la Belgique s’incline par rapport aux résultats de l’élection. Il est évident que la Belgique est un pays qui compte dans ce domaine, et qu’une reconnaissance de sa part sera évidemment exploitée par le pouvoir congolais.

L’Europe et la Belgique en particulier doivent-elles quand même continuer à financer les processus électoraux au Congo ?

Plus que jamais, l’Europe et la Belgique doivent continuer à soutenir le Congo, en tout cas le peuple congolais, pour financer des élections transparentes. Il y a quand même eu un gros problème qui s’est posé avec les observateurs belges qui ont assisté aux élections et qui sont rentrés de manière totalement prématurée en osant dire que tout s’était bien passé et qu’ils n’avaient pas vu de fraude. A partir du moment où on part quasiment avant la fin du scrutin, on n’est plus en droit de cautionner ou non un processus électoral. Soit on va comme observateur et on fait son travail jusqu’au bout, soit on reste ici.

Selon vous, la situation des droits de l’Homme s’est-elle améliorée ces dernières années ?

Il y a un pouvoir qui dérive vers une dictature, et une telle évolution se fait toujours au détriment des droits de l’Homme. Quand on entend les Congolais, la situation des droits de l’Homme est très inquiétante avec les actions du pouvoir, tant pour assurer sa réélection que pour assurer son impunité.

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